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"Mourir peut attendre" : un "James Bond" doux-amer, drôle et plein de premières fois

NOUS L'AVONS VU - Daniel Craig fait ses adieux à la saga dans une tempête de feu et de femmes. Mieux que "Spectre" ? Mieux que "Skyfall" ?

Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Mourir peut attendre (No Time To Die) promettait de nous offrir des choses encore jamais vues dans un James Bond. La promesse est tenue. Le 25e film de la franchise d'espionnage et ultime long métrage avec Daniel Craig collectionne les premières. Le film du réalisateur américain Cary Joji Fukunaga (Sin nombre, True Detective) qui va sortir sur nos écrans le mercredi 6 octobre après moult reports est d'abord le plus long James Bond de la série. 2h43 d'explosions, de balles qui frôlent notre héros toujours aussi flegmatique, de cascades vertigineuses et de bons mots. 

Les fans nous demanderont  d'abord s'il s'agit d'un bon James Bond ? La réponse est oui. Malgré les tergiversations créatives pour obtenir cette conclusion avec Daniel Craig, le film est dans la droite ligne des quatre épisodes précédents : Casino Royale, Quantum of Solace, Skyfall et Spectre. Est-ce pour autant le meilleur James Bond de l'histoire ? Non. Il ne s'agit pas non plus du meilleur James Bond de l'ère Craig. Selon nous, Skyfall et Casino Royale demeurent un cran au-dessus. Mais Mourir peut attendre est une réussite.

Nous n'allons pas ici vous révéler les éléments de l'intrigue (pas de gros spoilers donc) et notamment le final qui regorge de surprises. Sachez simplement que Mourir peut attendre restera dans les mémoires pour ces deux éléments clefs qui vous reconnaîtrez sans mal dans la dernière partie. C'est du jamais vu pour un James Bond

Plus que jamais, l'ère Craig aura déconstruit le quasi-super-héros qu'est Bond en l'humanisant au maximum. Oui, il est un homme extraordinaire, mais il n'est qu'un homme. Et comme il n'est jamais facile de toucher aux idoles, on peut féliciter Cary Joji Fukunaga, le réalisateur, pour son courage. Ces deux rebondissements feront parler, bien sûr. Mais là est sans doute la grande force du dernier quart de Mourir peut attendre. 

Une première partie impeccable

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Puisque l'on parle des points positifs, il nous faut rapidement vous dire à quel point la première partie de Mourir peut attendre est un bijou. Les deux scènes pré-génériques dans une petite maison avec une chanson de Dalida en fond sonore et dans le pittoresque village italien de Matera sont à couper le souffle. La première scène suit l'enfance de Madeleine Swann (jouée par Léa Seydoux depuis Spectre). Le huis clos presque horrifique et toujours surprenant offre une vraie bouffée d'air frais à la saga. On regrette que cette ambiance ne persiste pas plus longuement notamment dans la grande base du méchant à la fin. 

Pour la scène en Italie, il s'agit d'un condensé pur de la magie James Bond. Des souvenirs sombres, du luxe, une Aston Martin indestructible, l'amour, des cascades magistrales, des doutes, un cadre enchanteur. La réussite est totale. C'est d'ailleurs l'impression que l'on a pendant toute la première moitié de Mourir peut attendre. Lorsque l'intrigue finit par apparaître avec ses nombreux acteurs, un scientifique à l'accent russe fantasque, un péril mondial, de très bonnes idées technologiques (comme une fuite mémorable dans une cage d'ascenseur avec des aimants)... Tout est parfait. 

Cette qualité persiste un long moment pour culminer peut-être à Cuba où Bond doit s'allier avec une de ses collègues, Paloma jouée par l'impeccable Ana des Armas. Smoking, robe longue, chorégraphie millimétrée, humour intelligent et ravageur et de nombreux cocktails enchaînés... Il s'agit certainement de la scène la plus jouissive de tout le film. Malheureusement, elle a une fin. 

La magie Phoebe Waller-Bridge

Ana de Armas incarne l'éclatante Paloma
Ana de Armas incarne l'éclatante Paloma
Crédit : DANJAQ / MGM

Ana de Armas est tout ce que l'on pourrait attendre d'une James Bond woman (pas "girl", de grâce) en 2021. Elle est élégante, flamboyante, implacable mais, grâce à l'écriture malicieuse de Phoebe Waller-Bridge (Fleabag, Killing Eve), elle devient terriblement attachante. En jouant le rôle d'une nouvelle venue dans le monde merveilleux de l'espionnage international (Paloma explique être dans ce métier depuis deux semaines et qu'il s'agit là de sa première mission), elle gagne instantanément l'amour du public. On aimerait la voir plus, la voir revenir... Mais non. Peut-être que le prochain James Bond aura besoin d'elle. Les fans apprécieraient de la voir ressurgir avec son irrésistible fraîcheur.

