1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Présidentielle 2022 : comment Bayrou place ses pions pour créer un "grand parti démocrate"
4 min de lecture

Présidentielle 2022 : comment Bayrou place ses pions pour créer un "grand parti démocrate"

DÉCRYPTAGE - François Bayrou pousse pour la création d'une nouvelle force politique qui engloberait LaREM, le MoDem et Agir. Un choix hautement stratégique pour préparer la présidentielle et les législatives à venir.

François Bayrou et Emmanuel Macron, le 13 janvier 2020
François Bayrou et Emmanuel Macron, le 13 janvier 2020
Crédit : GEORGES GOBET / AFP
Marie-Pierre Haddad

C'est un rêve qui trotte dans la tête de nombreux macronistes : réussir en 2022 le coup de force opéré lors de la présidentielle de 2017. A savoir remporter une élection avec un parti, fraîchement constitué quelques mois auparavant. Tout au long du quinquennat d'Emmanuel Macron, ce rêve a été terni par des couacs qui ont peu à peu fissuré la majorité et créé des frustrations avec l'exécutif. 

A sept mois du scrutin, les proches du président de la République se retroussent les manches et veulent retrouver l'essence de 2017. Direction Angers où les parlementaires de La République en Marche planchent sur la campagne à venir, ce mardi 7 septembre. 

Exit La République En Marche, les proches du président de la République veulent insuffler un vent nouveau. C'est notamment le cas de François Bayrou. Le 3 septembre dernier, celui qui murmure à l'oreille du président a lancé, dans Le Figaro, l'idée de créer un "seul mouvement unitaire et large". Un chantier colossal qui consiste à rassembler sous la même égide LaREM et ses alliés comme le MoDem et Agir. 

Aucune des organisations, seule, ne pourra entraîner les Français

François Bayrou dans "Le Figaro"

"Je pense que nous devons inventer un modèle nouveau, coopératif : chacun vient avec ce qu’il est et avec ce qu’il a, les sensibilités sont préservées, mais personne ne craint d’afficher son appartenance au même ensemble. Car aucune des organisations, seule, ne pourra entraîner les Français", plaide le président du MoDem. 

À lire aussi

Le plan qui était déjà dans les esprits depuis quelques mois s'élabore peu à peu. Le lendemain de l'interview de François Bayrou, un autre proche du président, Stéphane Séjourné, plaide en faveur de ce mouvement rassembleur. Dans les colonnes du Journal du Dimanche, le conseiller spécial d'Emmanuel Macron veut "bâtir un grand parti démocrate français". Dernier élément en date : le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal estime dans Le Monde qu'il serait "évidemment utile que les forces politiques qui soutiennent le président s'unissent, pourquoi pas dans un grand parti démocrate". 

Un parti pour éviter une guerre de clan

Si l'idée semble alléchante sur le papier pour la macronie, en pratique elle est plus délicate. La constitution d'un grand parti démocrate français appuie là où ça fait mal pour La République En Marche. Elle met ainsi le parti présidentiel devant ses contradictions : le "en même temps" est-il toujours la meilleure stratégie ? Le clivage gauche-droite est-il définitivement enterré ? Comment faire coexister les différents courants qui composent la majorité ?

Ces réponses essentielles constituent la colonne vertébrale politique du chef de l'Etat. "L’identité même du rassemblement qui s’est formé autour d’Emmanuel Macron, c’est de refuser la bipolarisation, c’est le dépassement de ces notions", expliquait François Bayrou. Selon le maire de Pau, "la seule locomotive de la campagne sera notre candidat". Mais l'échec de LaREM réside dans le fait que le parti n'a pas été en mesure d'exister en dehors de son candidat, devenu président. 

C'est pourquoi François Bayrou prévient que ce mouvement ne sera pas viable que pour "une élection mais pour une ou plusieurs générations". Si le projet aboutit, les macronistes auront "achevé la recomposition de la vie politique française entamée en 2017", souligne Stéphane Séjourné. "Cette maison commune à des allures de bordel", tranche déjà un responsable de la majorité qui n’y croit pas du tout.

Une lutte de pouvoir et d’influence

Avant d'en arriver là, cette nouvelle coalition permettrait de préparer la présidentielle de 2022 mais surtout les élections législatives qui ont lieu dans la foulée. C'est là que l'opération peut s'avérer gagnante pour François Bayrou. Tantôt bras droit de Macron, tantôt isolé, le maire de Pau veut peser dans cette nouvelle majorité recomposée. Le recul sur la proportionnelle, souhaitée par Bayrou et promesse de campagne de Macron, a laissé un goût amer. 

Un dirigeant du MoDem assurait à Franceinfo que François Bayrou "est déjà mis à distance". "Pas simple de trouver notre place dans la future campagne. On n'a plus la puissance de feu de 2017. Notre force, c'est notre capacité de nuisance". En effet, le président de MoDem avait créé la surprise en 2017 en refusant de se présenter à la présidentielle pour soutenir Emmanuel Macron. 

"C'est une lutte de pouvoir et d’influence, pour la campagne présidentielle, pour avoir la plus grande place dans la majorité, et pour l’après Emmanuel Macron", analyse Olivier Bost, éditorialiste politique chez RTL.

Quid d'Édouard Philippe ?

Et Édouard Philippe dans tout cela ? "Si Emmanuel Macron doit composer une majorité, elle sera moins évidente à construire qu’en 2017, note l'éditorialiste. Il n'y a plus l’effet blast de la nouveauté et surtout, les forces se sont éparpillées. Il y a la sensibilité de gauche avec deux mouvements, l’un plus frondeur que l’autre. Il y a le MoDem, qui veut garder son rôle. Il y a la sensibilité de droite avec Agir, en attendant de voir ce que va faire Édouard Philippe. L'ancien premier ministre devrait annoncer le mois prochain la création de son propre parti".

Et d'ajouter : "Ce sont donc les rapports de force de la future majorité, sûrement moins puissante et plus éclatée, qui se dessinent. Que se passe-t-il si Édouard Philippe a plus de députés que François Bayrou ? Ce n'est pas du tout délirant, il y aura de quoi recruter à droite si c’est une nouvelle déconfiture pour les Républicains".

Derrière cette volonté de créer une force commune, François Bayrou veut que le MoDem et le centre survivent à Emmanuel Macron. Quant à Édouard Philippe, l'ancien premier ministre pense déjà à 2027. "L'après Macron sera déjà dans cette campagne, et influencera tout le prochain quinquennat", conclut Olivier Bost.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/