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Des lunettes à 22 cents contre la reconnaissance faciale

Un scan du visage peut aujourd'hui faire office de sésame pour s'introduire dans un ordinateur, valider un paiement sur Internet ou surveiller des populations.

La reconnaissance faciale progresse à grands pas
La reconnaissance faciale progresse à grands pas Crédit : Pixabay
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Une paire de lunettes à 22 cents serait-elle suffisante pour préserver l'anonymat face à la surveillance des algorithmes de reconnaissance faciale ? Des chercheurs de la Carnegie Mellon University de Pittsburgh ont démontré qu'il était possible d'induire en erreur des dispositifs biométriques basés sur la reconnaissance du visage en utilisant des lunettes spéciales, ornées de motifs psychédéliques, au coût de production dérisoire de 22 cents de dollars. Leur étude à été rendue publique le 28 octobre lors d'une conférence dédiée à la cybersécurité à Vienne puis relayée sur le site Quartz

Le test a été mené sur le programme Face++, utilisé par le géant chinois du commerce en ligne Alibaba pour sécuriser les paiements de ses utilisateurs. Les chercheurs ont berné le système en imitant avec les lunettes les points de repères du visage utilisés par les réseaux neuronaux artificiels du programme pour identifier les utilisateurs. Ils sont ainsi parvenus à faire passer plusieurs chercheurs pour d'autres membres du panel mais aussi certaines personnalités publiques, comme l'actrice Milla Jovovich ou l'acteur Colin Farell. 

Image tirée de l'étude
Image tirée de l'étude

De nombreuses applications pour la reconnaissance faciale

"Nous avons réussi à montrer que ces montures permettent à ceux qui les portent d'échapper aux contrôles d'identité ou même d'usurper l'identité de quelqu'un d'autre", affirment les universitaires. Mais la portée de l'étude est à relativiser. Le mécanisme atteint un taux de succès de 100% s'il est utilisé dans des conditions particulières, si le porteur des lunettes se situe dans un immeuble et qu'il est abrité de la lumière naturelle. Il serait en revanche insuffisant pour tromper les dispositifs d'identification des caméras de surveillance londoniennes, indique Le Figaro.

Reconnaître et identifier une personne à partir d'une photo, de son empreinte digitale ou de son iris est aujourd'hui une réalité. Outre Alibaba, AmazonHSBCMastercard et même La Poste proposent à l'heure actuelle des dispositifs basés sur la biométrie pour sécuriser des paiements ou des données confidentielles. Les utilisateurs d'Android sont aussi familiers de cette technologie qui permet de déverrouiller leurs terminaux depuis la version 4 du logiciel. Les annonceurs y fondent également de grands espoirs car elle pourrait leur permettre de mesurer l'impact réel de leurs campagnes sur les consommateurs.

Le spectre de la surveillance biométrique

Le boom des applications de reconnaissance faciale pose cependant la question du respect de la confidentialité numérique. Aux États-Unis, Facebook doit répondre devant la justice californienne d'accusations de collecte illégale de données privées d'utilisateurs à travers son outil d'identification automatique des utilisateurs sur les photos partagées sur le réseau social. Facebook est également soupçonné d'avoir permis aux forces de l'ordre d'arrêter des participants aux manifestations du mouvement "Black Live Matter" en leur fournissant des données à exploiter dans un système de reconnaissance faciale.

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Une cinquantaine d'associations de défense des libertés civiles se sont élevées au mois d'octobre contre l'usage de la reconnaissance faciale par la police et le FBI après la publication d'une étude dans laquelle on apprend que la moitié des Américains auraient ainsi fait l'objet d'une telle identification de la part des autorités pour diverses raisons. Ils redoutent notamment une utilisation biaisée de ces systèmes aux dépens des Afro-Américains, rapporte Le MondeUne étude de 2012 affirme en effet que ces logiciels sont 5 à 10% moins précis pour analyser des personnes noires que des personnes blanches.

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