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Marc-Olivier Fogiel sur la GPA : "Les gens voient de l'amour, des enfants équilibrés"

RENCONTRE - Deux semaines après la sortie de son livre "Qu'est ce qu'elle a ma famille ?", le journaliste revient sur les réactions qui ont accompagné son témoignage, entre opposition virulente, compréhension inespérée et soutien chaleureux.

Marc-Olivier Fogiel Crédit : Sipa
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Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Cela fait désormais deux semaines que le journaliste Marc-Olivier Fogiel a publié son livre Qu'est ce qu'elle a ma famille ? (éditions Grasset). Une semaine que les magazines partagent les bonnes pages, que les chaînes de télévision et les radios l'invitent pour en parler. Il faut dire que le sujet fait réagir. L'animateur de RTL Soir y évoque très directement son chemin vers la paternité, une paternité devenue possible grâce à une gestation pour autrui (GPA) aux États-Unis.

Cette mise à nu, ce témoignage très personnel, a relancé le débat public sur la question large de l'homoparentalité déjà réactivé par le débat sur la "PMA (procréation médicalement assistée) pour toutes". Il a aussi placé le journaliste, son mari François et leurs deux filles, Mila et Lily, au cœur d'une joute parfois hargneuse.

"Je suis extrêmement surpris. Parce que je m'attendais - à travers les réseaux sociaux qui peuvent être une caisse de résonance, un peu déformée, une sorte de défouloir - à ce que ça soit beaucoup plus clivé que ça, commente Marc-Olivier Fogiel. Ce qui me revient essentiellement, même avec des gens qui ne sont pas d'accord, c'est le message d'amour, de bonheur et de simplicité qui l'emporte." 

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Comprendre avant de critiquer

Le message de son livre bouleverse différents publics. Ceux qui sont directement concernés le "remercient de la visibilité que ça donne à ces familles". Ceux qui "galèrent dans les démarches de parentalité" se disent "qu'à l'autre bout du tunnel, il y a du bonheur". Et puis tous les autres. "Ils avaient un avis un peu déformé - des hommes politiques, des scientifiques - qui maintenant me disent : 'Ça me fait voir les choses autrement'. Je suis heureux, une semaine après. Le message passe au-delà de ce que j'imaginais", raconte Marc-Olivier Fogiel.

"Je ne peux pas dire que les gens ont changé d'opinion, je n'en sais rien, continue le journaliste, prudent. Mais certains oui. Après avoir compris le process, après avoir lu, ils sont devenus favorables". Dans ces témoignages, les gens qui étaient contre sont "au minimum ébranlés" ou "au mieux ont changé d'avis".

Les critiques les plus virulentes se concentrent sur les réseaux sociaux, souvent à la suite des passages télé ou radio du journaliste venu défendre son livre et sa famille. La GPA suscite encore la défiance et les termes sont souvent très durs : "femmes couveuses", "exploitation du corps de la femme", "caprice de riches homosexuels", "achat d'enfants", "eugénisme" "propagande", "illégalité"... Des attaques que balaye Marc-Olivier Fogiel.

"Ça ne me remue pas. Ce sont des irréductibles. Ils font de l'idéologie. Je conçois que des gens restent contre mais de façon équilibrée, mesurée et argumentée. Dire ces choses, c'est ne pas écouter, ne pas lire, rester obtus... donc ça ne me touchait pas avant parce que je trouvais ça d'une bêtise abyssale. Ça l'est peut être encore plus parce que ça veut dire que l'on a pas pris la peine d'écouter. On peut être contre mais avec des arguments factuels, là c'est de l'idéologie... C'est encore plus bête et ça me touche encore moins", lâche-t-il. 

Préparer Mila et Lily à l’âpreté du monde extérieur

Un des arguments des opposants au mariage pour tous, à l'adoption, à la PMA ou la GPA - en somme à la famille homoparentale - c'est que les enfants risqueraient "dans la cour d'école" d'être exposés au jugement, aux mesquines discriminations, aux violences. Étrangement, cette inquiétude pour le bien-être des enfants n'empêche pas les opposants de fourbir le socle argumentaire de ces violences. Marc-Olivier Fogiel et son mari ont fait le choix de protéger leurs filles de la haine des réseaux sociaux tout en les préparant à la réalité du monde.