L'écriture de Phoebe Waller-Bridge est toujours d'une grande finesse et, si les personnages ne vont jamais jusqu’à vous regarder droit dans les yeux comme l'actrice le faisait dans sa série Fleabag, on reconnaît à chaque fois la touche de la scénariste britannique. C'est Daniel Craig lui-même qui l'a appelée à venir retoucher le script de ce Mourir peut attendre. Ce zest Waller-Bridge ne fait que rendre le cocktail Mourir peut attendre plus savoureux. "J’ai vu Killing Eve [l'autre série qu'elle a écrit et dont le thème est aussi l'espionnage] et j’ai été estomaqué par sa capacité à en faire à la fois un thriller et une comédie, a déclaré le comédien. Je me suis dit : ‘On a besoin de cette voix’. Ça aurait été stupide de s’en passer."

Son sens du rythme, de l'absurde, sa façon de s'affranchir de certaines conventions pour aller droit au but et être efficace et tranchante avec ses personnages... Tout ça, Phoebe Waller-Bridge l'apporte avec elle. Dans le rayon des (quasi) premières fois, elle devient ainsi la deuxième femme (après Johanna Harwood pour Dr No et Bons Baisers de Russie) à être au scénario d'un Bond. Les producteurs de la saga seraient d'ailleurs bien inspirés de la garder sous le coude pour le prochain James Bond. La trentenaire ferait d'ailleurs une excellente Q (responsable des gadgets du MI6) si le casting des rôles secondaires devait lui aussi évoluer dans les prochaines années... 

Ben Whishaw, Daniel Craig et Naomie Harris
Ben Whishaw, Daniel Craig et Naomie Harris
Crédit : RTL

Lashana Lynch, la nouvelle 007, la remplaçante de notre bon James Bond retraité au sein du programme "00", ne manque pas de panache. Chacune de ses apparitions est un plaisir. Elle avance avec une assurance désarmante, veut faire aussi bien voir mieux que Bond dont la réputation n'est plus à faire... Cette petite rivalité entre les deux tout comme la camaraderie entre Moneypenny, Q et Bond est un vrai plaisir. Cet esprit de famille au sein du MI6, entre des gens qui sont bien plus que des collègues (le film nous le fait bien comprendre), est un des points forts du film. Bond, le célibataire et orphelin, n'est finalement pas si seul. 

Des occasions manquées

Reste la seconde partie et le cœur de l'intrigue. Nous avons été moins convaincus pour le rythme et les enjeux émotionnels (parfois un peu attendus) de la fin du film. On ne passe certainement pas un mauvais moment. La course poursuite permanente et le suspense restent des moteurs extrêmement efficaces. Et comme il s'agit du dernier Bond de Craig, on sait qu'on nous réserve de belles surprises. 

Malgré tout, l'intrigue aurait mérité d'être un peu plus propre et moins alambiquée. Si la complexité de l'univers ne sert pas un final totalement inattendu et intelligent... alors on a l'impression d'avoir un peu perdu son temps. C'est le sentiment qui nous habite un peu lorsque l'on repense aux personnages de Blofeld (Christoph Waltz), Swann (Léa Seydoux) ou Safin (Rami Malek). Beaucoup de construction, de potentiel... et le final est un peu décevant, attendu... ou incomplet. Il manque quelque chose. Il y a quelque chose de trop artificiel entre Bond et ces trois personnages pour que l'on croit vraiment à l'importance des liens qui les unissent. Les émotions sont comme étouffées. On ne retrouve pas l'intensité d'une Eva Green (Casino Royale) ou d'un Javier Bardem (Skyfall).

Christoph Waltz et Daniel Craig
Christoph Waltz et Daniel Craig
Crédit : DANJAQ MGM

Malgré tout, nous sommes à des années-lumières des intrigues surréalistes des James Bond historiques où les plans diaboliques des méchants étaient véritablement risibles. Le grand plan de Safin pour détruire le monde et ses motivations sont quelque peu décousues. On n'y croit pas vraiment. Mais on lui pardonne. Un James Bond n'est pas là pour offrir une expérience réaliste ou un drame psychologique fin. On est là pour le spectacle et Mourir peut attendre reste un feu d'artifice de très belle facture. 

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