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"Foundation" (AppleTV+) : que vaut cette sublime fresque de science-fiction ?

NOUS L'AVONS VU - En adaptant cette œuvre majeure d'Isaac Asimov, AppleTV+ a pris d'immenses risques. Que donne cette saison 1 ?

Cooper Carter, Lee Pace et Terrence Mann dans “Foundation,”
Cooper Carter, Lee Pace et Terrence Mann dans “Foundation,”
Crédit : APPLETV+
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud

Denis Villeneuve s'est attaqué à Dune avec succès. La plateforme de streaming d'AppleTV+, elle, s'attaque à un autre mastodonte de la science-fiction : Foundation. Foundation (ou Fondation en bon français) est un cycle de science-fiction créé par l'auteur russo-américain Isaac Asimov dans les années 1940. Il s'agit d'une œuvre majeure, l'un des grands classiques de ce genre. Pourtant, aussi importante qu'elle soit, Fondation est restée seulement connue des amateurs de SF. Jamais ce cycle gigantesque, réputé inadaptable tant elle couvre de personnages, de mondes et d'époques, n'est jamais devenue une œuvre populaire. 

Mais grâce à l'audace et aux moyens financiers d'Apple, Fondation peut enfin tenter de conquérir le monde et le grand public grâce aux merveilleux moyens de la télévision et du streaming. La série télé est, en effet, le meilleur médium (après les livres) pour raconter une histoire pareille. Car Fondation mérite du temps et de l'investissement. Il ne s'agit pas d'une joyeuse aventure dans l'espace où vaisseaux spatiaux et pistolets laser font l'intérêt de l'intrigue. Il s'agit d'une œuvre hautement philosophique, mais, nous vous rassurons ici, Foundation n'est pas une série ennuyeuse pour autant. 

Nous n'allons pas ici révéler de détails de l'intrigue. Pas de spoilers à l'horizon. Tout juste quelques éléments de base du scénario et nos impressions après avoir regardé cette saison 1 dans son intégralité. Vous pourrez découvrir un épisode par semaine à partir de ce 24 septembre. La saison 1 de Foundation compte 10 épisodes d'environ une heure chacun. Si vous n'êtes pas abonnés à AppleTV+, peut-être avez-vous acheté un produit Apple ces derniers mois... Si c'est le cas, vous pourrez alors bénéficier du service de streaming pendant un an gratuitement. Foundation mérite peut-être bien que vous sautiez le pas...

Une équation prophétique

Foundation se déroule loin, très loin dans le futur. L'emplacement de la Terre a été oublié par l'humanité depuis des millénaires. Des centaines de mondes habités sont désormais colonisés par les hommes à travers la galaxie. Tous ont leurs cultures, leurs traditions... Mais c'est un régime autoritaire qui dirige le tout. 

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Cet Empire galactique est dirigé par un triumvirat tout à fait extraordinaire dans sa conception. Trois empereurs gouvernent simultanément et collégialement. Tous sont des clones du tout premier empereur, Cléon Ier. Il y a le jeune Cléon, surnommé "Aube", qui est destiné à gouverner quand il sera adulte et apprend tous les jours des deux autres Cléon : "Jour", l'adulte, qui gouverne effectivement et "Crépuscule", le vieux, qui s'occupe de guider les deux autres et est chargé de peindre une grande fresque historique. Les trois générations coexistent, vivent comme des frères et des parents et se succèdent ainsi par le clonage depuis des siècles, garantissant la paix dans la Galaxie.

Fondation commence par un procès. Celui d'un mathématicien brillant, Hari Seldon (Jared Harris) étudie la psychohistoire. Cette science permet de prédire, par des modèles très complexes, les grands cycles de civilisation. Mais un problème demeure : cette équation ne peut être comprise que par les plus brillants esprits de la galaxie. Hari est donc bien en peine d'expliquer à des non-psychohistoriens (ses pairs, ses juges ou même les Empereurs) ce que son dernier algorithme lui explique pourtant clairement : l'Empire va s'effondrer et l'humanité va connaître des millénaires d'obscurantisme et de guerres. Une perspective qui ne réjouit pas du tout le trio impérial...

Foundation pose là sa première salve de grandes questions philosophiques : doit-on faire confiance à la science ? Peut-on prédire l'avenir ? Si les mathématiques ne mentent pas, un mathématicien peut-il mentir ? Mais si le spectateur de cette série a le plaisir de réfléchir à ces questions au fur et à mesure de son visionnage, Foundation demeure une série avec son suspense et ses rebondissements. Il ne s'agit pas d'une conférence aride. 

Gloire aux empereurs

Foundation mise sur ses personnages pour nous conter l'intrigue particulièrement complexe de l'œuvre d'Asimov. Plutôt que de se perdre en explications savantes sur l'existence de l'âme chez les robots ou de l'importance de l'histoire, la série d'Apple se fixe sur des personnages et des lieux. 

