4 min de lecture Cinéma

"Doctor Strange" : une introduction époustouflante à un univers trop riche

NOUS L'AVONS VU - "Doctor Strange" vaut indéniablement le détour, malgré une intrigue un peu saturée qui peut perdre ses spectateurs. En salles le 26 octobre.

>
Doctor Strange - Nouvelle bande-annonce (VOST) Crédit Image : Jay Maidment / 2016 Marvel |
Benjamin Pierret
Benjamin Pierret

Il était annoncé comme le héros qui allait bouleverser l'univers Marvel. Dans Doctor Strange, il n'est pas question de planètes lointaines, de dieux exilés sur Terre ou de morsures d'araignées radioactives, mais d'incantations millénaires et de dimensions parallèles : le chirurgien virtuose Stephen Strange, qui a perdu sa dextérité à la suite d'un accident de voiture, part au Nepal dans l'espoir qu'un guérisseur lui vienne en aide. À défaut d'un remède, il y reçoit l'enseignement des sciences occultes et la mission de protéger la planète de forces venues d'autres dimensions. Le film débarque en salles le 26 octobre.

Tout présentait ce nouveau long-métrage comme un film de super-héros à part : les visages parfaits de Green Lantern et autres Superman sont remplacés par les traits singuliers de Benedict Cumberbatch et Tilda Swinton. Scott Derrickson, plus connu pour ses prouesses dans le cinéma d'horreur (L'Exorcisme d'Emily Rose, Sinister) que dans les films fantastiques, a été choisi pour assurer la réalisation. Autant d'éléments alléchants et novateurs qui présentaient Doctor Strange comme un renouveau total dans l'univers des super-héros. Une anticipation renforcée par les trailers proposés par Marvel ces derniers mois, dont les images laissaient présager un spectacle grandiose. Cette promesse est largement tenue. Les autres, un peu moins. 

Images splendides et blague lourdingues

Les bandes-annonces l'avaient annoncé : visuellement, Doctor Strange allait décoiffer. Et effectivement, le spectateur en prend plein les yeux pendant près de deux heures. De Londres à New York, en passant par le Népal et Hong-Kong, les personnages évoluent dans un univers où les plus grandes villes du monde deviennent de véritables mandalas urbains. Les buildings se fondent dans un méli-mélo kaléidoscopique absolument grandiose qui, à lui seul, fait de Doctor Strange un spectacle incontournable. Un tour de force signé (entre autres) par le studio Industrial Light & Magic, déjà aux commandes de Star Wars : Le Réveil de la forceCaptain America : Civil War, mais aussi bientôt Star Wars : Rogue One et Valérian. De quoi promettre à nouveau des images époustouflantes. 

New York comme vous n'auriez jamais pensé le voir
New York comme vous n'auriez jamais pensé le voir Crédit : Copyright 2016 Marvel

Ces effets visuels stupéfiants sont malheureusement gâtés par un humour parfois attendu : les blagues sont là, mais elles ne sont pas renversantes. Et si on ne va pas voir un film Marvel pour hurler de rire, l'humour bien présent dans la plupart des films de la franchise reste un petit plus très appréciable. À part quelques éléments comiques bienvenus (notamment un clin d’œil à Beyoncé qui a charmé la salle), Doctor Strange ne s'impose pas comme le plus drôle des super-héros. Ni comme le plus attachant

Un casting 3 étoiles sous-exploité ?

À lire aussi
L'incendie de Notre-Dame le 15 avril 2019 Incendie à Notre-Dame
Notre-Dame : l'incendie de la cathédrale adapté en mini-série

Quand Peter Parker attendrit avec ses allures d'éternel loser et Wolverine nous impressionne avec ses névroses, Stephen Strange nous laisse un peu de marbre. Tous les éléments sont pourtant réunis : l'ambivalence du personnage, un chirurgien richissime et imbu de lui-même vulnérabilisé par la découverte d'un monde qu'il ignore, la quête émouvante de sa dextérité perdue... malgré tout, la sauce ne prend pas. 

On regrette également la passivité de Rachel McAdams, qui amène une touche de romance à un scénario déjà très riche : toujours aussi adorable, l'actrice qui a prouvé son piquant avec Spotlight, Lolita Malgré Moi ou True Detective se cantonne malheureusement à un rôle de gentille docteure quasi-servile qui attend, espère et soigne celui qu'elle aime, ne recevant en retour qu'un dédain prononcé, voire une agressivité carrément assumée. Elle lui apporte à manger, reste gentiment à son chevet et, bien sûr, ne lui pose aucune question quand il apparaît et disparaît mystérieusement. Note sur l'échelle du girl power : 0/20.

Désolés, Rachel
Désolés, Rachel Crédit : Jay Maidment / Walt Disney Studios Motion Pictures Germany

Du côté des magiciens qui gravitent autour du Doctor Strange, on est plus dans le R.A.S. que dans l'extase. Le film réunit pourtant un casting de choix : Tilda Swinton, oscarisée pour son rôle dans Michael Clayton et Chiwetel Ejiofor, qui a ému le monde entier avec sa prestation dans Twelve Years a Slave, font le job sans impressionner. Mention spéciale, peut-être, à Mads Mikkelsen, dont le rôle lui permet de déployer toute l'étendue de son inquiétant charisme. Si ce casting irréprochable semble sous-exploité, c'est sans doute à cause d'une trame surchargée qui, en essayant de tout couvrir, perd en substance. 

Un étrange docteur qui a trop de choses à dire

C'est dans les années 60 que Doctor Strange a fait son apparition dans le monde des comics. Un personnage ultra populaire chez les aficionados depuis près de 50 ans qui n'est porté à l'écran qu'en 2016. Et on comprend pourquoi : entre son histoire compliquée, ses ennemis inter-dimensionnels et les prouesses techniques que requière la mise en images d'un univers si visuelMarvel avait bien besoin de quelques années d'adaptations cinématographiques pour se faire la main. 

Et si techniquement, le cinéma a rattrapé son retard sur le dessin, il n'a toujours pas réussi à s'approprier la narration que permet ce format. Présentation de personnages (supposés) complexes, introduction à une mythologie ultra riche et annonce d'une menace contre laquelle doivent lutter les héros, le tout en deux heures de temps saupoudrées d'effets spéciaux lâchés à tout berzingue : le scénario sature et laisse peu de place à tous ces éléments, qui ont l'air de se tirer dans les pattes pour avoir droit à leur quart d'heure

Si toutes les pistes lancées au début du film sont bien menées à terme, elles semblent parfois survolées. Au final, on a du mal à savoir si on n'a pas eu assez de Doctor Strange ou si, au contraire, on nous en a donné beaucoup trop. Malgré tout, on veut voir les éventuelle prochaines aventures du super-héros. D'abord pour sortir aussi hallucinés qu'après un tour de Space Mountain, mais aussi pour savoir ce que ces personnages ont (vraiment) à nous offrir. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Cinéma Super-héros Fil Super
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants