4 min de lecture Santé

JO Rio 2016 : faut-il reporter l'événement à cause du virus Zika ?

De plus en plus d'experts plaident pour un report des Jeux Olympiques en raison du risque de dissémination du virus Zika à travers le monde.

Des agents municipaux utilisent des sprays répulsifs avant le carnaval de Rio, fin janvier 2016
Des agents municipaux utilisent des sprays répulsifs avant le carnaval de Rio, fin janvier 2016 Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Le moustique Aedes aegypti va-t-il gâcher la fête olympique à Rio cet été ? Quelque peu éclipsée par la crise politique provoquée par la chute de la présidente Dilma Roussef et la récession économique qui ébranle la septième économie mondiale, l'épidémie de virus Zika inquiète de plus en plus d'experts qui plaident pour un report des Jeux olympiques qui se dérouleront à Rio du 5 au 21 août. 

Amir Attaran, professeur de santé publique et de droit à l'Université d'Ottawa, explique dans un article publié le 6 mai dans la Harvard Public Health Review que la forte affluence d'athlètes et de visiteurs étrangers pendant la compétition pourrait contribuer à disséminer le virus Zika à travers le monde, notamment dans des pays comme le Nigeria, l'Inde ou l'Indonésie, qui n'ont pas les moyens du Brésil pour le combattre. Au regard de ce risque sanitaire, le professeur estime que le maintien de l'événement va à l'encontre des principes d'éthique et des valeurs véhiculées par les Jeux olympiques.

Malformations congénitales et maladies neurologiques rares

Né au Brésil, le virus Zika s'est propagé en Amérique latine et dans l'arc Caribéen depuis la fin 2014. Il a été détecté dans une cinquantaine de pays. Le virus se transmet essentiellement par la piqûre d'un moustique de l'espèce de l'Aedes aegypti, également responsable de la dengue et du chikungunya. Il peut aussi être transmis par voie sexuelle. Dans la majorité des cas, la piqûre provoque une maladie bénigne. Les patients ne développent pas de symptômes ou des symptômes proches de l'état grippal, comme des maux de tête, des fortes fièvres, des éruptions cutanées ou des courbatures qui disparaissent généralement en deux à sept jours. 

Dans le pire des cas, il s'attaque au système nerveux central. Les autorités sanitaires portent une attention particulière aux femmes enceintes en raison des anomalies cérébrales irréversibles et des graves malformations du fœtus que peut causer le virus. Le lien entre Zika et la microcéphalie, un développement insuffisant du cerveau et du périmètre crânien, a été mis en évidence à la fin de l'année 2015 au Brésil. Plus de 1.300 cas ont été enregistrés depuis. Lorsqu'elle ne conduit pas à une mort in utero ou dans les jours suivant la naissance, la microcéphalie peut entraîner un handicap très lourd.

Plus rarement, le virus peut être lié chez l'adulte au syndrome neurologique de Guillain-Barré qui peut entraîner des troubles du système nerveux et une paralysie temporaire pouvant conduire à la mort. Zika peut aussi déclencher une atteinte grave des quatre membres, appelée la myélite aiguë, selon un cas établi en Guadeloupe.

Le CIO et l'OMS n'envisagent pas un report

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L'Organisation mondiale de la santé a déclaré en février le virus "urgence de santé publique de portée internationale". Le Brésil est le pays le plus touché avec au moins 1,5 million de personnes contaminées, selon les estimations des autorités. L'État de Rio a enregistré 26.000 cas suspects de Zika, le plus grand nombre parmi les États brésiliens, et affiche une incidence de 157 pour 100.000, le quatrième taux du pays, rappelle le Guardian"Peut-on recommander l'envoi d'un demi-million de visiteurs supplémentaires au Brésil en ce moment ?", s'interroge Amir Attaran dans le quotidien britannique.

Le Comité international olympique a répondu qu'il travaillait avec le gouvernement brésilien sur la mise en place "de mesures afin de faire face aux mares d'eau stagnante autour des sites olympiques, où les moustiques se reproduisent, pour minimiser le risque que les visiteurs entrent en contact avec eux". L'organisation va aussi encourager les visiteurs à prendre des précautions pour se protéger contre les piqûres de moustiques et à avoir des rapports sexuels protégés.

Saluant les efforts déployés par le gouvernement brésilien, l'OMS a souligné au début de l'année que les Jeux auront lieu pendant la saison d'hiver au Brésil, "une période où il y a moins de moustiques actifs et le risque d'être piqué est plus faible". Amir Attaran rappelle cependant qu'aucun précédent n'est en mesure d'éclairer la propagation de Zika en hiver et que le virus se rapproche de la dengue, également transmise par le moustique Aedes aegypti, "dont la hausse vertigineuse coïncide (8.133 cas au premier trimestre 2016 contre 1.285 cas l'année précédente) avec la plus grande mobilisation militaire de l'histoire du Brésil".

Une ville a déjà dit non aux JO

En plus du virus Zika, le Brésil est en proie à une épidémie de grippe aviaire de type H1N1. Encore plus meurtrière qu'en 2015, elle a causé 46 décès en moins de deux moins, particulièrement dans le sud-est du pays. Ce bilan dépasse de dix victimes celui établi sur l'ensemble de l'année passée. Un premier décès a été confirmé par les autorités sanitaires fin mars à Rio.

Au regard de ces enjeux de santé publique, l'universitaire canadien suggère de morceler les prochains Jeux olympiques. Des villes comme Londres, Pékin, Athènes et Sydney, qui disposent encore d'installations olympiques utilisables, pourraient prendre le relais de Rio pour créer les premiers Jeux olympiques transcontinentaux. 

Amir Attaran rappelle le précédent de Denver. Choisie par le CIO pour accueillir ceux de 1976, la capitale du Colorado avait finalement renoncé sous la pression de la population locale qui refusait de mettre la main au portefeuille pour régler la facture sous-évaluée des Jeux. La compétition avait alors été déplacée à Innsbruck, en Autriche. En février, deux universitaires américains demandaient déjà l'annulation des Jeux olympiques de Rio.

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