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Doctolib a lancé en août 2026 un programme de recherche scientifique qui utilisera les données personnelles de ses 50 millions d'utilisateurs
Crédit : AFP
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C'est un programme qui fait débat. Samedi 1er août, la plateforme de prise de rendez-vous médicaux Doctolib a lancé un programme de recherche lié à l'intelligence artificielle qui mobilise les données personnelles de ses 50 millions d'utilisateurs. Ce projet vise à répondre à cette question : "L'intelligence artificielle peut-elle améliorer notre prise en charge médicale ?". L'idée est de fournir à l'IA notre historique médical - antécédents, ordonnances, médicaments ou encore examens.
"Le but est de trouver de la valeur dans toutes ces données. La donnée de santé est très difficile à obtenir de manière générale, c’est très protégé particulièrement en France. Mais c’est une donnée qui a beaucoup de valeur pour aller trouver de nouvelles manières d'accompagner les patients", explique sur RTL Thomas Solignac, entrepreneur, conférencier et expert en intelligence artificielle.
"Le but est d'aller nourrir des intelligences artificielles à partir de toutes ces informations sur les consultations, l'ordre des consultations, les prescriptions, les rapports d'examen, toutes ces données finalement que Doctolib amasse depuis des années", continue-t-il précisant que Doctolib n'a "pas encore communiqué sur les fins et les finalités" de leur travail.
Le Dr Frank Becker, secrétaire général de l'AMUF (Association des médecins urgentistes de France), l'informatisation des données permettra d'être plus rapide et réactif qu'actuellement. "Plus vite on fait remonter les informations, plus vite on pourra les utiliser. On ne fait que bien quand on sait ce qu'on fait. Par exemple, on a été très sollicites au niveau de l'AMUF en ce qui concerne le nombre de décès pendant la canicule. La problématique, c'était la remontée des informations."
L'un des points de crispation du projet réside dans le fait que ces données vont être stockées sur des serveurs Amazon situés en Europe. Cette entreprise américaine est soumise aux lois des États-Unis qui permettent notamment aux autorités de demander un accès aux données dans le cadre d'enquêtes pénales, faisant craindre un droit d'accès sur des données de Français.
Face à ce risque, Doctolib met en avant que les données personnelles seront partiellement anonymisées et que des solutions d'intelligences artificielles ont été spécialement conçues pour l'occasion. "Ce sont des données qui seront exploitées en étant pseudonymisées. Ça veut dire qu'au lieu d'avoir votre vrai nom et prénom, il y a un numéro", détaille Thomas Solignac.
Si dans l'anonymisation, les données ne sont pas retraçables entre elles, ce n'est pas le cas avec la pseudonymisation, précise toutefois l'expert. Un possible problème en cas de brèche de données, "on pourrait deviner quelle est la personne à qui appartiennent ces données" et donc deviner qui est le patient.
Alors que les cyberattaques et les brèches dans les systèmes d'informations des opérateurs de santé et de l'administration se multiplient, Thomas Soulignac met en garde contre l'impact d'une éventuelle fuite de données de Doctolib, qui serait "absolument considérable", car il s'agit "probablement d'une des deux sources en France de données santé les plus importantes".
"C'est un risque qui est très théorique et qui ne devrait pas se produire puisque ces données vont rester dans les mains de Doctolib et vont rester dans les mains de leurs partenaires de recherche qui sont évidemment un tout petit nombre de personnes", veut rassurer Thomas Solignac.
Tous les utilisateurs de Doctolib sont-ils concernés par ce nouveau programme ? Oui, au mois de juillet, tous ont reçu un mail pour les informer de ce nouveau programme de recherche et à la fin de ce message, et il est possible de s'opposer à l'utilisation de ses données en remplissant un formulaire dédié. Une approche "assez assertive" pour l'expert en IA. "Ils ont profité d'une règlementation de la CNIL qui permet d'utiliser les données de sante sans consentement explicite au profit de la recherche publique", analyse-t-il.
En tout cas, le secrétaire général de l'AMUF tient à rassurer : les médecins ne vont pas disparaître. L'IA "n'arrivera pas à mettre dans une case certaines choses" mais pourra mentionner un potentiel problème à regarder. Et donc elle ne remplacera jamais les docteurs car "l'intelligence intuitive, elle joue toujours chez le médecin et pour ça on dépassera toujours l'intelligence artificielle".
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