Je n'inflige pas à mes filles la violence de quelques excités

Marc-Olivier Fogiel
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"Les enfants, je ne leur lis pas les critiques, annonce le journaliste. En revanche, elles connaissent les termes du débat, elles savent même y répondre puisqu'elles sont à l'aise avec leur histoire. Elles savent que notre modèle de famille pose des questions à certains. Que la façon dont elles sont nées, ce n'est pas évident parce que c'est assez récent. Par contre, la violence de quelques excités, je ne vais pas leur infliger ça".

Ce déchaînement éventuel des critiques a été une donnée fondamentale dans la réalisation de ce livre. Il fallait que tout le monde soit d'accord pour s'exposer. Chacun a eu son mot à dire et son droit de veto. "C'est fragilisant [d'écrire notre histoire] parce que je parle de ma famille. Mais je leur explique, je ne veux pas qu'elles découvrent que je parle d'elles, elles ne vivement pas sous une cloche", confie-t-il. 

"Il y a aussi une forme de fierté, de responsabilité et, en même temps, une fragilité parce qu'au quotidien on continue d'aller à l'école, de faire le petit déjeuner, de raconter l'histoire le soir, d'aller au cours de danse, etc. De devoir réexpliquer tout ça, alors que dans notre vie de tous les jours, c'est une vie normale de petite fille, ça ébranle et ça fragilise aussi. Mais je sais que ça a un sens", assure Marc-Olivier Fogiel.

Au final, les gens voient de l'amour, des enfants équilibrés, désirés...

Marc-Olivier Fogiel
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"Mon mari avait quelques craintes, on a beaucoup réfléchi avant de sortir ce livre. Il ne voulait pas exposer sa famille à ça, à trop de brutalité... Mais ce qui nous submerge, c'est tout le reste. Il est plutôt étonné comme moi par la vague extrêmement positive des retours, complète-t-il.

"Les gens sont plutôt sympas, ils posent des questions. Ça oblige d'ailleurs souvent les parents de leurs camarades de classe de parler de ces questions un peu plus tôt... Mais en général, c'est bienveillants. Ce sont des interrogations d'enfants, légitimes. On les a préparées à ça, on sait qu'elles n'allaient pas vivre dans le pays des Bisounours". Ces questions sont d'ailleurs longuement évoquées dans Qu'est ce qu'elle a ma famille ? puisque Marc-Olivier Fogiel lui-même s'est posé certaines questions avant de démarrer son parcours vers sa parentalité. Des questions "légitimes" mais qui se sont effacées devant la réalité de l'expérience qu'a vécue sa famille.

"Au final, les gens voient de l'amour, des enfants équilibrés, désirés, bien dans leur peau, dans leurs classes, avec des maîtresses qui ne font que dire à quel point elle sont tournées vers les autres... Les gens, ils voient d'abord ça".

Risquer l'exposition

Pourquoi alors raconter cette histoire et prendre le risque de devenir une cible ou une icône ? "J'ai longtemps refusé de raconter mon histoire, rappelle-t-il. Je l'ai fait parce que je racontais aussi l'histoire de plein d'autres, avec des problématiques très différentes, parfois moins heureuses, mais je ne pouvais pas raconter leurs histoires sans parler de la mienne. Le plus difficile, c'était de trouver la ligne de crête entre ce qui relevait de l'intimité et ce qui était un éclairage des faits". 

"J'ai eu deux phases. J'ai eu une phase d'écriture assez spontanée, mais comme ça me concerne très directement, il y avait un peu trop de tripes, reconnaît Marc-Olivier Fogiel. Et puis après j'ai édité et rectifié". Même son aînée, Mila, a joué le rôle de relectrice, c'était une promesse. "Elle a supprimé pas mal de passages, des choses sur elle, des choses qui ne lui appartenait qu'à elle. Mais je lui ai aussi expliqué qu'elle ne pouvait pas m'empêcher de raconter des choses qui me concernait moi-même si elle était indirectement liée. Mais je lui ai laissé la possibilité, jusqu'à la dernière minute, de ne pas sortir le livre. J’avais prévenu l'éditeur. On a tout relu cet été, après les dernières corrections, et elle m'a dit "OK".

Je suis super fier de toi mon Pap'

Mila
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Ce livre, beaucoup ne le liront pas. Ils se contenteront d'une interview, d'une émission de télé, d'une page de magazine pour se faire une opinion et provoquer le débat avec ses amis, ses collègues, sa famille. Mais même l'incontournable promo, moins riche que le livre, reçoit l'assentiment de la famille. "Quand elle m'a vu à la télé après 7 à 8 sur TF1 (la première interview télé du journaliste sur son livre, ndlr), on était tous les quatre en train de regarder le sujet que j'ai découvert en direct, elle m'a dit 'Je suis super fier de toi mon Pap'... Et Lily m'a dit : 'C'était nul !'. Ça m'a fait marré, plaisante Marc-Olivier Fogiel. Heureusement qu'elle a dit ça parce que je crois que j'aurais pleuré."

