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"Astérix : le Secret de la potion magique" : Alexandre Astier ou l'esprit gaulois

PORTRAIT - Avec ce nouvel épisode, qui sort en salles le 5 décembre, le créateur de "Kaamelott", signe pour la deuxième fois un épisode des aventures d'Astérix. L'occasion de dresser son "portrait gaulois".

Alexandre Astier, en janvier 2018
Alexandre Astier, en janvier 2018 Crédit : JOEL SAGET / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre Journaliste

Et si c’était lui le secret le mieux gardé de toute la Gaule ? Comédien, réalisateur, scénariste, dialoguiste, monteur, mais aussi compositeur, l'inaltérable Alexandre Astier, coréalise avec Louis Clichy, Astérix : le Secret de la Potion Magique, en salles le 5 décembre prochain.

Le Lyonnais de 44 ans, que l’on connaît mieux sous les traits du roi Arthur dans la série Kaamelott, livre une histoire centrée sur la figure d’un Panoramix défaillant, seul détenteur d’une puissante recette qui assure au village d'"irréductibles" de résister "encore et toujours à l’envahisseur".

Une aventure de son propre cru où l’on retrouve des "crétins moustachus", comme aiment à les moquer les Romains, qui ne sont pas sans rappeler l’équipe de chevaliers incapables qui entourait la table ronde dans la série initialement diffusée sur M6 entre 2005 et 2009.

Après avoir apporté sa pierre à l’édifice de la légende arthurienne, durant six saisons et plus de 450 épisodes, ce surdoué touche-à-tout s’attaque ici une deuxième fois à ce monument de la mythologie populaire française, après le succès du Domaine des Dieux, en 2014 (près de trois millions d’entrées).

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Force est de constater qu’Astier se glisse une nouvelle fois avec aisance dans les braies imaginées pour la première fois en 1959 par René Goscinny et Albert Uderzo. Un héritage de 37 albums, multi-référencés, qui semble couler de source pour cet "érudit-geek", qui manipule aussi bien Michel Audiard que Star Wars, Jean-Sébastien Bach que la physique quantique.

De quel personnage de la saga semble-t-il alors le plus proche ?  Pour mieux cerner la personnalité d'Alexandre Astier, tentons donc de dresser son "portrait gaulois".

Les nouvelles aventures d’"Astierix"

Qu’il s’agisse du Graal ou de Potion magique, s’il y a bien une chose que les aventures d’ “Astierix” savent faire, c’est fédérer. À l’image de l’entourage du petit guerrier, le village d’Alexandre Astier, lui non plus, n’est jamais très loin.

Fans ou comédiens, nombreux sont ceux à lui emboîter le pas quand le créateur de Kaamelott daigne sortir de sa retraite lyonnaise. Dernière illustration en date, le monarque renfrogné avait donné rendez-vous dans la capitale des Gaules pour la signature de l’intégrale de la série. Et il avait prévenu sur Twitter : "Ce sera la seule dédicace. La seule".

Résultat, le 10 octobre dernier, la rencontre entre le roi Arthur et ses fervents sujets a duré sept heures. De mémoire lyonnaise, rarement de telles garnisons de fans avaient été observées devant la Fnac Bellecour.

Et il n’y a pas que ses admirateurs qui accourent de toute la Gaule, quand ce meneur de troupe loyal se lance sur un nouveau projet. Les acteurs, eux aussi, rappliquent derechef. 

"J’adore ce que fait Astier. J’ai adoré tourner dans Kaamelott. J’adore son univers. C’est pour lui que j’ai dit que je reprenais le rôle (d’Astérix)", confie Christian Clavier, qui lui prête sa voix, après l’avoir incarné deux fois au cinéma, dans Astérix et Obélix contre César (1999) et Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002). 

Un savoir-faire au plus près des acteurs, qui lui permet de rassembler sous sa coupe, dans ce film d'animation français, aussi bien Élie Semoun, François Morel, Alex Lutz, Florence Foresti que Bernard Alane ou Daniel Mesguisch.

"Je suis un fidèle, j’aime être entouré des gens avec qui j’ai bossé sur d’autre projets",  reconnaît Alexandre Astier. Théâtre, cinéma ou télévision, son village ne connaît pas de frontières.

Obélix & Compagnie

Enfant de la balle à la force de travail herculéenne (il avouait en 2005 travailler parfois jusqu’à 20 ou 21 heures par jour), lui aussi est tombé tout petit dans la marmite des compagnies théâtrales.

Fils de Joëlle Sevilla et de Lionnel Astier, comédiens et metteurs en scènes qui participent aux tribulations télévisuelles et cinématographiques de leur rejeton, celui qui se destinait pourtant à être musicien a eu rapidement le pied à l'étrier.

