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Soupçons de détournement de fonds au Parlement européen : ce qui est reproché à l'ancien groupe de Bardella et du RN

Le Rassemblement national fait face à une nouvelle enquête sur l’usage de fonds européens liés à son ancien groupe au Parlement de Strasbourg. Des perquisitions ont été menées dans plusieurs pays dans le cadre de soupçons de détournement de fonds publics.

Le Parlement européen

Crédit : AFP

Après l'affaire des assistants parlementaires, quelle est cette enquête pour détournements de fonds qui vise le RN et ses alliés au Parlement européen ?

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Eléonore Aparicio

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Des perquisitions ont été menées ce mercredi 21 octobre 2026 au Parlement européen, à Bruxelles et à Strasbourg, dans le cadre d'une enquête sur des soupçons de détournement de fonds européens. L'ancien groupe parlementaire du Rassemblement national et de ses alliés, Identité et Démocratie, est au coeur des investigations.

Le parquet européen a confirmé l'information d'abord annoncée par les Patriotes pour l'Europe, le nouveau groupe d'extrême droite créé en 2024 autour notamment du RN et de la Lega italienne. Ce parquet, qui soupçonne un détournement d'argent par le groupe ID durant la législature 2019-2024, avait déjà ordonné une série de perquisitions le 30 juin dernier dans plusieurs pays européens dont la France, dans le cadre de cette enquête.


Le groupe Patriotes qui accueille désormais le RN a indiqué que les perquisitions avaient été menées dans des bureaux administratifs de l'ancien groupe ID, sur les sites de Strasbourg et de Bruxelles. Il souligne aussi qu'il n'existe "aucune continuité juridique" entre leur groupe et celui qui a cessé d'exister en 2024.
Ces nouvelles investigations s’inscrivent dans un dossier judiciaire ouvert en juillet 2025, portant sur l’utilisation présumée irrégulière de plusieurs millions d’euros de fonds européens.

Plus de 4,3 millions d'euros de dépenses suspectes

L’affaire trouve son origine dans un rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen. Ce document pointe de possibles irrégularités dans l’utilisation des budgets attribués au groupe Identité et Démocratie pendant la législature 2019-2024. Au total, plus de 4,3 millions d’euros de dépenses sont considérés comme potentiellement injustifiés.

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Les soupçons portent notamment sur des prestations facturées à des sociétés proches de réseaux d’extrême droite, des contrats attribués dans des conditions contestées et des financements accordés à des structures dont les activités n’auraient pas toujours eu de lien avec les missions parlementaires.

Or, les fonds mis à disposition des groupes politiques européens doivent servir à financer leurs activités au Parlement, et non à soutenir indirectement des partis nationaux ou des organisations extérieures sans rapport avec leur travail institutionnel. Les enquêteurs cherchent donc à déterminer si une partie de ces sommes a été utilisée à d’autres fins que celles autorisées par les règles européennes.

Selon une source proche de l'enquête, les perquisitions ont ciblé un ou plusieurs bureaux utilisés par Philip Claeys en tant qu'ancien secrétaire général du groupe ID. Cet ex-eurodéputé belge de 61 ans, du parti anti-immigration Vlaams Belang, est aujourd'hui secrétaire général du groupe Les Patriotes, selon l'annuaire de l'Union européenne.

Le groupe d'extrême droite, le troisième du Parlement européen par la taille (85 eurodéputés), compte des élus RN, Vlaams Belang, du PVV néerlandais ou encore de la Ligue du Nord (Lega), formations qui étaient déjà associées au sein d'Identité et Démocratie.

Des entreprises et des associations dans le viseur

L'enquête ne concerne pas uniquement les dépenses internes du groupe parlementaire. Elle s'intéresse également aux bénéficiaires de certains contrats et financements. Parmi les éléments examinés figurent des prestations de communication et d'impression, ainsi que des sommes versées à des associations ou à des entreprises entretenant des liens avec l'entourage politique du RN et de ses alliés. 

Les investigations portent notamment sur d'éventuels faits de détournement de fonds publics, de favoritisme et d'abus de confiance. Une première vague de perquisitions avait déjà été organisée le 30 juin 2026 dans plusieurs pays européens, dont la France. Les opérations de ce mercredi constituent donc une nouvelle étape dans cette affaire, même si leur portée exacte reste à préciser. 
Selon les informations révélées par Le Monde, plusieurs contrats de communication auraient été attribués sans mise en concurrence à des entreprises historiquement proches du Rassemblement national. Certaines de ces sociétés seraient liées à d'anciens membres du Groupe union défense (GUD), un mouvement d'extrême droite radicale. 


Le dossier fait également apparaître des subventions accordées à des associations dont le rapport avec les activités du Parlement européen pose question. Parmi les exemples cités figure le financement d'un club de futsal en Martinique. Ces dépenses interrogent sur la destination réelle des fonds européens et sur le respect des procédures d'attribution des marchés. 

Pas de commentaire de Bardella et du RN

Sollicité par l'AFP, Jordan Bardella, coprésident des Patriotes, n'a pas souhaité faire de commentaire. L'élu français est lui-même concerné par un volet de l'enquête du parquet européen. Il s'agit de soupçons de fraude aux fonds de l'UE pour des formations aux médias dont il aurait notamment bénéficié pendant la campagne présidentielle française de 2022.

Par ailleurs, en France, il est la cible d'une plainte de l'association anticorruption Anticor, qui accuse l'actuel chef du RN d'avoir occupé un emploi fictif d'assistant parlementaire européen en 2015 et participé à la production de faux. Le RN a vivement réfuté, dénonçant une "manipulation".

Mercredi, le Parlement européen a simplement indiqué "coopérer avec les autorités compétentes" pour enquêter, "comme de coutume", selon une porte-parole. La seule institution élue de l'UE est réunie cette semaine en session plénière à Strasbourg. 

Concernant ces pratiques de l'ex-groupe ID, le parquet européen avait été alerté par un rapport de la direction des affaires financières du Parlement européen, le poussant à annoncer l'ouverture d'une enquête en juillet 2025. Le rapport indiquait qu'avec ses partenaires de l'ex-groupe ID parmi lesquels la Ligue du Nord de l'Italien Matteo Salvini, le Rassemblement national était suspecté d'avoir "indûment dépensé" plus de 4,3 millions d'euros entre 2019 et 2024.

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