Il faut dire que le journaliste a désormais l'habitude des larmes. "Je crois que depuis qu'elles sont nées, je pleure tous les jours, disaient-ils en conclusion de 7 à 8, je pleurais pas beaucoup avant. Les émotions de la vie, les mots, les dessins, les 'Je t'aime'... Il n'y a pas un jour où je ne pleure pas ! Je suis devenu la risée de mes copains, de ma famille et ça fait beaucoup rire mon mari."

Et si c'était à refaire ?

La GPA n'a pas été un parcours évident pour le journaliste qui était encore peu au courant des réalités de la procédure avant de la vivre lui-même. Le choix de l'ovocyte, qui est sélectionné par le couple et non anonyme, a surpris Marc-Olivier Fogiel. Aujourd'hui, fort de son expérience et du lien qu'il a tissé avec Michelle (la femme porteuse que la famille voit à chaque Noël) et Jane (la donneuse d'ovocyte sélectionnée pour son sourire et sa bonne santé), il ne changerait rien.

"Au moment du choix de l'ovocyte, j'aurais préféré le système français initialement. Comme pour la PMA, passer par un don anonyme. Et puis finalement, quand je vois au mois de juin, ces trois jours incroyables qu'on a passé avec Jane, ce qu'on a voulu transmettre à nos filles, une sorte de joie de vivre, incarné par Jane, après tout pourquoi changer ?, s'interroge-t-il.

"À partir du moment où on ne triture pas la nature, où on ne choisit pas un embryon parfait - c'est juste un don d'ovocyte mais après c'est le loto, chaque mélange donne un milliard de possibilités... - tout va. On n'a pas choisi le sexe, la couleur des yeux... On s'engage. Si un bébé arrivait avec un handicap, on aurait été prêt à l'accueillir tel qu'il arrivait. Finalement, les États-Unis ont l'expérience, c'est une pratique ancienne... Je ne changerai rien", assure Marc-Olivier Fogiel.

Une insécurité juridique injustifiable

Mais s'il ne changerait rien à son expérience, peut-être appelle-t-il de ses vœux un changement en France, une évolution législative, une GPA à la française ? 

"Le parcours je le trouve injuste. Il fait peser sur l'enfant une sorte d'insécurité. Et le rôle de la loi, c'est pas moi qui le dit, c'est l'intérêt supérieur de l'enfant. Ce long parcours, sinueux et improbable fait peser une insécurité juridique injustifiable. Marc-Olivier Fogiel invite donc à réfléchir sur deux blocages : les textes, parfois mal rédigés qu'il faudrait ré-imaginer pour mieux protéger les enfants, et les hommes qui s’engouffrent dans certains interprétations "pour faire de l'idéologie plutôt que du droit" et bloquent les procédures d'adoption, de transfert de l'autorité parentale ou de transcription des actes

Cette clarification "est un engagement de campagne d'Emmanuel Macron, rappelle Marc-Olivier Fogiel, on va voir comment il le tiendra, mais je n'ai aucune raison de douter qu'il le tienne".

Vers une GPA à la française ?

Pour ce qui est de la légalisation de la GPA en France, Marc-Olivier Fogiel le répète : "La société française n'est pas prête à ça... et même à un début d'une réflexion sur cette question quand on voit où on en est sur la question de la PMA. Ce qui se fait aux États-Unis ne peut pas se transposer ici." Et d'ajouter : "Après, je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas être aussi intelligente que d'autres pays... Pour, à travers nos règles et notre éthique", autoriser une forme de GPA.

Le journaliste recommande de travailler sur un traité, une convention internationale sur la GPA, qui pourrait cependant aider de nombreuses familles à y voir plus clair, protéger les femmes de certaines dérives et préserver les enfants d'une insécurité. 

Pour ce qui est des conseils à des couples hétérosexuels ou homosexuels qui voudrait avoir recours à la GPA, Marc-Olivier Fogiel se garde bien de leur en donner. Et pour une raison simple : c'est interdit par la loi. "C'est une incitation à de l'abandon d'enfant, je peux simplement partager mon expérience. La loi, c'est la loi, elle s'applique pour tout le monde et je suis respectueux de la loi." 

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