4 min de lecture

"Ce n'est que le début" : comment deux failles de sécurité découvertes par l'IA ont mis à l'arrêt une partie du Web mondial

La découverte de deux failles critiques dans PHP a entraîné, mercredi 21 octobre, des perturbations sur de nombreux sites en France et dans plusieurs pays européens. Cet épisode met en lumière les risques liés à un langage utilisé massivement sur Internet, mais aussi l'impact grandissant de l'intelligence artificielle dans la détection des vulnérabilités.

Un cadenas devant un code binaire affiché sur l'écran d'un ordinateur portable (image d'illustration)

Crédit : Kirill KUDRYAVTSEV / AFP

Eléonore Aparicio

Je m'abonne à la newsletter « Infos »

Mettre RTL en favori sur Google

De nombreux sites Internet ont été rendus temporairement inaccessibles, ce mercredi 21 octobre, en France et dans plusieurs autres pays dans le monde entier. Des plateformes administratives, des services publics et certaines infrastructures numériques ont été contraints de suspendre leurs activités en ligne après la découverte de deux failles de sécurité critiques dans PHP, un langage informatique utilisé par environ 70% des sites web à travers le monde. 

Les deux failles, identifiées sous les références CVE-2026-109618 et CVE-2026-109619, ont été considérées comme particulièrement dangereuses. Leur niveau de gravité a été évalué à 9,2 sur 10 par les développeurs de PHP, ce qui les place parmi les vulnérabilités critiques. PHP est utilisé pour faire fonctionner de nombreux sites Internet, notamment des plateformes administratives, des boutiques en ligne et des systèmes de gestion de contenu comme WordPress. Le spécialiste de la cybersécurité Palo Alto Networks a indiqué avoir recensé 22 millions de plateformes exposées à ces vulnérabilités.

L'entreprise OpenAI assure que les deux failles ont été repérées par l'entreprise de sécurité informatique Calif en utilisant l'un de ses modèles les plus récents, GPT-5.6 Sol. "Compte tenu de leur gravité et de la large diffusion de PHP, nous considérons ceci comme l'un des problèmes de sécurité (informatique) avec le plus gros impact, de mémoire récente", a écrit la start-up dans un message publié sur son site. La société de cybersécurité Wiz, filiale de Google, a également mis, de son côté, le doigt sur ces lacunes, sans préciser quels modèles elle avait utilisés.

Une mise hors ligne pour éviter le pire

Guillaume Vassault-Houliere, PDG de YesWeHack, explique à RTL.fr que ces vulnérabilités pourraient permettre à des individus malveillants "d'intégrer un code et de lui faire exécuter des commandes système", et ainsi de "prendre le contrôle" du site en question. Une telle exploitation pourrait entraîner selon lui le vol d'informations sensibles ou la modification de données. "Vous pouvez imaginer tous les pires scénarios", lance-t-il. 

Pour se protéger, de nombreux sites ont choisi de suspendre temporairement leur accès en ligne. Cette mesure visait à éviter toute attaque pendant l'intervalle entre la révélation des failles et la mise en place des correctifs. La mise hors ligne des serveurs les plus exposés a permis de sécuriser l'infrastructure en attendant les mises à jour. 

En France, cette alerte a notamment perturbé l'accès à plusieurs sites administratifs. Les plateformes de nombreuses préfectures ont été temporairement mises hors ligne, tout comme certains services publics accessibles sur Internet. Le portail des impôts et d'autres plateformes institutionnelles ont également connu des interruptions tout comme les sites de Météo France. 

La situation a également touché plusieurs pays européens, notamment les Pays-Bas, le Royaume-Uni, l'Allemagne et la Finlande où différentes organisations publiques et privées ont procédé à des suspensions préventives. 

Un retour à la normale qui prendra du temps

Selon Reuters, des tentatives d'exploitation de ces vulnérabilités auraient déjà été observées par des entreprises spécialisées dans la sécurité informatique. Certains acteurs malveillants ont rapidement cherché à profiter de la situation. Les investigations dans les prochains jours devront permettre de déterminer si des compromissions ont effectivement eu lieu et d'en mesurer les éventuelles conséquences. On ignore encore l'impact réel de ces failles : "On n'a aucune possibilité de savoir" à ce stade, assure Guillaume Vassault-Houliere. 

La publication des correctifs de sécurité dans l'après-midi a permis aux administrateurs de commencer à sécuriser les systèmes concernés. Plusieurs versions corrigées de PHP ont été mises à disposition afin de supprimer les vulnérabilités identifiées. Cependant, le retour à la normale ne peut pas être immédiat. 

Selon le PDG de YesWeHack, un retour à la normale pourrait durer jusqu'à plusieurs jours. "Je ne suis pas inquiet pour les grands groupes", assure-t-il. La situation est plus incertaine pour les plus petits sites, ceux qui utilisent d'anciennes versions de PHP et qui ne suivent pas les régulières mises à jour de sécurité. 

Des évènements amenés à se répéter

L'essor de l'intelligence artificielle pourrait rendre ce type de crise de plus en plus fréquente. En facilitant l'analyse de millions de lignes de code, l'IA permet désormais d'identifier des vulnérabilités beaucoup plus rapidement qu'auparavant. Si cette avancée représente un atout majeur pour les chercheurs en cybersécurité, elle pourrait également profiter au cybercriminels, capables d'automatiser la recherche de failles et d'accélérer leurs tentatives d'exploitation. 

Guillaume Vassault-Houliere, PDG de YesWeHack, estime que "la voie s'est dessinée" et que ces alertes pourraient à l'avenir se répéter plus souvent. "Ce n'est que le début", promet-il. Un incident qui illustre la place prépondérante désormais prise par l'intelligence artificielle, devenue à la fois un outils de protection et un accélérateur de menaces. 

En juin dernier, Anthropic, le principal rival d'OpenAI, avait décidé de ne pas commercialiser largement son modèle Mythos, le jugeant trop risqué pour la cybersécurité. Seule une poignée d'organisations ont pu l'expérimenter afin de combler les multiples failles logicielles mises au jour par le modèle.

La rédaction vous recommande
À écouter aussi

L’actualité par la rédaction de RTL dans votre boîte mail.

Grâce à votre compte RTL abonnez-vous à la newsletter RTL info pour suivre toute l'actualité au quotidien

S’abonner à la Newsletter RTL Info

Ne laissez pas Google décider de vos sources.

Ajouter RTL comme source préférée