4 min de lecture Cinéma

"Call Me By Your Name" : lentement dirigé, sensualité

NOUS L'AVONS VU - Le film de Luca Guadagnino, nommé 4 fois aux Oscars, propose une magnifique mise en images de la rencontre entre Elio et Oliver, les héros du roman d'André Aciman. L'Italie, la lumière de l'été et l'amour fou.

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Call Me By Your Name - Bande-annonce - VOST Crédit Image : Sony Pictures |
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Aymeric Parthonnaud

Call Me By Your Name, en salle le 28 février 2018, est probablement le plus européen des films nommés aux Oscars pour la catégorie du Meilleur film. Adaptation du roman éponyme de l'Américain André Aciman publié en 2007, le film suit l'histoire d'amour naissante entre deux jeunes hommes Elio et Oliver lors d'un été lumineux dans la campagne italienne. Oliver est un doctorant qui vient dans la maison de son professeur d'archéologie pour travailler. Elio est le fils surdoué et très mature de ce spécialiste de l'antiquité.

Un long-métrage très européen certes, mais vu par un Américain tout de même. Le cadre et les personnages paraissent irréels. Les protagonistes sont des aristocrates modernes, des lettrés absolus (avec leur personnel de maison) qui conversent de tous les arts entre quelques bustes antiques et un concerto privé. La lumière est perpétuellement dorée. L'Italie est digne d'une carte postale avec sa gastronomie, sa langue, ses autochtones bavards et charmants... On sait que cette vie n'est qu'un rêve mais peu importe : Call Me By Your Name est une parenthèse enchanteresse et, comme Elio et Oliver, on aimerait qu'elle ne s'arrête jamais. 

C'est aussi et surtout une histoire d'amour bouleversante. Les Oscars disposent de merveilleuses romances cette année. Phantom Thread propose un amour vénéneux, La Forme de l'eau, un amour fantastique... Call Me By Your Name propose l'histoire la plus érotique et passionnelle de la sélection. 

Deux garçons, le temps d'un été...

La rencontre entre Elio et Oliver, interprétés par le jeune Franco-américain Timothée Chalamet (Interstellar, Lady Bird) et l’Américain Armie Hammer (The Social Network, Nocturnal Animal) parlera à beaucoup. Il s'agit avant tout d'un amour d'été. Dans le cadre idyllique de la maison de famille des parents d'Elio, les personnages s'observent longuement et jouent au difficile jeu de la séduction.

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Chaque promenade, repas, baignade, lecture, séance de volley-ball est là pour faire grimper le désir. La caméra suit subtilement les corps sans cesse dénudés et touchés par les rayons brûlants de l'été. Les épaules se frôlent, les doigts s'approchent avant de repartir. Pendant près d'une heure Elio et Oliver se tournent autour. Ils se lancent des piques, se rendent jaloux en séduisant de belles jeunes femmes l'un devant l'autre, mais personne n'est dupe (sauf ces victimes collatérales, elles aussi aveuglées par le désir).

Les deux hommes se séduisent dans un climat très particulier : l'Italie des années 80. Outre le charme vintage de l'époque, cette période demande aux deux personnages de jouer la carte de la discrétion. Leur amour doit rester secret pour se vivre. La nuit, les ruelles désertes, les sous-entendus... Voilà comment compose ce couple. Un jeu risqué et grisant dans lequel se reconnaîtra n'importe quel spectateur, homosexuel ou non. 

Si Elio ne semble pas craindre un rejet ou une violence de la part de ses parents, cultivés et tolérants, il fait tout de même attention et apprivoise ce sentiment inconnu qui le parcourt. Plus qu'une romance gay, Call Me By Your Name est avant tout un premier amour. Il est plus question d'hormones adolescentes, de tentation, de sexe, de sorties romantiques à tomber et d'un amour en sursis. Le film reste cependant paisible. On est loin des narrations plus violentes et mélancoliques du Secret de Brokeback Mountain ou de Week-end, si l'on évoque le cinéma qui traite de deux hommes amoureux.

Les sens réveillés

Le film de Luca Guadagnino est aussi une incroyable déclaration d'amour aux arts et aux corps. Chaque sens est flatté. La vue tout d'abord puisqu'il s'agit de cinéma avec les paysages de Lombardie, la nature, les sorties à vélo, les baignades dans la rivière, la peau nue, les tables bien remplies et la villa si charmante. 

L’ouïe ensuite puisque la bande-son du film réussi le miracle de rester avec vous des jours après la fin du film. Il y a le thème Mystery of Love de Sufjan Stevens qui est un sortilège à lui seul et qui a bien mérité d'être nommé aux Oscars pour la meilleure chanson. Mais il y a aussi le reste de la musique et les notes de piano qu'Elio joue à différents moments du film.

Le goût et l'odorat ensuite. Le film donne littéralement envie de manger 20 fruits et légumes par jour tant la nourriture, toujours colorée, fraîche, toute juste cueillie dans le jardin tient une place importante dans le film. Une pêche tient d'ailleurs un rôle prépondérant dans le film mais nous n'en dirons pas plus.

Enfin le toucher. Mais nous avons déjà évoqué la sensualité électrique de ce film. Call Me By Your Name n'oublie pas non plus de célébrer l'intellect et les arts. La littérature, les sculptures, l'histoire, la musique, la danse, la poésie, la photographie, les langues... C'est une célébration de la culture sous toutes ses formes. 

Un amour beau car condamné

Le film prend véritablement le temps de faire éclore la relation. Dès le début on sent qu'un lien puissant va se tisser entre Elio et Oliver. Après une lente danse de la séduction fait de moments de grâce et de douces frustrations, vient le pic. Une séquence fulgurante où les deux amants vivent leur amour librement et intensément. Quelques jours de bonheur d'autant plus forts qu'ils sont terriblement proches de la séparation qui s'annonce. Un chant du cygne en vérité. 

Car dans la plus pure règle des amours d'été, celui-ci ne survivra pas à l'arrivée de l'automne, à l'océan Atlantique qui va séparer les deux héros après l'été, à la pression sociale qui veut qu'un homme épouse une femme.

Call Me By Your Name rappellera à beaucoup l'intensité des premières amours, la place importante que tient le sexe dans celles-ci. Le goût doux-amer du rejet aussi que l'on vit au travers des deux femmes séduites puis abandonnées par Elio et Oliver. Il évoquera surtout le sentiment nostalgique qui peut à tout moment réchauffer l'âme de ceux qui ont eu la chance de connaître une véritable passion amoureuse dans leur vie. 

Sans en révéler trop, disons simplement que la fin du film est en cela une incroyable leçon de philosophie. Rarement un père n'aura tenu à un fils un tel discours au cinéma. Et rarement un regard lancé à un feu de cheminée n'aura été aussi sublime.

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2018-02-27 18:42:54
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