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"Ça" : remake impeccable où le "jump scare" règne sans tuer l'émotion

NOUS L'AVONS VU - Le film d'Andy Muschietti remplit les salles de cinéma aux États-Unis. Que vaut cette réinterprétation du roman de Stephen King ?

Le célèbre clown Pennywise, monstre absolu de "Ça"
Le célèbre clown Pennywise, monstre absolu de "Ça" Crédit : WARNER BROS. ENTERTAINMENT
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Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Sept enfants. Sept cauchemars. Sept visions de l'horreur. Ça n'est pas une réinvention toute personnelle du roman culte du maître de l'horreur Stephen King. Le réalisateur argentin Andy Muschietti respecte l'œuvre originale et il a bien raison : elle est parfaite.

Ça raconte l'histoire de sept jeunes collégiens, six garçons et une fille, et leur lutte face à une créature polymorphe dévoreuse de bambins. La petite ville de Derry aux États-Unis, ses adolescents violents, ses adultes imparfaits voire franchement inquiétants... voici le cadre de Ça. La rencontre entre l'œuvre de Stephen King, humaine et angoissante avec toujours cette pointe de fantastique, et l'imaginaire de Andy Muschietti, fonctionne à la perfection. 

S'il n'a pas une longue cinématographie derrière lui, Andy Muschietti s'est fait une petite renommée en filmant un court-métrage repéré puis étiré par Guillermo del Toro : Mama. On y suit l'histoire de deux petites filles vivant aux côté d'une entité surnaturelle, mi-spectre mi-momie, terrifiante. Le thème des terreurs de l'enfance (qui persistent pour beaucoup à l'âge adulte) est déjà abordé et la fin très émotionnelle et déchirante de Mama résonnera dans l'esprit des spectateurs de Ça

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Objectif : sursauter

La construction de Ça pourra paraître classique pour les amateurs de fantastique ou d'horreur. Cependant, il ne faudrait pas oublier que Stephen King et le premier film Ça ont infusé le genre depuis des décennies. C'est ici une célébration du genre dans sa forme la plus pure. 

Ça joue sur la technique du "jump-scare", littéralement "la peur qui fait sursauter". Quand certains films de genre préfèrent le gore avec des corps démembrés dans une débauche d'hémoglobine, Ça veut surprendre. Le fait de suivre un cast entièrement composé d'enfants permet d'ailleurs à chacun de se projeter dans ses propres phobies : peur du noir, peur d'aller à la cave, peur de regarder sous son lit. 

La scène d'introduction culte de "Ça"
La scène d'introduction culte de "Ça" Crédit : WARNER BROS. ENTERTAINMENT

Si plus jeunes, nous nous contentions d'être angoissés, Ça justifie nos craintes en mettant réellement des monstres sous nos lits. La musique s'arrête ou se fait de plus en plus forte et un visage monstrueux vient vous sauter dessus. On s'attend à avoir peur et, presque à chaque fois, c'est ce sentiment d'anticipation qui nous fait fermer les yeux ou attraper le bras de notre voisin de siège au cinéma. Dans ce domaine, Ça excelle.

Les fantasmes et les horreurs

Le film n'est pas qu'une succession de visions cauchemardesques. Certes, les rencontres avec le clown Pennywise (Grippe-Sou), interprété par le très perturbant - c'est un compliment - Bill Skarsgård, sont au cœur de l'intrigue. "Ça" vient terrifier les enfants et tenter de les tuer sous différentes formes : le clown, un tableau, un corps putréfié, des voix, du sang... Chacun y retrouvera quelque chose de très personnel. Mais le film n'oublie pas de montrer des monstres bien moins surnaturels. 

Ces autres monstres sont les adultes, les parents des héros. Tous étranges, tous inquiétants, tous névrosés. Si les enfants sont souvent des représentant de la bravoure, de l'amitié, de la solidarité, les adultes incarnent une menace concrète et un désenchantement de l'âme. Une mère qui ment sur la santé de son fils, un père qui abuse de sa fille, un autre dévasté par la disparition d'un de ses enfants... La galerie proposée offre un autre niveau de lecture au film et une profondeur bienvenue. 

En garder pour la suite

Le "club des losers", nom que se donnent les héros de "Ça"
Le "club des losers", nom que se donnent les héros de "Ça" Crédit : WARNER BROS. ENTERTAINMENT

Le long-métrage souffre de quelques incohérences mineures et certains passages du livres ont été malheureusement retirés. Le fait que les enfants ne soient pas durablement choqués par les attaques de Grippe-sou le clown pose question. Chacun le rencontre ou l'une de ses manifestations. Chacun hurle. Mais deux secondes après ils reprennent leurs vies comme s'ils s'agissaient de simples mauvais rêves. Le film prend d'ailleurs un peu trop de temps avant que chacun n'évoque à ses petits camarades son expérience. On se demande pourquoi ils ne parlent pas ou pourquoi ils ne montrent pas de signes de traumatisme. 

Outre ce petit problème de rythme et de psychologie qui finit par se régler à la moitié du film, certains lecteurs se demanderont où sont passés certaines scènes fortes du livres. L'une d'elle est une succession de rapports sexuels entre la fille du groupe et les autres garçons pour, en quelques sorte, s'unir dans l'adversité. Une scène perturbante dans le livre et qui n'a pas été retenue tant la mise en scène et la réception d'une séquence pareille pourrait, on l'imagine, gêner les spectateurs et la production. 

D'autres éléments comme l'origine de "Ça" et certains éléments cosmologiques de l'oeuvre de Stephen King (qui lie notamment Ça avec sa saga La Tour sombre, elle aussi adaptée au cinéma cette année), ont été retiré du film. On imagine que c'est par volonté de simplifier le propos, mais l’oeuvre perd un peu de sa singularité. 

Ce Ça n'est cependant que le "premier chapitre". Fort de son succès au box-office, il ne fait aucun doute qu'il y aura un "second chapitre" contant la vie des personnages devenus adultes. Peut-être exploiteront-ils ces zones d'ombres.

"Ça" n'oublie pas de faire pleurer

Georgie et Bill, les deux frères au cœur de "Ça"
Georgie et Bill, les deux frères au cœur de "Ça" Crédit : WARNER BROS. ENTERTAINMENT

Ça est un film d'horreur, de suspense, un film qui joue habilement sur l'aspect vintage. Ceux qui sont tombés amoureux de la série Stranger Things de Netflix se feront un plaisir de découvrir l'une des grandes inspiration de la série avec Ça. L'acteur Finn Wolfhard joue d'ailleurs dans la série et le film. L'occasion, par ailleurs, de souligner les brillantes interprétations de ces jeunes acteurs.

Plus qu'un film horrifique, Ça joue aussi sur les émotions. La scène d'introduction du long-métrage montre comment Georgie, le petit-frère de Bill en ciré jaune, se fait enlever par le clown dans la bouche d’égout. La scène est tellement culte qu'elle ne surprendra personne dans son déroulé. Mais l'amour entre les deux frères au début du film et toute la réflexion sur l'espoir et la mort qui en découle offre de très beaux moments et ne manquera pas de mouiller les yeux des spectateurs. 

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2017-09-20 08:15:00
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