3 min de lecture Isabelle Morini-Bosc

Isabelle Morini-Bosc : "Audrey Pulvar a un obligatoire droit de réserve"

ÉDITO - Pour la journaliste, la suspension d'Audrey Pulvar est logique car elle n'est pas éditorialiste, mais présentatrice.

La journaliste Audrey Pulvar a été suspendue de CNews à la suite de son appel à voter pour Emmanuel Macron
La journaliste Audrey Pulvar a été suspendue de CNews à la suite de son appel à voter pour Emmanuel Macron Crédit : AFP / FRANCOIS GUILLOT
Isabelle Morini-Bosc
Isabelle Morini-Bosc Journaliste RTL

La boucle est bouclée, finissons donc cette semaine comme nous l'avons commencée, en parlant, en respirant politique. Il semble en effet que notre quotidien en soit littéralement imbibé, imprégné en période électorale. Comme on peut l'être d'un parfum trop fort, trop capiteux. Trop capital, surtout, vu que cela touche essentiellement Paris et les médias parisiens.

Je pense que le viticulteur alsacien qui voit geler ses cépages pense à autre chose qu'à théoriser sur la catastrophe que représente l'arrivée de untel ou untel au gouvernement. Comment pourrait-il trouver le temps de gloser vu qu'il subit des temps alternativement trop chauds, trop froids, trop secs… Mais toujours durs. Vu aussi qu'il voit ses ressources (à tous les sens du terme) et ses revenus se réduire à moins que rien, comme certains aliments devenant riquiqui après cuisson. Alors pour le monde paysan les légumes oui, les grosses légumes non. De quelque tendance qu'elles soient, puisque toutes l'ont trahi. Et on voudrait en plus le culpabiliser de son vote quel qu'il soit ? 

Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt.

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Il n'y a guère que les médias parisiens pour s'étonner de ce qui n'est pas étonnant. Il fallait voir, mercredi matin sur notre antenne, Jean-Christophe Cambadélis balayer avec mépris la remarque primordiale autant qu'étonnée d'Élizabeth Martichoux sur "l'absence de réflexion et d'autocritique après les résultats". Il s'est alors contenté de déclarer avec morgue que "L'heure n'était pas à la réflexion mais à la lutte contre le FN", "seule obsession impérative et valable", selon lui. Voilà encore une phrase qui a dû aller droit au cœur de l'agriculteur constamment trahi par les gouvernements successifs depuis quasiment la fin de la guerre, et à qui les nantis bien à l'abri reprochent en plus son vote de lassitude, de désespoir. 

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Il a d'ailleurs également dû apprécier cette phrase d'une étudiante déclarant que "les votes de droite venaient des gens de la France du passé redoutant la France de l'avenir". Si seulement cela pouvait être aussi simple et simpliste que cela ! C'est très exactement là qu'on a le droit de repenser à ce proverbe chinois : "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". C'est ce que nous, les médias, et eux, les politiques, font en permanence: "On" regarde le doigt et rien que le doigt ! Donnant des leçons de civilisation assis sur nos derrières bien calés sur nos sièges. 

Elles n'ont pas le droit d'engager leur antenne.

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Et de ce point de vue pardon, mais je trouve logique le remontage de bretelles que subissent mes camarades Julia Molkhou (LCI) et Audrey Pulvar (CNews), cette dernière étant de surcroît "suspendue" (et pas seulement à ses convictions). De quoi sont-elles responsables, sinon coupables ? La première d'avoir ouvertement pris position contre Marine Le Pen, la seconde d'avoir en outre signé une pétition contre la "blonde bleue marine" qui, dans son clip de campagne grandiloquent, tient la barre. Ont-elles le droit de dire ce qu'elles pensent à titre de citoyen(ne)s ? Évidemment oui. Ont-elles le droit d'engager leur antenne alors qu'elles s'expriment à titre privé ? Évidemment non. 

Il y a confusion des genres et des sentiments. La séparation doit être nette, infranchissable. Elles ne sont ni chroniqueuses ni éditorialistes mais présentatrices. D'où un obligatoire devoir de réserve. Côté opinions personnelles, la mission justifie l'omission dans l'émission, dans ce cas et ce cadre précis seulement. Qu'elles ne le sentent pas est regrettable, logiquement condamnable et condamné par leurs hiérarchies respectives. Comme ce sont de bonnes présentatrices ayant de surcroît bonne presse, on regrette de les voir faire couler autant d'encre !

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2017-04-28 18:51:00
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