4 min de lecture Littérature

Prix Nobel de littérature : la Polonaise Olga Tokarczuk et l’Autrichien Peter Handke sacrés

Pour l'année 2019, deux auteurs ont été récompensés pour leurs œuvres après un scandale qui a mené à l'annulation de l'annonce du prestigieux prix en 2018.

Olga Tokarczuk et Peter Handke
Olga Tokarczuk et Peter Handke Crédit : Capture d'écran YouTube
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
et AFP

Cette année, deux prix Nobel de littérature ont été remis par l'Académie Nobel en Suède : la Polonaise Olga Tokarczuk pour l'année 2018 et l’Autrichien Peter Handke pour l'année 2019. 

Olga Tokarczuk est récompensée pour "une imagination narrative qui, avec une passion encyclopédique, symbolise le dépassement des frontières comme forme de vie", a déclaré le secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, Mats Malm. Peter Handke est distingué pour une oeuvre qui "forte d'ingénuité linguistique, a exploré la périphérie et la singularité de l'expérience humaine", a-t-il ajouté.

Parmi les favoris cette année, on comptait beaucoup de femmes et de diversité. Le prix Nobel devait absolument redorer son image après le scandale de 2017. Chez les bookmakers, cinq femmes étaient en tête : la poétesse canadienne Anne Carson, la créatrice de La Servante écarlate Margaret Atwood, la Guadeloupéenne Maryse Condé, la Polonaise Olga Tokarczuk et la romancière russe Lioudmila Oulitskaïa.

Milan Kundera était toujours, comme chaque année, dans la short-list des Nobelisables et même l'écrivain de fantasy George R. R. Martin, le créateur du Trône de Fer, a intégré la liste chez les parieurs.

Olga Tokarczuk, mystique écolo et progressiste

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Olga Tokarczuk, considérée comme la plus douée des romanciers de sa génération en Pologne, emporte le lecteur dans une quête de la vérité à travers des univers polychromes, mêlant avec finesse le réel et le métaphysique. Engagée politiquement à gauche, écologiste et végétarienne, l'écrivaine de 57 ans, la tête toujours couverte de dreadlocks, n'hésite pas à critiquer la politique de l'actuel gouvernement conservateur nationaliste de Droit et Justice (PiS). 

Née le 29 janvier 1962 dans une famille d'enseignants à Sulechow dans l'ouest de la Pologne, elle est auteure d'une douzaine d'ouvrages. Diplômée de psychologie à l'Université de Varsovie, elle s'intéresse aux travaux de Karl Jung. Pendant un temps, elle travaille comme psychothérapeute à Walbrzych et s'essaie à l'écriture. Elle publie un recueil de poèmes, avant de se lancer dans la prose.

Après le succès de ses premiers livres, elle se consacre entièrement aux lettres et s'installe dans le village de Krajanow dans les monts Sudètes. Aujourd'hui, ses livres sont des bestsellers en Pologne, traduits dans plus de 25 langues, dont le catalan et le chinois. Plusieurs de ses ouvrages ont été portés sur scène et à l'écran. 

La couverture française des livres de Jakob
La couverture française des livres de Jakob Crédit : Les éditions noir sur blanc

Son oeuvre, extrêmement variée, va d'un conte philosophique Les Enfants verts (2016), à un roman policier écologiste engagé et métaphysique Sur les ossements des mort (2010), et à un roman historique de 900 pages Les livres de Jakob (2014). 

Dans son univers poétique, le rationnel se mêle à l'irrationnel. Son monde est en mouvement perpétuel, sans point fixe, avec des personnages dont les biographies et les caractères s'entremêlent et, à la manière d'un puzzle géant, créent un splendide tableau d'ensemble. Le tout décrit dans un langage à la fois riche, précis et poétique, attentif au détails. 

"Olga est une mystique à la recherche perpétuelle de la vérité, vérité qu'on peut atteindre uniquement en mouvement, en transgressant les frontières. Toutes les formes, institutions et langues figées, c'est la mort", explique une de ses amies, Kinga Dunin, elle aussi écrivaine et critique littéraire.

Sortis en 2014, Les livres de Jakob ont obtenu déjà le plus prestigieux prix littéraire polonais Nike, deuxième de sa carrière. L'ouvrage est devenu un bestseller en Pologne mais aussi l'objet de vives attaques des milieux nationalistes. Après une interview à la télévision publique en 2015, où elle dénonce le mythe d'une Pologne tolérante et ouverte, elle reçoit des menaces de mort pour avoir "diffamé le bon nom de la Pologne et des Polonais". Pendant une semaine, l'éditeur lui envoie des gardes du corps. Le même livre lui a valu -- à elle et à son traducteur suédois - la première édition du prix littéraire Kulturhuset Stadsteatern de Stockholm. "Je me sens comme si j'avais eu le Nobel", a-t-elle alors dit. 

Olga Tokarczuk est aussi co-auteure du scénario du film Spoor réalisé par Agnieszka Holland et inspiré de son roman Sur les ossements des morts. Entre polar écologiste et conte philosophique, le film sorti en février 2017 a remporté le prix Alfred-Bauer à la Berlinale la même année et a représenté la Pologne dans la course à l'Oscar du meilleur film étranger. 

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SPOOR (POKOT) - trailer EN

Peter Handke

Peter Handke, 76 ans, qui a publié plus de 80 ouvrages, est un des auteurs de langue allemande les plus lus et les plus joués dans le monde. Il publie son premier roman, Les frelons, en 1966, avant d'accéder à la notoriété avec L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty, en 1970, puis Le malheur indifférent (1972), bouleversant requiem dédié à sa mère. Il n'y avait pas que la littérature dans la vie de l'auteur prolifique mais aussi le cinéma. Il écrit le scénario de L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty adapté par Wim Wenders et il travaille encore avec le réalisateur allemand sur Faux mouvement ou Les ailes du désirs.

Le Nobel de littérature n'était pas un prix qui parlait beaucoup à cet écrivain. "Il faudrait enfin le supprimer. C'est une fausse canonisation" qui "n'apporte rien au lecteur", a-t-il un jour déclaré. 

La couverture de "L'angoisse du gardien de but au moment du penalty"
La couverture de "L'angoisse du gardien de but au moment du penalty" Crédit : Folio

Peter Handke est un auteur particulièrement controversé, "c'est là une de ses vertus cardinales, n'a jamais hésité à prendre le rebours de l'opinion commune, l'envers des doxas bien établies", note Le Figaro dans un long portrait consacré à l'auteur publié en 2011. "Il y a cinq ans, il avait suscité une violente polémique après s'être rendu aux obsèques du dirigeant serbe Milosevic, où il avait déclaré : 'Je sais ce que je ne sais pas. Je ne sais pas la vérité. Mais je regarde. J'écoute. Je ressens. Je me souviens. Pour cela je suis aujourd'hui présent, près de la Yougoslavie, près de la Serbie, près de Slobodan Milosevic.'" 

"Rançon de la colère, solde de son engagement : une de ses pièces est brutalement déprogrammée de la Comédie-Française", raconte le quotidien qui pronostiquait alors : "Adieu donc le prestigieux Nobel, qu'on lui promettait peu ou prou depuis des années". L'Académie Nobel n'a finalement pas été aussi inflexible que le journal pouvait le craindre.

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