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Collection Morozov : "J'ai vu plusieurs spectateurs pleurer d'émotion", dit Bernard Arnault

La collection extraordinaire des deux frères russes Mikhaïl et Ivan Morozov, riche de peintures françaises, va profiter de l'écrin qu'est la Fondation Louis-Vuitton.

Emmanuel Macron visitant l'exposition Morozov à la Fondation Louis Vuitton le 21 septembre 2021
Emmanuel Macron visitant l'exposition Morozov à la Fondation Louis Vuitton le 21 septembre 2021
Crédit : Yoan VALAT / POOL / AFP
Collection Morozov : "J'ai vu plusieurs spectateurs pleurer d'émotion", dit Bernard Arnault
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Monique Younès & Aymeric Parthonnaud

Ce 22 septembre ouvre au public une des expositions les plus attendues de la saison. Il s'agit de "la collection Morozov, icônes de l'art moderne" que propose la Fondation Louis Vuitton à Paris. L'exposition a été inaugurée la veille par le président de la République en compagnie de Bernard Arnault et une centaine d'invités français et russes. La collection Morozov est considérée comme une des plus belles collections de peintures du monde. Elle a été constituée par deux frères russes : Mikhaïl et Ivan Morozov, nés respectivement à Moscou en 1870 et 1871 dans une famille de riches industriels du textile. Ils sont francophones, comme on l’est généralement à l’époque dans la bonne société russe. 

Ils ont en outre la chance de fréquenter dès leur plus jeune âge les grands écrivains, les musiciens et les peintres. Leur fortune étant à peu près sans limite, ils achètent des tableaux par paquet de douze. À partir des années 1890-95, ils commencent à voyager à Paris, et à collectionner méthodiquement des artistes impressionnistes, fauves, nabi, dont ils deviennent les mécènes. Ils en achètent d’autant plus facilement qu’avant de devenir les musts que l’on sait, cet impressionnisme ne coûte pas grand chose. 

Les frères Morozov ont le goût, l’intuition, et les moyens, et c’est ce qui impressionne Bernard Arnault, le président de la Fondation Vuitton : "La salle Gauguin est exceptionnelle par la qualité des tableaux présentés. Y'a plus d'une dizaine de tableaux. J'ai vu plusieurs spectateurs pleurer d'émotion tellement c'est émouvant. Il y a d'autres choses magnifiques, je pense au Van Gogh peint pendant son internement, aux deux magnifiques Monet, à la salle des Bonnard, au Picasso exceptionnel, au triptyque de Matisse..."

On peut ajouter, des Manet, Toulouse Lautrec, Degas, Sisley, Maurice Denis, sans parler des sculptures de Rodin, de Camille Claudel, de Maillol... Les Frères Morozov aimaient les paysages et quand vous vous promenez dans l’exposition, c'est le tour de France, mais sans hélicoptère, et sans vélo, que vous faites. Gauguin vous emmène en Polynésie mais aussi à Arles, Cézanne à Pontoise, à Créteil, aux bords de la Marne, aux pieds de la montagne Sainte Victoire... Il n’y a pas moins de 18 Cézanne exposés à la fondation Vuitton, ce qui est exceptionnel. Avec Renoir, on découvre le Moulin de la Galette, avec Sisley on est à Fontainebleau et à Louveciennes. Avec Vincent van Gogh - avant cette fameuse et prodigieuse Ronde des prisonniers qui est le clou de l'exposition - il nous emmène à Saintes-Maries-de-la-mer, avec ce tableau historique pour les Morozov puisque c'est le premier Van Gogh qu’ils vont faire découvrir à leurs concitoyens russes en 1901.

Des visiteurs face aux œuvres de Pierre Bonnard dans l'expo Morozov
Des visiteurs face aux œuvres de Pierre Bonnard dans l'expo Morozov
Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Un enjeu artistique et scientifique

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L’aîné des Morozov, Mikhaïl, meurt en 1903, à 33 ans. Il laisse une collection de 39 œuvres française. En cinq ans, il n’a pas chômé. Sa veuve lèguera l’ensemble à la galerie Tretiakov pour créer un musée d'art occidental. Son frère, Ivan, reprend le flambeau. Il tapisse littéralement les murs de son hôtel particulier d'œuvres d'artistes français. Il passe des commandes à Matisse, à Bonnard, à Maurice Denis pour des œuvres monumentales… La suite est plus triste. 

"À la Révolution russe, les tableaux ont été saisis et ils ont frôlé la destruction à plusieurs reprises, précise Bernard Arnault . Pendant la période bolchévique, la Seconde guerre mondiale... Ils ont été sauvés grâce à l'ingéniosité des musées russes qui les ont cachés dans certaines régions de Russie". 

Une exposition de cette importance n'est pas facile à monter. C'est 4 à 5 ans de négociations, orchestrées par Jean-Paul Claverie qui est le ministre de la Culture de  Bernard Arnault. Négociations pleines de rebondissements. Beaucoup de politique, de troc, des sentiments et d’argent .... L’état russe n’est pas le plus riche du monde, la part de son budget dédiée à la culture est mince. Or l’entretien de ces chefs-d’œuvre coûte très cher. Voilà pourquoi la fondation Louis Vuitton a contribué à la restauration de plusieurs tableaux de la collection Morozov. 

Elle a aussi fourni aux musées russes des microscopes très à la pointe pour analyser leurs œuvres et les restaurer. D’autre part, il faut savoir que réunir la collection Morozov à Paris, c'est priver trois musées russes d'une grande partie de leurs pièces maîtresses. Car la collection Morozov est répartie entre les musées Pouchkine, celui de l'Ermitage et la galerie Tretiakov. Et puis en Russie, c'est le chef suprême qui signe la sortie des chefs-d’œuvre du pays. Bernard Arnault a rencontré Vladimir Poutine en 2016 au Kremlin, ils ont discuté de l’affaire, car c’en est une, mais ils ont aussi parlé d’art.

Un transfert d'œuvres très coûteux

Bernard Arnault, dans son discours de remerciement a malicieusement dit que le prix des assurances pour faire voyager 200 tableaux de cette valeur est "assez confortable". Les directeurs de musée français présents estimaient la valeur d’assurance de l’expo à plusieurs milliards d’euros. Faites le calcul à partir de ce que vous coûte l’assurance de votre Clio et vous aurez une idée du grand "confort" que ça représente. De toute évidence, aucun autre musée d'État en France ne pouvait se permettre d'organiser une exposition pareille...

Par ailleurs, l’intérêt de cette exposition est aussi de nous faire découvrir des artistes russes comme Valentin Sérov, des artistes tout à fait passionnants. Les Frères Morozov font partie des collectionneurs russes du début du XXe siècle, qui ont inventé le concept de philanthropie artistique et ce faisant, en dépensant sans compter comme ils l’ont fait, ils ont largement contribué à la reconnaissance internationale des peintres modernes français.

Bernard Arnault et Emmanuel Macron
Bernard Arnault et Emmanuel Macron
Crédit : Yoan VALAT / POOL / AFP
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