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Manifestations du 24 octobre : le gouvernement a-t-il restreint les réseaux sociaux samedi ?

Après les violences en marge des manifestations du 17 octobre, le gouvernement aurait demandé à SFR, Orange, Free et Bouygues Telecom de "suspendre temporairement" l'accès aux réseaux sociaux pour éviter de nouveaux débordements le 24 octobre, révèle le média indépendant "Blast". Lors des mobilisations ce week-end, des dysfonctionnements ont été notés.

Plusieurs applications des réseaux sociaux tel que X, Facebook, Tiktok

Crédit : Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Justine Audollent

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Une mesure liberticide à "caractère exploratoire". Samedi 24 octobre, entre 410.000 et 800.000 personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre la vie chère et pour l’éducation. Si "les cortèges se sont bien passés" comme l'a souligné le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez après la journée de mobilisation, deux jours avant les rassemblements, Sébastien Lecornu aurait demandé à Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom "de se tenir prêts à couper l’accès à TikTok, Instagram, Snapchat et X", révèle Blast.

Dans une lettre que le média indépendant a pu consulter, le Premier ministre justifie une telle mesure après les violences en marge des manifestations du 17 octobre. Il estime que les réseaux sociaux "ont joué un rôle décisif dans la cristallisation et la viralité de mots d'ordre illicites mais aussi comme leviers de coordination opérationnelle des violences au cours des manifestations". "Dans l'hypothèse où de tels événements devaient se reproduire, je souhaite pouvoir disposer de la faculté de suspendre temporairement l'accès à ces services en cas de réitération de violences urbaines", ajoute-t-il. 

Une mesure difficile à mettre en œuvre sans base légale pour les opérateurs

Le locataire de Matignon demande aux quatre opérateurs d'"anticiper" une telle mesure dont la mise en œuvre serait décidée "le week-end des 24 et 25 octobre, en fonction du contexte opérationnel". Le lendemain, le 23 octobre, une réunion aurait eu lieu entre les deux parties mais les opérateurs n'auraient pas été convaincus, rapporte Blast.

Ils auraient jugé la mesure très délicate à mettre en œuvre d'un point de vue logistique. Le gouvernement voulait un blocage limité aux mobiles et à certaines zones. Des conditions impossibles à instaurer en si peu de temps. Il aurait également été possible de contourner facilement le blocage en utilisant un VPN ou une messagerie alternative comme Bitchat, très populaire car fonctionnant en Bluetooth sans Internet ni réseau mobile.

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D'un point de vue juridique, Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom se sont également montrés dubitatifs. Les opérateurs ont réclamé "un acte signé, daté, motivé, publié", et Orange a insisté sur la "nécessité d'un arrêté" mais le gouvernement a estimé qu'une instruction individuelle à chaque opérateur suffirait, sans publication au Journal officiel, indique Blast. 

Contacté par RTL.fr, le cabinet de la ministre déléguée au Numérique a renvoyé vers Matignon, qui n'avait pas apporté de réponse à l'heure où était publié cet article. Du côté des opérateurs, SFR a indiqué n'avoir "aucun commentaire" à apporter à cette séquence. Même son de cloche du côté d'Orange, qui a toutefois rappelé que l'entreprise "exerce ses activités dans un cadre légal et réglementaire. Comme tout opérateur, nous sommes tenus de nous conformer aux obligations qui nous sont légalement notifiées par les autorités compétentes, dans le respect du droit applicable".

Des dysfonctionnements observés sur les réseaux sociaux le 24 octobre

Finalement la mesure a-t-elle été mise en place samedi ? Selon Blast, cette restriction des réseaux sociaux n'a pas été appliquée. Des dysfonctionnements ont tout de même été signalés pendant les manifestations tels que des difficultés à publier sur X, souligne Le Parisien. "De nombreux observateurs jugeaient inhabituellement peu visibles les contenus liés aux manifestations du 24 octobre", précise le quotidien.

Ce n'est pas la première fois qu'une coupure des réseaux sociaux est envisagée par le gouvernement. En mai 2024, lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie, Gabriel Attal, alors Premier ministre, avait décidé le blocage de TikTok. La mesure avait finalement été annulée par le Conseil d’État en avril 2025, qui avait toutefois admis qu'une telle restriction pouvait être envisagée dans des circonstances exceptionnelles, à condition qu'elle soit indispensable, limitée dans le temps et qu'aucune mesure moins restrictive ne puisse être mise en œuvre immédiatement.

Le gouvernement durcit le ton face aux réseaux sociaux

Dans la foulée des violences du 17 octobre, le gouvernement avait déjà convoqué les principaux réseaux sociaux pour leur demander de renforcer leurs protocoles de crise et la modération des contenus appelant à la violence. Ces mécanismes s'inscrivent notamment dans le cadre du Digital Services Act (DSA), qui impose aux grandes plateformes de limiter les risques liés à la diffusion et à l'amplification de contenus dangereux.

L'exécutif en a remis une couche ce lundi. Depuis Marseille, Emmanuel Macron a estimé que "les réseaux sociaux abîment nos démocraties", les qualifiant d'"instruments de mobilisation du pire" qui "provoquent une fascination pour la violence".

Dans le même temps, le gouvernement a déposé un amendement au projet de loi "casseurs-payeurs", examiné mardi au Sénat. Il prévoit une procédure d'urgence permettant d'ordonner le retrait, sous une heure, de contenus appelant notamment à un attentat, à l'insurrection ou à prendre les armes contre l'État ou une partie de la population. À défaut, le blocage ou le déréférencement de la plateforme pourrait être demandé sur injonction de l'administration, sans décision préalable d'un juge. Une mesure qui promet de faire débat dans les prochaines heures.

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