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Vladimir Poutine : Syrie, Ukraine, embargo... Les sujets qui pourraient être abordés lors de la venue du président russe en France

INTERVIEWS - Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a rencontré le président russe Vladimir Poutine, mardi 19 avril . Ce dernier sera invité à Paris en octobre 2016.

La rencontre entre le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 19 avril 2016
La rencontre entre le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, le 19 avril 2016 Crédit : KIRILL KUDRYAVTSEV / POOL / AFP
Ana Boyrie

Mardi 19 avril, lors de son voyage à Moscou, le premier pour le ministre français des Affaires étrangères depuis sa nomination, Jean-Marc Ayrault a annoncé la visite du président russe Vladimir Poutine en octobre 2016 à Paris. "Nous attendons le président Poutine (...) Je lui ai présenté les salutations du président François Hollande et aussi l'invitation pour une visite en octobre à Paris", a-t-il déclaré au début d'une rencontre avec son homologue russe, Sergueï Lavrov. Cette visite doit s'inscrire dans le cadre de l'inauguration d'une cathédrale et d'un centre culturel russe actuellement en construction à Paris. Elle pourrait également aspirer à calmer les tensions entre les deux pays. 

Il est actuellement difficile d'affirmer avec certitude quels seront les sujets abordés à l'arrivée du président russe. D'autant que le ministère des Affaires étrangères n'a pas tenu à s'exprimer sur le sujet. De plus, "aucune réponse ferme n'a été donnée, seulement un accord de principe", souligne Nina Bachkatov, politologue spécialiste de la Russie contactée par RTL.fr. Aucun contenu concret ne peut donc être communiqué sur les sujets qui pourraient être mentionnés.

Faire pression sur l'Ukraine, un moyen de réconciliation ?

Cette rencontre devrait notamment être dominée par le dossier ukrainien. Bien que les accords de Minsk de février 2015, dont Paris et Berlin se portent garants, aient mis fin aux combats avec les rebelles séparatistes dans l'Est, le sujet n'a toujours pas reçu de point final. "On ne peut pas attendre un changement radical d'une rencontre entre la Russie et la France", estime Nina Bachkatov. Néanmoins, cette rencontre pourrait être l'occasion pour les deux pays, de "se consulter sur cette question même si l'interprétation diverge", ajoute David Teutrie, docteur en géographie et spécialiste de l'Eurasie post-soviétique interrogé par RTL.fr

Il précise que la France sermonne davantage les autorités ukrainiennes, suspectées de retarder la mise en oeuvre des accords de paix. "Les manœuvres de retardement, ça n'a que trop duré !", a martelé Jean-Marc Ayrault au côté de Sergueï Lavrov. Une pression française précieuse aux yeux de la Russie et l'opportunité pour l'Hexagone de resserrer les liens.

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"Trouver une solution en Ukraine et arriver à la pleine application des accords de Minsk est possible, assurait le ministre français dans l'avion vers Moscou. Ce serait un signal positif pour les autres crises et cela nous permettrait de nous concentrer pleinement sur la Syrie". 

Aborder le sujet syrien pour éviter tout malentendu

Le dossier syrien pourrait être l'autre enjeu majeur de cette rencontre. Le débat bloque notamment sur l'intensification des combats sur le terrain. De plus, les Russes soutiennent la position du régime de Bachar al-Assad, malgré un départ exigé de l'opposition. Une position contraire à celle de la France. 

Bien que l'Hexagone ne fasse plus du départ du dictateur syrien un impératif, le gouvernement insiste sur le fait que le dictateur "ne peut incarner le futur de la Syrie". Un désaccord qui reste ouvert au débat, selon Nina Bachkatov : "Toute discussion en direct, entre présidents, est toujours utile, ne serait-ce que pour éviter d'envenimer les choses à cause de malentendus". 

L'embargo russe absent des discussions ?

Lors de son entretien avec Sergueï Lavrov, le ministre français des Affaires étrangères a qualifié l'embargo russe sur les produits issus de l'agriculture française, en place depuis un an et demi, de "sujet sensible". La Russie étant un marché important pour la France, les représailles de Moscou ont un impact important, provoquant une chute de 43 % des exportations agroalimentaires la première année, selon la Commission européenne. Une perte équivalente à 4,7 milliards d'euros sur la viande, les produits laitiers, les fruits et les légumes. Cet embargo est prolongé pour le moment jusqu’en août 2016

Lors des questions au gouvernement, rapportées par le Huffington Post, le député Axel Poniatowski a estimé que la fin de l'embargo pourrait être considérée si les sanctions économiques frappant la Russie prenaient fin. Lever les sanctions "permettrait de lever l’embargo russe sur les produits agricoles et agroalimentaires, dont souffrent les agriculteurs européens et français". 

Néanmoins, ces sujets sont rarement abordés par l'exécutif. "Je ne crois pas que l'embargo sera au cœur des discussions, estime Nina Bachkatov. La position russe a été constante depuis le début des sanctions". L'Union européenne étant celle qui les a définies, "à elle de venir avec une solution", explique la politologue. Il est donc fort probable que l'embargo russe reste dans l'ombre, "à moins bien entendu, que la France ne mette le sujet sur la table". C'est en tout cas ce que souhaite le ministère français de l'Agriculture, contacté par RTL.fr, considérant qu'il y a "toujours un intérêt de discussion" à propos de l'embargo, "un sujet important". 

À un an de la présidentielle de 2017, une rencontre stratégique ?

L'impopularité de François Hollande n'a jamais été aussi forte. L'étude TNS Sofres-One Point réalisée pour RTL, LCI et Le Figaro révèle que l'actuel président serait nettement devancé par Marine Le Pen et talonné par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la prochaine présidentielle. Trouver des accords avec les Russes pourrait être l'occasion pour le chef de l'État de redorer son blason face à ces deux rivaux, qui soutiennent certains aspects de la politique de Vladimir Poutine et souhaite en faire un partenaire

Néanmoins, Nina Bachkatov estime que "les élections présidentielles ne se gagnent pas à l'étranger ni sur la politique étrangère". Selon elle, il fut un temps où "le simple fait d'apparaître sur des photos dans le monde entier, serrant la main d'un dirigeant étranger rejaillissait sur la popularité du président dans son pays". Une époque révolue, d'après la politologue. "Ces visites étrangères sont surtout business, as usual", conclut-elle. 

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