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Jean-Paul Belmondo : "J'ai eu de la chance"

PODCAST - Jean-Paul Belmondo a décidé qu'il serait acteur à l'âge de 16 ans. C'était au milieu des pâturages, des cascades et des monts verdoyants du Cantal. L'adolescent s'était retrouvé ici, dans le village d'Allanche, pour soigner une infection aux bronches. En montant sur une estrade lors d'une fête de village, il s'était rendu compte qu'on ne regardait que lui. Et qu'il pouvait faire rire des gens qu'il n'avait jamais vu auparavant.

Jean-Paul Belmondo au Festival de Cannes en 1974
Jean-Paul Belmondo au Festival de Cannes en 1974
Crédit : AFP
Jean-Paul Belmondo
37:39
Jean-Alphonse Richard & Marie Bossard

Jean-Paul Belmondo : deuxième enfant de Paul et Madeleine Belmondo. Deux artistes qui se sont rencontrés sur les bancs de l'Ecole des Beaux Arts à Paris. Paul Belmondo n'a pas tardé à se faire un nom, et à devenir un sculpteur célèbre. Madeleine a elle rangé sa vocation de peintre et de sculpteur pour suivre son mari et s'occuper de ses trois enfants, Alain, Jean-Paul et Muriel. Ces parents, qui font partie de la bonne bourgeoisie, sont la première chance de Jean-Paul Belmondo. Ils lui feront le plus beau des cadeaux qu'on peut faire à un enfant : la liberté.

Madeleine Belmondo s'inquiète pour ce fils turbulent qui n'en fait qu'à sa tête. Les seuls moments où Jean-Paul s'assagit et rêvasse c'est quand il est dans l'atelier paternel, - un père qui sculpte en écoutant Charles Trénet, quand sa mère l'emmène à la Comédie Française. Ou quand toute la famille se retrouve pendant les vacances dans la maison de Piriac-sur Mer, près de La Baule. "J'ai grandi dans l'amour et la gaieté", dit Belmondo.

Difficile de canaliser l'énergie de ce Jean Paul Belmondo, qui s'entend comme larron en foire avec Alain, son frère aîné, avec lequel il fait de la boxe. Ce n'est pourtant pas sur un ring, comme le veut la légende que Belmondo a lui-même gentiment entretenue, qu'il a eu le nez cassé. Mais au collège, lors d'une énième bagarre générale dans la cour. "Je remercie l'auteur de cet attentat. Sans lui, je serais peut être toujours en train de me placer comme figurant de théâtre", écrira t-il une fois célèbre.

Les prémices d'une grande carrière

Les premières années de Belmondo apprenti-comédien seront cathodiques, parfois catastrophiques. A plusieurs reprises, il s'entendra dire qu'il n'est pas fait pour ce métier. "Dans tous les cas pas avant 50 ans", l'avertit même le patron du conservatoire où Jean-Paul Belmondo a été certes admis, mais comme simple auditeur. Il lui faudra bagarrer patienter pour devenir sociétaire. En fait personne ne croit vraiment en ce ce Belmondo qui ne se prend pas assez au sérieux à une époque où les acteurs de théâtre cultivent une morgue d'empereurs romains.

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Jean-Paul Belmondo a 18 ans, et ne pense qu'à une chose: s'amuser. La java, la bamboche, il la fait avec autre aspirant acteur, Guy Bedos. Avec lui, il récite les sketches de Pierre Dac aux terrasses des cafés. Pourchasse les filles, boit des coups, provoque des bagarres générales dans les soirées étudiantes. Belmondo et Bedos engagés un pour se produire dans des campings. La tournée fera faillite. Ils rentreront à Paris en stop, dans la benne d'un camion de farine.

Au mois de juillet 1956, après quatre années passées au Conservatoire, il rate le concours de sortie. Amour et piano, une pièce de Feydeau, ne porte pas chance à l'élève Belmondo. Il n'obtient qu'un accessit. On lui fait payer sa désinvolture. Dès l'annonce du palmarès, il éructe. La cohue emplit la salle de l'Odéon. "Un prix de consolation en somme, la pire chose qu'on pouvait me faire". Belmondo porté sur les épaules de ses camarades, les Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bruno Créme, tire la langue et fait un bras d'honneur aux jurés.

Ce geste vengeur reste l'un des plus hauts faits d'armes de l'histoire du Conservatoire. Et une gifle qui change tout. Car si Belmondo avait reçu un prix à sa hauteur, serait-il devenu Bébel ? Pas sûr. Le voila aiguillonné. «Toute ma vie, j'ai voulu leur prouver qu'ils avaient eu tort», dira t-il.

"Ca ressemblait à un canular d'étudiant"

Belmondo ou le reflet d'une insolente joie de vivre. C'est comme cela que la belle Renée Constant tombe dans ses bras. Il a 20 ans, elle en a 19. Dans une boite de jazz, il l'appelle Elodie. Elle rétorque qu'elle se prénomme Renée. Il sort alors cette réplique de Tristan Bernard : "Ca ne fait rien parce que la femme de mes rêves s'appelle Elodie". Ils se marieront, auront trois enfants, Patricia, Florence et Paul. Renée-Elodie restera une vingtaine d'années dans l'ombre de Belmondo, invisible, fuyant la lumière de la célébrité, mais restera pour toujours sa première Dame de Cœur.

En ce début des années 60 Jean-Paul Belmondo, jongle ainsi avec le théâtre, un peu de cinéma, ses devoirs de père de famille et son service militaire. L'Armée française finira par le considérer comme trop fantaisiste pour le métier des armes. C'est le temps où un jeune réalisateur, Claude Chabrol, lui donne son premier vrai rôle dans "A Double Tour". Mais c'est un autre novice, Jean-Luc Godard qui le premier a repéré Belmondo. Il l'a déjà fait tourner dans un court métrage. Ce jour-là, Godard invite Belmondo au Fouquet's, lui propose un rôle qu'il aurait du aller à Charles Aznavour ou à Sacha Distel : celui d'un voyou amoureux d'une Américaine qui vend le Herald Tribune. Jean-Paul Belmondo tournera "A Bout de Souffle" comme un film de vacances. "Ca ressemblait à un canular d'étudiant", dira-t-il, sans penser qu'il serait son sacre, la première marche sur l'escalier du succès.

Belmondo sait désormais que la vie n'est pas toujours un jeu. Même si au cinéma, c'est son image de type décontracté, qui vit comme si chaque jour était Dimanche, qui plait aux spectateurs. De La Ciociara où il embrasse Sofia Loren - "très bon souvenir", dit-il- jusqu'à Cartouche où il s'habille en Mousquetaire, Jean-Paul Belmondo sait tout faire. Avec lui, chassez le naturel, il revient toujours au triple galop. Pas étonnant que le patriarche du cinéma, l'intimidant et terrestre Jean Gabin, tombe à son tour sous le charme. Sans avoir jamais vu auparavant le moindre film du "petit" comme il l'appelle, Gabin l'accepte pour partager avec lui l'affiche de "Un Singe en Hiver". Sur le tournage, celui que le cinéma français surnomme le Vieux prend le jeune acteur sous son aile. Belmondo se souviendra avoir été apeuré, intimidé puis rassuré par Gabin. Avec "Un Singe en Hiver" et Gabin, Belmondo entrera sans le savoir au Panthéon du cinéma français.

L'invité "Confidentiel"

Laurent Bourdon, journaliste et auteur de "Définitivement Belmondo" aux éditions Larousse

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