4 min de lecture Présidentielle 2017

Primaire Les Républicains : Nicolas Sarkozy à droite toute, une bonne stratégie ?

INTERVIEW - Dans son livre "Tout pour la France", l'ex-président met la barre très à droite sur des sujets tels que l'immigration, l'islam et la sécurité. Cette stratégie décomplexée, gagnante en 2007 mais perdante en 2012, peut-elle encore fonctionner ?

Les propositions très droitières de Nicolas Sarkozy constituent-elles une bonne stratégie ?
Les propositions très droitières de Nicolas Sarkozy constituent-elles une bonne stratégie ? Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP
Paul Véronique
Paul Véronique
Journaliste

"Il ne s'agit pas de savoir si je suis à droite ou si je passe par la droite de la droite. Tout amalgame est scandaleux", a lancé Nicolas Sarkozy au 20 heures de TF1, mercredi 24 août. Pourtant, au fil des 230 pages de son livre paru le même jour, c'est bien un programme musclé, placé sous le signe d'une droite décomplexée qu'il présente en vue de la présidentielle 2017. L'ancien chef d'État passe à l'attaque sur une ligne estimée comme dure par certains de ses opposants. Une position qu'il a notamment confirmée dans une interview au Figaro Magazine de ce jeudi. 

Mais avant d'essayer de concrétiser ses rêves élyséens, l'ancien président va devoir se frotter à la primaire de la droite. Dans cette course à l'investiture, dont le premier tour doit avoir lieu le 20 novembre prochain, il se trouve toujours derrière son principal rival Alain Juppé, selon les sondages. Au-delà d'un style bien différent, les deux challengers se distinguent aussi sur le plan des idées.

Le livre-programme de Nicolas Sarkozy confirme son positionnement très conservateur sur un certain nombre de thématiques. Suspension provisoire du regroupement familial, interdiction du voile à l'université et peines planchers exponentielles sont autant de mesures qui le placent à la droite de l'échiquier politique. Une stratégie que l'ancien chef de l’État a éprouvée au cours de sa carrière d'élu. La tactique visant à siphonner l'électorat du Front national l'avait fait gagner en 2007 et avait profondément affaibli le parti d'extrême droite. Lors de la présidentielle de 2012, il n'avait pas réussi à réitérer l'opération

Malgré une campagne marquée très à droite, de nombreux électeurs rentrés dans le giron du Front national avaient refusé d'en sortir, l’empêchant d'être réélu au second tour. L'aversion des sympathisants de gauche à l'endroit du discours de l'ancien président avait également contribué à consolider l'opposition autour de la candidature de François Hollande. Le résultat de la stratégie historique de Nicolas Sarkozy est donc contrasté. Jouer cette même carte pour la primaire à droite est-elle la bonne tactique à adopter ?

L'impossibilité d'adopter une autre stratégie

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Selon Jean Chiche, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), l'ex-président n'a pas d'autre solution pour espérer s'imposer. Contacté par RTL.fr, l'enseignant explique : "Il n'a pas le choix. C'est le seul moyen pour lui de rallier les électeurs du Front national". Selon le chercheur, il existe un clivage au-delà de l'opposition traditionnelle de la gauche et de la droite. Il met en avant une opposition entre une partie de la population favorable à l'ouverture et une autre refusant la mondialisation et l'Union européenne, pour qui les thématiques identitaires ont une importance déterminante.

Il n'a pas le choix, c'est le seul moyen pour lui de rallier les électeurs du FN

Jean Chiche, chercheur au CEVIPOF
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Via un discours décomplexé sur des thématiques comme l'immigration ou l'islam, c'est bien cette frange de l'électorat qu'espère séduire l'ancien président. "Les électeurs de droite modérés sont perdus pour lui. Ils se sont déjà rangés derrière Alain Juppé, Bruno Le Maire ou François Fillon", poursuit le chercheur en sciences politiques. Pour rattraper son retard sur le maire de Bordeaux, Nicolas Sarkozy tente donc le dépassement par la droite. Durcir ses positions lui permettrait dès lors "de se démarquer des autres candidats à la primaire". "Il existe une porosité entre la droite dure et le Front national", affirme Jean Chiche. Nicolas Sarkozy ferait donc le pari d'essayer de capter leurs voix. Une stratégie qui comporte néanmoins des risques pour l'ancien chef de l'État. Comme en 2012, il n'est pas acquis que la manœuvre fonctionne. "Tout va se jouer sur la participation à la primaire", explique le chercheur.

Un baromètre de la popularité à relativiser

Depuis son retour en politique, Nicolas Sarkozy ne fait pas non plus l'unanimité auprès de la population française. Un récent sondage Ipsos-Le Point en date du 23 août indiquait par exemple une forte inflexion de sa cote de popularité. L'ex-chef d'État affichait une chute de 13 points, comptabilisant 55% d'opinions favorables. D'après l'étude, il était ainsi relégué à la 6ème place des personnalités dans le cœur des sympathisants LR. Pour Jean Chiche, il faut cependant bien distinguer le baromètre de la popularité et les sondages d'intentions de vote : "La popularité est différente de l'élection. Des hommes peuvent s'écrouler et remonter rapidement ensuite".

D'autant que l'ancien chef d'État peut encore jouer sur d'autres leviers. Le jeu des ralliements a déjà commencé et l'ex-président rassemble ses troupes. Des soutiens parfois surprenants, comme celui de Pierre Lellouche, qui vient de le rejoindre alors qu'il était filloniste jusqu'à présent. Le député de Paris a cependant déjà parrainé l'ancien premier ministre, le 25 avril dernier et ne peut plus revenir en arrière. Mais en parallèle, Nicolas Sarkozy peut aussi essayer de ramener derrière lui les plus petits candidats qui ne pourront pas se qualifier pour la primaire. D'ailleurs, depuis l'annonce officielle de sa candidature, il ne semble pas avoir de doute concernant les échéances à venir. S'il n'en a donc pas fini avec son parcours d'obstacles présidentiels, en virant plus à droite, il semble qu'il ait adopté la seule tactique où il pouvait faire la différence. "Cette stratégie est pour lui une nécessité", conclut Jean Chiche.

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