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Inde : la stratégie du "cimetière des éléphants" pour développer le football

DÉCRYPTAGE - David Trezeguet et Robert Pirès vont disputer prochainement le championnat de la Ligue indienne de football. Focus sur l'élément clé d'une stratégie déjà plusieurs fois utilisée pour développer le football.

David Trezeguet s'est engagé en Inde après deux saisons passées en Argentine
David Trezeguet s'est engagé en Inde après deux saisons passées en Argentine Crédit : AFP/A.Pagni
Julien Quelen
Julien Quelen
Journaliste RTL

Pelé, Franz Beckenbauer, Johan Cruyff, David Beckham, Thierry Henry, Alessandro Del Piero, Didier Drogba, David Villa... Si l'on vous demandait quel point commun trouver entre ces joueurs, vous répondriez assurément qu'ils comptent parmi les plus grands joueurs de leur équipe nationale et du monde. 

Mais en creusant un peu, une autre similitude relie ces grands champions : tous se sont, en fin de carrière, produits dans de "nouvelles" terres du football comme les États-Unis, la Chine ou l'Australie. Aujourd'hui, si les arrivées de Robert Pirès et de David Trezeguet en Inde ne surprennent qu'à moitié, c'est bien parce ces destinations originales sont depuis longtemps légion pour les footballeurs à la gloire passée.

Le pionnier américain

Aucun grand joueur n'a un jour rêvé d'aller jouer au États-Unis. Tous les grands clubs européens et quelques clubs mythiques d'Amérique du Sud seraient volontiers cités avant les USA parmi les destinations favorites des joueurs de ballon rond. 

Pourtant, depuis plusieurs décennies, ceux qui furent parmi les meilleurs joueurs de la planète s'y succèdent et participent activement au développement du football là où il ne possède pas son habituelle notoriété.

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Aux États-Unis, voilà des dizaines d'années déjà que le football est promis à se développer. L'idée n'est pas l'oeuvre d'un seul homme, mais l'action de Clive Toye, célèbre propriétaire du New York Cosmos dans les années 1970, a initié le mouvement que beaucoup de clubs internationaux ont imité et imitent encore à l'heure actuelle. 

C'est dans un hôtel de Bruxelles, où Pelé séjournait pour un match de gala célébrant la retraite de l'illustre Paul Van Himst, que Clive Toye parvint enfin à convaincre le Roi à la retraite (il avait essayé à de nombreuses reprises auparavant) de rejoindre son équipe de New York. 

Alors qu'il était présenté au Club 21, une boite huppée de Manhattan, le triple champion du monde brésilien déclara : "Vous pouvez annoncer la nouvelle, le football vient d'arriver aux États-Unis". 

Pelé, ou l'exemple type de ce qui n'a pas fonctionné

Pour autant, il ne suffit pas d'attirer les grandes stars d'une discipline en leur offrant des salaires mirobolants pour qu'elle se développe et retienne l'intérêt sur le long terme. Dans les années 70, avec la faillite de la trop prétentieuse NASL, les USA en ont fait la triste expérience avec les affluences en montagnes russes après le départ de la "première génération" des grandes stars expatriées. 

Nul n'avait d'ailleurs besoin de posséder une licence en économie pour comprendre ce qui allait se passer. Dans son autobiographie "Pelé, ma vie de footballeur" parue au moi de mai 2014, le Roi explique de quelle manière les choses se sont produites pour que les clubs connaissent, en l'espace de quelques années, l'écroulement d'un succès construit sans fondation

"Les clubs avaient fini par signer des joueurs célèbres qui étaient lessivés en arrivant dans la NASL. La ligue avait alors commencé à se forger une réputation, en Europe et ailleurs, de "cimetière des éléphants" à la piètre qualité de jeu. Le nombre grandissant de talents étrangers avaient également écarté des joueurs américains qui auraient pu, en retour, mieux faire le lien avec les supporters du pays...". 

La MLS, la recette du développement

Arrivé à 34 ans au New York Cosmos, les performances de Pelé n'ont jamais été mis en cause. S'il n'était évidemment pas au niveau de ses plus belles années au Santos, "O Rey" a tout de même rameuté les foules partout dans le Nord de l'Amérique et participé activement au déploiement du foot par le biais des retransmissions télé et de son soutien à l'organisation de la Coupe du monde 1994 (alors que le Brésil était également candidat). 

Pourtant, malgré tous les bienfaits du passage de Pelé à NYC, l'ampleur du mouvement n'avait pas réussi à faire ce qui a finalement lieu aujourd'hui : encrer le "soccer" dans la culture d'un pays qui s'identifie désormais, grâce aux performances de son équipe nationale ainsi qu'à ses joueurs "locaux", à un sport qu'il est enfin parvenu à s'approprier

Tout en conservant l'apport des stars étrangères qui continuent de venir y terminer leurs carrières (David VillaKaka, Franck Lampard et bientôt Ronaldinho), la MLS a établi des règles qui la rendent économiquement saine (salary cap + limitation à 3 du nombre de stars" autorisées à le dépasser) et lui permettent de réellement se développer. 

