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Coronavirus : mésylate de camostat, ivermectine... Les autres molécules de l'espoir

ECLAIRAGE - Si l'hydroxychloroquine prend toute la lumière médiatique en France, d'autres molécules intéressent les chercheurs face à l'épidémie.

Le coronavirus étudié au microscope électronique
Le coronavirus étudié au microscope électronique Crédit : AFP
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Jamais les dirigeants, les journalistes et les citoyens n'ont autant guetté les publications scientifiques. La quête pour un vaccin et un traitement efficace contre le Covid-19 est intense. L'un des grands espoirs réside dans la mission Discovery qui cherche un anti-viral efficace contre cette maladie. Mais il faudra être patient avant d'avoir les premières pistes et des prescriptions chez votre médecin. 

Par une vidéo publiée sur YouTube, la Pr Florence Ader, infectiologue du projet, a fait un premier point d'étape de cet essai clinique de grande ampleur, lancé le 22 mars et coordonné par l'Inserm. Quatre traitements sont étudiés, dont la controversée hydroxychloroquine, sur 3.200 patients en Europe, dont au moins 800 en France, uniquement des patients hospitalisés et gravement atteints. Seize jours après son lancement, entre 530 à 540 patients sont déjà entrés dans l'essai, dans 25 centres hospitaliers en France. Florence Ader n'a pas précisé si des patients européens avaient commencé à l'intégrer.

Quatre traitements potentiels sont testés : l'antiviral remdesivir, l'association lopinavir/ritonavir, ces anti-rétroviraux combinés avec l'interferon beta et l'hydroxychloroquine, dérivé de l'antipaludéen chloroquine. Un autre groupe de patients reçoit des soins standards car "le seul moyen de prouver le bénéfice" d'un traitement, "c'est de le comparer à la seule référence qu'on connaisse", explique-t-elle. Les anti-viraux ont tous été fournis gracieusement par les différents laboratoires qui les fabriquent, précise encore la Pr. Ader.

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Covid-19 et essai clinique Discovery : point d'étape au 7 avril 2020

Seule l'hydroxychloroquine semble faire son trou dans l'opinion publique grâce aux sorties médiatiques du Pr Didier Raoult qui a reçu la visite d'Emmanuel Macron, jeudi 9 avril. Une place à part qui à le chic pour irriter une bonne partie de la communauté scientifique. 

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Deux grandes approches sont testées contre ce nouveau coronavirus : des antiviraux pour combattre directement le virus comme pour Discovery, et des médicaments agissant sur le système immunitaire, pour contrôler la réaction inflammatoire de l'organisme qui tue les patients qui ont pourtant réussi à se débarrasser du virus. Outre l'hydroxychloroquine, d'autres molécules sont observées avec intérêt par la communauté scientifique. Voici quelques-uns des noms barbares que vous pourriez rencontrer dans vos lectures.

Ivermectine

L'ivermectine est un autre-antipaludéen, comme l'hydroxycholorique. Dans une éprouvette, cette molécule s'attaque très sévèrement au virus jusqu'à l'éradiquer totalement. Une étude de l'Antiviral Research, montre une efficacité redoutable de l'ivermectine sur le SARS-CoV-2 avec un attrayant taux d'éradication de 99,98%. L'ivermectine est un médicament ancien et bien connu, un anti-parasitaire utilisé pour lutter contre la gale. La Dr Kylie Wagstaff de la Monash University de Melbourne mène l'étude sur cette molécule. 

Cette molécule est redoutable in vitro, mais il faut encore qu'elle fasse la démonstration de son efficacité in vivo.

La molécule est tombée dans le domaine public, elle est peu chère, elle peut être injectée et les laboratoires testent la possibilité d'utiliser cette molécule en prévention pour casser la "chaîne de transmission entre les personnes", note David Heuzé, directeur de la communication de Medincell (près de Montpellier) qui travaille depuis longtemps sur cette molécule dans Le Parisien.

Mésylate de camostat

Voici une autre molécule déjà utilisée sur l'humain et qui pourrait être utilisées chez les patients positifs au Covid-19. Le mésylate de camostat a déjà été approuvé au Japon pour l'usage humain pour contrecarrer des inflammations du pancréas.

Cette molécule pourrait fermer la porte de nos cellules au virus si l'on veut grossièrement schématiser son fonctionnement. "Nos résultats montrent que le SRAS-CoV-2 a besoin de la protéase TMPRSS2, qui est présente dans le corps humain, pour entrer dans les cellules", explique Stefan Pöhlmann, chef de l'unité de biologie des infections au Centre allemand des primates dans les colonnes de Sciences et Avenir. Le mésylate de camostat est justement un inhibiteur de la sérine-protéase qui avait déjà cliniquement prouvé son efficacité dans la perturbation de l'activité de TMPRSS2. 