"J’ai dû faire quelques remplacements dans des pièces de théâtres, parce que quand on est fils de comédiens, ça vous arrive fatalement un jour ou l’autre", raconte-t-il au micro de France Musique.

D’Obélix, Astier tient aussi le goût immodéré pour la castagne, sinon physique, du moins verbale. “Dans le village, le couple Cétautomatix-Ordralfabétix (...) ils ne peuvent pas se dire une phrase sans que ça parte”, jubile celui qui aime ciseler ses répliques à la serpe du verbe "audiardien".

Pas bégueule non plus devant un festin de fin d’album, la table, qu’elle soit ronde ou non, est un endroit que chérit le Lyonnais, mais à condition peut-être qu’il y trône.

Plus César qu'Abraracourcix

Lors d'un entretien réalisé en 2005, il ne s’en cachait pas : "Moi j’aime les projets où il y en a un qui sait, et un qui fait. Et où une équipe est là pour concrétiser l’idée d’un seul". En terme d’autorité, Alexandre Astier tiendrait-il moins d’Abraracourcix, le débonnaire chef du village, que de l’Empereur romain ?

"J’aime beaucoup écrire pour César (...) parce qu’il est pris dans cette espèce de frime, et comme autour de lui, ça ne marche pas et que les mecs ne comprennent pas ce qu’il dit. Il est donc dans une situation (de jeu) que je connais bien", avoue-t-il lors de son interview avec M6.  

C’est assez sain, je trouve, de se mettre en rogne.

Alexandre Astier
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La politique, de toute manière, il s’en tient éloigné. "Je ne suis pas un fan des manifs et des grèves. (...) C’est pas une histoire de convictions, c’est une histoire de collectivité : j’ai du mal avec le groupe", explique-il. Pour autant, l’esprit de résistance qui plane sur le village d’Astérix ne lui est pas totalement étranger. 

"C’est assez sain, je trouve, de se mettre en rogne. Il y a des peuples qui ne se mettent pas en rogne sur terre. (...) Nous, on a plein de défauts, mais quand on en a marre, on le dit !", estime-t-il. 

Celui qui avoue ne pas voter partage néanmoins avec les hommes politiques le goût de la langue de bois dès qu’il s’agit d’évoquer le futur cinématographique de Kaamelott : sa suite annoncée mais maintes fois repoussée.

Problèmes juridiques, de financement... Astier botte en touche quand il s’agit d’apporter une réponse qui satisferait les fans, se dit en "préparation", ou gagne du temps en sortant l’intégrale de Kaamelott, agrémentée de bonus. 

L'anti-Assurancetourix

Des suppléments où il se montre conduisant l’Orchestre Nationale de Lyon sur la thème de Kaamelott qu’il a écrit. Car Alexandre Astier, passé par le Conservatoire de Lyon et l’American School of Modern Music, est également insatiable en matière de musique. 

Et contrairement au barde Assurancetourix, hors de question de le bâillonner sur le sujet ! Pour lui, les dialogues au même titre que le découpage d'un film sont avant tout une question de rythme. "Le montage, c’est une manière assez musicale de faire dire quelque chose", soutient cet homme-orchestre, aussi à l’aise au clavecin qu’à la basse électrique.

La musique comme technique mais aussi comme sujet. Lors de son retour sur les planches en 2012, avec "Que ma Joie Demeure !", c’est de Jean-Sébastien Bach dont il s’agit. 

Bach écrivait ses cantates dans un temps où la mortalité infantile était élevée. Comment le fait de perdre des enfants a-t-il influencé l’oeuvre du compositeur allemand ? Ce père de six enfants se pose immanquablement la question. 

Le ciel lui tombe sur la tête

Comment transmettre et à qui ? La question hante Panoramix dans Astérix : le Secret de la Potion magique. Alexandre Astier qui “aime apprendre des choses”, et se réclame sur scène du professeur Rollin, conçoit ses spectacles comme des exposés humoristiques avec l'ambition que le public ressorte un peu moins ignorant. 

Qu’il professe l’art du contrepoint ou des notions d’astrophysique, comme dans L’Exoconférence en 2014, Alexandre Astier a le savoir généreux et expansif. 

La figure tutélaire du druide qui regarde le ciel pour le déchiffrer se prête bien à cette soif de savoir. Dans la forêt des Carnutes, qui abrite le Conseil des druides, Astier imagine pourtant une communauté de mâles blancs plus facétieux et incompétents que sages. La transmission, certes, mais la comédie avant tout. 

Finalement, dans sa conduite des projets sans sourciller, son attachement à ses racines  comme aux cimes de l’arbre de la connaissance, Alexandre Astier tiendrait peut-être même plutôt d’Idéfix...

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"Astérix : le Secret de la potion magique" : Alexandre Astier ou l'esprit gaulois
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2018-11-29 08:35:00
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