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Luca Zidane, Riyad Mahrez et Amine Gouiri avant Algérie-Jordanie à la Coupe du monde, le 22 juin 2026 à Santa Clara.
Crédit : Stu Forster / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP
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Les dieux du football sont parfois taquins. 44 ans après le "match de la honte" entre l'Autriche et l'Allemagne de l'Ouest ayant entraîné l'élimination sans jouer de l'Algérie à la Coupe du monde 1982, les Fennecs tiennent une opportunité de prendre leur revanche face aux Autrichiens, samedi 27 juin pour refermer la phase de poules de l'édition 2026 à Kansas City (dimanche 4h à Paris).
À l'époque, la RFA, championne d'Europe en titre, arrive sûre de sa force au Mundial espagnol, avant son match d'ouverture contre l'Algérie. "Nous dédierons notre 7e but à nos femmes et le 8e à nos chiens", lance même le défenseur allemand Paul Breitner, en amont de la rencontre. Finalement, les coéquipiers de Rabah Madjer et Mustapha Dahleb créent la sensation en devenant la première sélection africaine à battre une équipe du Vieux continent dans la compétition (2-1).
Après s'être inclinés face à l'Autriche (2-0), puis avoir dominé le Chili (3-2), les Algériens sont dans une position favorable pour se qualifier : il leur faut soit un nul, soit une défaite des Allemands contre les Autrichiens, ou bien au contraire une victoire par trois buts d'écart de la RFA, dans l'ultime match du groupe 2, joué un jour plus tard. Mais cela n'arrivera pas.
Le 25 juin 1982 à Gijon, les joueurs des deux équipes enchaînent les passes sans tenter d'offensives, sous les huées du public, après le but de l'Allemand Horst Hrubesch à la 11e minute. Dans les tribunes, on agite en l'air des billets de pesetas et on crie à la corruption car un 1-0 permet aux deux pays germanophones de voir la suite du tournoi, aux dépens de l'Algérie.
En direct à la télévision française, Michel Denisot dénonce un "match de la honte". Un mot, "Schande", également prononcé à l'antenne allemande, dans l'embarras. Juste après le spectacle lamentable produit, Breitner éructe : "Le public est stupide s'il ne comprend pas qu'il s'agissait uniquement de se qualifier". "C'est une insulte !", s'insurge son sélectionneur Jupp Derwall quand on évoque un arrangement.
"Bien sûr qu'on a joué de manière tactique aujourd'hui ! Mais si, pour cette raison, 10.000 fils du désert veulent déclencher un scandale, cela montre simplement qu'ils n'ont pas assez été à l'école. Voilà qu'un cheikh sort d'une oasis, qu'il a le droit, pour la première fois depuis 300 ans, de goûter à l'ambiance d'une Coupe du monde, et qu'il croit pouvoir désormais ouvrir sa grande gueule", fulmine Hans Tschak, chef de la délégation autrichienne, ajoutant le racisme à l'injure.
Chez les Allemands futurs finalistes de l'épreuve, les langues se sont déliées avec le temps : "Je comprends le mécontentement algérien, car on aurait dit que tout était arrangé. À la moitié de la deuxième période, le match était devenu impossible à regarder. C'était un véritable pacte de non-agression", s'est confié l'ancien défenseur Karl-Heinz Förster en 2007.
Pas de quoi atténuer la rancœur algérienne. "Ça ressemblait davantage à un match amical qu'à une rencontre de Coupe du monde. Nous nous attendions à ce que les deux équipes s'entendent. Malheureusement, c'est l'Algérie qui en a payé le prix", témoigne d'ailleurs Madjer auprès de l'AFP. Si aucun des 26 Verts de l'équipe actuelle n'était né quand cette rencontre historique a fait scandale, tous connaissent l'histoire. "La revanche sportive est nécessaire", a ainsi fait savoir l'ancienne idole algérienne Lakhdar Belloumi auprès du site Dzair Tube, se faisant le porte-parole du sentiment général qui domine au pays.
Mais l'ironie pourrait être que cet Algérie-Autriche de 2026, joué lors de la dernière journée du premier tour, aboutisse à une nouvelle parodie de football en raison du nouveau format de la Coupe du monde. Avec 48 équipes et la qualification des huit meilleurs troisièmes de poule, chaque score peut influer sur le sort d'équipes d'autres groupes. À titre d'exemple, la Corée du Sud attend depuis mercredi de savoir si son bilan dans la poule A (trois points et -1 de différence de buts) sera suffisant pour accéder à la phase éliminatoire.
De quoi rendre futile la règle mise en place dès 1986 par la Fifa pour éviter d'autres Gijon : que les deux derniers matches d'un même groupe se disputent le même jour à la même heure.
La poule J de l'Algérie et l'Autriche est donc celle qui se jouera en dernier lieu, avec un Jordanie-Argentine pour du beurre en simultané, leurs positions (4e et 1re) étant déjà figées. Ainsi, les Autrichiens (2e) et les Algériens (3e) - avec trois points chacun - savent déjà que le match nul arrangera tout le monde. Il ne serait donc pas étonnant de les voir se serrer la main et acter un score de parité, comme ont également pu le faire le Paraguay et l'Australie jeudi dans le groupe D (0-0). On n'a peut-être pas fini de parler de "match de la honte".
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