"Nous avons testé le CoV-2 du SRAS isolé sur un patient et avons découvert que le mésylate de camostat bloque l'entrée du virus dans les cellules pulmonaires", explique Markus Hoffmann, l'auteur principal de l'étude, en ce qui concerne le SARS-CoV-2. Sans l'activité de TMPRSS2, les autres virus semblables comme le MERS-CoV et le SARS-CoV ne pouvaient pas non plus entrer dans les cellules, qui ont dans le même temps été épargnées de tout effet cytotoxique indésirable, note le magazine. 

Remdesivir

Le remdesivir est un un antiviral injectable de l’américain Gilead. Pas encore commercialisé, il avait déjà été testé sur le virus Ebola. Une fois encore les données in vitro sont prometteuses puisque cette molécule limite la multiplication du virus. Mais ce qui se passe dans une fiole ne se déroule par toujours de la même façon chez l'être humain.

Le centre médical de l’université du Nebraska a commencé à tester le remdesivir chez des patients américains touchés par le Covid-19, évacués du fameux paquebot Diamond Princess. Le remdesivir est aussi testé en Chine. La molécule avait intéressé le public grâce à la déclaration (peut-être prématurée) du directeur général adjoint de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Bruce Aylward, en février. Il disait : "Il n’existe actuellement qu’un seul médicament duquel nous pensons qu’il pourrait avoir une réelle efficacité, le remdesivir". 

Nos confrères des Echos rapportent que des changements opérés par Gilead dans leur étude pourraient bien doucher quelques espoirs. "Gilead choisit de modifier le design de ses propres études américaines dont les résultats sont attendus en mai. Une telle décision n'est généralement pas de bon augure car cela manifeste une difficulté à tirer des conclusions au regard des critères choisis au départ (...) Gilead va recruter davantage de patients, ce qui semblerait indiquer que le bénéfice n'est pas statistiquement assez significatif chez le groupe traité avec les effectifs actuels. Cela implique aussi que cela va prendre plus de temps de recruter les patients, puis de traiter les données", note le quotidien économique. 

Lopinavir/Ritonavir

Qui dit lutte contre les virus, dit lutte contre le VIH. Les molécules qui aident les patients atteints par le VIH pourraient-ils aider face au Covid-19. Des chercheurs chinois ont publié le premier essai randomisé évaluant l'anti-VIH associant le lopinavir et le ritonavir chez 199 patients ayant une forme grave de l'infection Covid-19. L'étude publiée dans The New England Journal of Medicine a douché une fois de plus les médecins et chercheurs. L'équipe du Dr Cao qui travaille à Wuhan a conclu à l'absence de bénéfice sur le temps d'amélioration clinique entre le groupe traité et le groupe témoin.

L'association lopinavir et ritonavir (400 mg/100 mg) était administrée deux fois par jour pendant 14 jours, en plus du traitement standard. "Ce dernier comprenait si nécessaire la supplémentation en oxygène, la ventilation invasive ou non, les antibiotiques, les agents vasopresseurs, la dialyse et l'oxygénation par membrane extracorporelle", précise Le Quotidien du médecin.

EIDD-2801

Un autre anti-viral a montré son efficacité contre les deux cousins de notre coronavirus actuel le SRAS-Cov-1 et le MERS-Cov. Dans une étude publiée par Science Translational Medicine l'antiviral au nom robotique EIDD-2801 a montré son efficacité face à ces deux virus chez la souris. 

"Le médicament a été administré par voie orale jusqu’à 12 heures après l’infection des animaux permettant de réduire grandement la présence virale dans les poumons ainsi que les hémorragies pulmonaires et la chute de poids typiques liée à la maladie chez ce modèle animal. Transposé à l’homme, où la charge virale culmine bien plus tard dans les poumons au cours de l’infection, ce traitement pourrait rester efficace une semaine après le début des symptômes de l’infection, soulignent les chercheurs", note Le Figaro. L'antiviral EIDD-2801 est proche du remdesivir. Les deux traitements agissent en mimant les ribonucléosides de l'ARN et entraînent ainsi des erreurs dans la réplication de l'ARN viral. L'EIDD-2801 a l'avantage de pouvoir être administré par voie orale et non par voie intraveineuse comme le remdesivir, précise Le Quotidien du médecin.

Cet antiviral ne présente pour l'heure pas de toxicité particulière dans les modèles animaux. Ils seraient même efficace contre plusieurs infections virales grippales. Les études cliniques sur l'humain vont avoir lieu dans les prochains mois. Une production industrielle pourrait être rapidement lancée en cas de succès. Si les espoirs les plus optimistes des chercheurs se réalisaient, on trouverait dans cette molécule une solution contre le Covid-19 mais aussi contre la grippe qui tue des milliers de patients chaque année.

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