Définitivement adoptée et économiquement viable, la MLS a permis aux clubs de démarrer une indispensable campagne de formation dans ses franchises. Ainsi, les jeunes footballeurs américains émergent de plus en plus et s'exilent de moins en moins. Un championnat qui aura donc conservé sa stratégie de développement marketing alliée depuis peu au rattachement culturel qu'en font les fans. Finalement, près de quarante ans après la phrase de Pelé, le football est enfin arrivé aux USA. 

La Chine et l'Australie ont commencé leur quête

Des années après les Américains, la Chine a entamé une stratégie de développement du football avec le recrutement de stars (DrogbaAnelka, Keita...) mais se heurte au même problème que ses prédécesseurs : la barrière culturelle

Si le football n'est pas absent de la culture chinoise, le mode de fonctionnement des joueurs occidentaux (y compris le rapport à l'argent) y est totalement méconnu. Pour preuve, tous les joueurs que nous connaissons ont quitté de manière précoce la Ligue chinoise, qui peine à se lancer. 

Aujourd'hui, la Chinese Super League tente de conserver les grands noms qu'elle parvient à faire signer (Marcelo Lippi, par exemple, entraîne le Guangzhou Evergrande), mais mise beaucoup plus sur la venue de joueurs méconnus provenant d'autres horizons

Ainsi, des joueurs comme Dario Conca, Muriqui, Elkeson, Darko Matic ou Zlatan Muslimovic, aussi peu connus en Europe que les joueurs chinois, contribuent au développement du football national en mélangeant les cultures tout en favorisant l'éclosion de joueurs locaux comme les jeunes Wu Lei (Shangai Est), Zhang Xizhe (Beijing Guoan). 

Depuis peu, c'est l’Australie qui s'est mis en tête de développer le football pour que les Socceroos imitent les États-Unis et exploitent tout le potentiel de leur vivier naturel. En faisant venir des joueurs comme Alessandro Del Piero ou David Villa, nul doute que la stratégie adoptée aura un air de déjà-vu. 

L'Inde pourrait aller plus vite que les autres

"Trezeguet sera notre joueur phare. Il sera le fer de lance de notre équipe, marquera des buts et, j'espère, nous fera gagner le championnat". Les propos sont signés Gaurav Modwel, président du FC Pune City, qui se délecte déjà de voir débarquer le champion du monde français dans l'Indian Super League. 

L'arrivée de Trezeguet, qui disputera donc très prochainement le championnat indien, fait écho à celle de Robert Pirès (avortée en 2012) qui aura cette fois bien lieu. Les deux représentants du football tricolore débarqueront afin de mettre un coup de projecteur sur un nouveau championnat pour le moment totalement anonyme mais désireux de trouver un peu de lumière. 

Après une annulation en 2012 et un report en 2013, l'Inde va enfin pouvoir commencer son nouveau défi dont le premier acte se déroulera de septembre à novembre prochain. Dans un championnat à 8 équipes dont chacune possédera un grand nom (Pirès et Trezeguet en sont donc 2), pas moins de 60 joueurs étrangers (d'Europe et/ou d'Amérique latine) viendront compléter le contingent local pour former une compétition qui se veut rapidement attractive. 

Avec les exemples américains et chinois, l'Inde semble avoir appris plus vite la leçon et développe donc ensemble les trois axes qui précèdent le développement à terme du football : le recrutement de stars mondiales, la venue de joueurs étrangers lambda et enfin, la formation d'une nouvelle génération de joueurs locaux. Un nouveau "cimetière des éléphants" qui pourrait rapidement donner vie au football indien. 

Pelé pose à côté de sa statue de cire érigée à New York Crédits : AFP/C.Ord | Date : 01/08/2014
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Pelé pose à côté de sa statue de cire érigée à New York Crédits : AFP/C.Ord | Date : 01/08/2014
Pelé, Carlos Alberto et Giorgio Chinaglia au "gala des légendes" du NY Cosmos Crédits : AFP/D.Dipasupil | Date : 01/08/2014
David Beckham sous le maillot de Los Angeles Galaxy, en 2009 Crédits : AFP/H.How | Date : 01/08/2014
Thierry Henry lors du match des New York Red Bulls face à Philadelphie, en avril 2014 Crédits : AFP/M.Stobe | Date : 01/08/2014
Alessandro Del Piero avec le maillot de Sydney, en avril 2014 Crédits : AFP/M.Fairclough | Date : 01/08/2014
Didier Drogba sous le maillot du Shangai Shenhua, en septembre 2012 Crédits : AFP/STR | Date : 01/08/2014
Nicolas Anelka a été "entraîneur-joueur" du Shangai Shenhua Crédits : AFP/L.Jin | Date : 01/08/2014
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