L'intrigue est divisée en trois grands récits qui sont interconnectés. Il y a d'abord le destin des psychohistoriens, Hari Seldon et la jeune Gaal Dornick, alors qu'ils essayent de construire la fameuse Fondation (une sorte d'encyclopédie) pour raccourcir la période d'obscurité que va traverser l'humanité dans les prochains siècles. Il y a la vie de cette fameuse Fondation, petite communauté de scientifiques perdue sur une planète glacée aux confins de la galaxie, plusieurs décennies après le début de cette mission. Et il y a enfin le grand spectacle avec la vie des trois Empereurs dans la capitale Trantor.

Les trois empereurs de "Foundation"
Les trois empereurs de "Foundation"
Crédit : Apple

Cette structure dynastique très originale est une création de David S. Goyer, le showrunner de la série, qui a pour mission d'adapter l'inadaptable. C'est l'acteur Lee Pace (vu déjà dans un rôle de roi particulièrement autoritaire et hautain dans The Hobbit) qui joue brillamment le rôle du terrible Jour. Terrence Mann (le méchant de Sense8) incarne son clone plus âgé et deux acteurs joue les rôles de ses clones enfant et jeune adulte. Cette création est probablement la plus brillante idée de la série. Une fulgurance pratique tout d'abord car elle permettra à la série de conserver une partie de son casting même si des siècles scénaristiques passent. L'assistante, conseillère unique et presque mère des Empereurs, Eto Demerzel (Laura Birn), est aussi la dernière machine pensante de la galaxie, une humanoïde présente depuis le premier empereur et qui naturellement ne vieillira pas. En tout six acteurs pourront facilement passer d'une saison à une autre, d'une époque à une autre, qu'ils soient des robots, des hologrammes ou des clones... 

Mais si cette solution est astucieuse, elle est aussi une véritable chance scénaristique. L'intrigue créée autour de cette dynastie qui ne cesse d'avoir peur de la chute, craint de ne pas avoir d'âme du fait de ce clonage répété et questionne le concept même d'altérité est fascinante. Lee Pace, Terrence Mann et Cassian Bilton offrent les interprétations les plus intrigantes et excitantes de la série. S'il y a de nombreux autres mystères dans Foundation, c'est à eux que l'on veut revenir sans cesse. Ce sont leurs décisions, leurs interactions, leurs réflexions, leurs vies que l'on veut connaître. 

Une fresque sublime mais imparfaite

Pour les deux autres tiers de l'intrigue, Foundation ne fait pas mouche à chaque fois. On s'ennuie rarement. Il y a des batailles, des histoires d'amour, des quêtes d'identité, des fantômes, des monolithes mystérieux, des visions... pour nous occuper pleinement. Si les épisodes sont tous plaisants, certaines séquences semblent inutiles et répétitives et pourraient lasser les moins patients. Certains enjeux émotionnels (et romantiques en particulier) entre les personnages sont trop vite expédiés ou trop mal exposés pour que le public ressente une quelconque empathie avec les personnages. On a aussi parfois l'impression que les scénaristes tournent autour du pot de certains mystères pour faire des révélations tardives et parfois décevantes. 

Foundation offre un spectacle visuel digne du cinéma
Foundation offre un spectacle visuel digne du cinéma
Crédit : Apple

Mais rassurez-vous cela ne nous a pas empêché de binger la totalité de la saison avec gourmandise (il vous faudra attendre de longues semaines pour que la saison complète soit dévoilée ou attendre novembre pour tout consommer d'un coup). Il faut dire que Foundation est l'une des plus belles séries de science-fiction jamais vue à la télévision. Avec une qualité visuelle entre InterstellarDune et His Dark Materials, on regretterait parfois de ne pas voir certains plans sur très grand écran. La photographie et les lumières sont sublimes. Les effets spéciaux, notamment ces petits grains de sable scintillants que l'on retrouve un peu partout au fil de la saison sont d'une grande élégance. Les costumes aussi, ainsi que le maquillage, sont souvent de belle facture. 

Par contre, dans cet océan de beauté, nous n'avons pas été convaincus par certains décors intérieurs des vaisseaux. Il est vrai qu'il est difficile de rendre palpitant un couloir de métal avec des néons au plafond. Les costumes en cuir d'un peuple en particulier et l'armure en plastique bleu de l'empereur Jour, portée par Lee Pace, comptent aussi parmi nos petites déceptions visuelles. Pour le reste, Foundation reste une claque visuelle avec une qualité à des années-lumière des autres séries de science-fiction que l'on a pu voir à la télévision. Nous avons déjà hâte de voir la suite...

Que cache le mystérieux Coffre ?
Que cache le mystérieux Coffre ?
Crédit : Apple
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