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Faut-il se méfier de l'application Elyze, le "Tinder de la présidentielle" ?

Téléchargée à plus d'un million de reprises, l'application qui fait matcher les convictions des utilisateurs avec les propositions des candidats connaît un succès fou. Mais les possibles réutilisations de sa base de données inquiètent les observateurs.

L'application Elyze veut amener les jeunes à se mobiliser lors du scrutin prédidentiel
L'application Elyze veut amener les jeunes à se mobiliser lors du scrutin prédidentiel
Crédit : Elyze app
Benjamin Hue
Benjamin Hue

Sous le feu des projecteurs depuis le début du mois pour son concept ludique de "Tinder de la présidentielle 2022" pensé pour amener les jeunes à s'intéresser à la campagne et à ne pas bouder les urnes en mai prochain, l'application Elyze soulève désormais certaines inquiétudes relatives à sa sécurité et à l'utilisation qui pourrait être faite de la base de données collectées par ses concepteurs.


Conçue par des bénévoles mobilisés contre l'abstention au sein du mouvement apolitique "Les Engagés", "Elyze" s'inspire du fonctionnement de la célèbre application de dating dans la mesure où elle propose de faire matcher les souhaits de ses utilisateurs avec les propositions portées par les candidats à la prochaine élection présidentielle. Des centaines de propositions ont été intégrées à la base de données qui comprend une quinzaine de candidats à l'élection, déclarés ou non. Un algorithme se charge de proposer un classement des politiques pour lesquels l'utilisateur semble le plus enclin à voter à la lumière de ses réponses. 

Les créateurs de l'application promettent d'être impartiaux et neutres et invitent les équipes de campagne des candidats à les contacter pour corriger d'éventuelles erreurs dans les propositions. Cela n'a pas empêché certains d'entre eux de remettre en cause son positionnement en observant qu'Emmanuel Macron était systématiquement privilégié en cas d'égalité avec un autre candidat, comme l'a par exemple fait remarquer Jean-Luc Mélenchon. 

Les fondateurs d'Elyze promettent de ne pas revendre les données

Samedi 15 janvier Matthis Hammel, expert en codage chez CodinGame a publié ses observations après avoir analysé le code de l'application. Le spécialiste a notamment expliqué pourquoi l'application favorisait le président sortant. "En faisant des recherches, on tombe rapidement sur la liste qui nous permet de trouver le bug mettant toujours Macron en premier sur les ex-aequo : comme JavaScript utilise un algorithme de tri stable, en cas d'ex-aequo c'est l'ordre original dans la liste qui est retenu", explique-t-il. Ce bug a depuis été corrigé, a assuré l'un des fondateurs de l'application au Parisien, tout comme un autre problème de sécurité qui permettait à des tiers d'ajouter ou de modifier des propositions dans l'application.

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Le spécialiste s'est cependant interrogé sur un écueil plus problématique : l'utilisation des données que pourraient faire les fondateurs d'Elyze, désormais à la tête d'une base de données politiques sensible qui comprend la date de naissance, le sexe, le code postal, les intentions de vote en 2017 et 2022 et les réponses aux propositions des candidats de la prochaine élection de plusieurs centaines de milliers d'utilisateurs. Un trésor que l'on imagine facilement susceptible d'intéresser des tiers mal intentionnés désireux de cibler plus précisément les futurs électeurs, à la manière de l'entreprise britannique Cambridge Analytica qui avait siphonné les données de 90 millions d'utilisateurs de Facebook pour influencer la campagne du Brexit et favoriser l'élection de Donald Trump en 2016.

Interrogés par Le Parisien et BFMTV, les fondateurs d'Elyse concèdent avoir été quelque peu dépassés par le succès de l'application mais affirment travailler d'arrache-pied pour corriger les problèmes. Ils promettent de ne jamais revendre la base de données en tant que telle mais n'excluent pas de partager les données à des groupes de réflexion ou des instituts de sondage sous une forme anonymisée à des fins d'analyse, comme le permettent les conditions d'utilisation de l'application. Ils devraient également proposer le code de l'application en open source afin qu'il puisse être librement audité par d'autres développeurs. Conscients des problématiques juridiques qui se présentent à eux, ils prévoient enfin de demander conseil à la Commission national de l'informatique et des libertés (CNIL) pour traiter les données dans le respect de la loi. 

Les données collectées par l'application vont être supprimées

Sans attendre  les conclusions de l'accompagnement de la Cnil, les fondateurs d'Elyze ont annoncé mercredi 19 janvier qu'ils allaient supprimer l'ensemble des données collectées par l'application. "Pour que vos données soient supprimées, il suffit de relancer l'application, une fois la dernière mise à jour acceptée", écrivent-ils dans un communiqué. Par souci de transparence, le code d'Elyze a quant à lui été partagé en open source pour être librement consultable. 

Ils rappellent au passage que "d'une part, les données collectées étaient facultatives" et "d'autre part, les données étaient anonymisées (...) l'application n'identifiant individuellement aucun utilisateur" rendant "impossible de connaître les votes ou opinions de chacun". Les seules données collectées jusqu'à présent étaient le genre, le code postal et la date de naissance, "un matériau intéressant pour aider les instituts de sondage, think thanks et centres de recherches". Ces informations seront très prochainement supprimées.

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