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"Nous sommes à un moment décisif" : la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, alerte sur l’état de la dette de la France

La présidente de la Cour des comptes alerte sur l'état de la dette en France, aggravée par la charge des intérêts. Mais beaucoup pointent du doigt son propre bilan, puisqu'elle a elle-même été ministre de l'Action et des Comptes publics.

Amélie de Montchalin garde sa place au sein du gouvernement.

Crédit : AFP

Laurène Rocheteau

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"Chaque mois d'inaction aggrave l'asphyxie financière." Pour la première fois depuis sa nomination en février dernier, la présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, prend la parole pour alerter sur l'état de la dette en France. À la veille d'une année électorale charnière, elle souligne dans un entretien accordé au Parisien, ce dimanche 20 septembre, que "nous sommes à un moment décisif pour l'avenir de notre pays". 

"Nous sommes à l’heure du choix probablement le plus important de la Ve République. Celui de la souveraineté, qui exige que nous stoppions la dérive de la charge d’intérêt de notre dette. Ou celui de constater, impuissants, notre capacité à choisir d’investir pour l’avenir de notre pays", déclare-t-elle. 

Elle dresse le portrait d'une France étouffée par la charge des intérêts de la dette, qui représentera cette année "80 milliards d'euros. C'est bien plus que le budget du ministère de l'Éducation nationale", qui est de 65 milliards d'euros. Elle rappelle que la dette avait déjà atteint en 2025 "un niveau inédit" et met en garde contre une aggravation de la situation : en 2030, l'intérêt de la dette "représentera 100 milliards d'euros". 

La nécessité d'un budget 2027

La présidente de la Cour des comptes ne se veut toutefois pas alarmiste. "La crise n'est ni certaine, ni garantie, ni la seule issue", affirme-t-elle au Parisien, expliquant que d'autres pays européens, comme l'Allemagne, l'Italie et le Portugal, ont réussi à se sortir d'une situation similaire et ont stabilisé leur dette. 

À écouter aussi

Si la Cour des comptes n'a pas vocation à prendre des décisions concernant les politiques économiques, rappelle sa présidente, ses rapports peuvent "montrer quels sont les chemins envisageables et les conséquences de telle ou telle option". Elle insiste toutefois sur le fait que la charge d'intérêts de la dette "n'est pas un chiffre rhétorique" et qu'on "ne pourra la payer que par moins de dépenses publiques ou plus d'impôts". 


Le budget 2027 présenté par Sébastien Lecornu, qui prévoit 54 milliards d'euros d'économies, fait déjà débat. Mais la présidente de la Cour des comptes rappelle que tarder à voter un budget pourrait alourdir les conséquences sur les finances publiques : "S’il n’y a pas de budget au 31 décembre, le ministère des Finances estime un surcoût d’une quinzaine de milliards d’euros pour les finances publiques. Notre pays ne peut pas se le permettre."

Les réseaux sociaux dénoncent une hypocrisie de l'ancienne ministre

Les déclarations de la présidente de la Cour des comptes n'ont pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. Beaucoup pointent du doigt un bilan pessimiste d'Amélie de Montchalin, alors qu'elle-même a été ministre de l'Action et des Comptes publics à partir de 2024 et jusqu'à sa nomination à la Cour des comptes début 2026. 

L'extrême droite pointe aussi du doigt l'ironie de la situation : "Amélie de Montchalin, ancienne ministre des Comptes publics, alerte sur les conséquences de son bilan", écrit sur X Charles-Henrie Gallois, conseiller économique de Jordan Bardella. Alexandre Heuzey, candidat d'extrême-droite aux élections sénatoriales dans le Cantal, dénonce également les propos de l'ancienne ministre, qui a "soutenu 10 ans de gouvernements qui ont creusé comme jamais la dette". 

À gauche aussi, les critiques se multiplient contre l'ancienne ministre. L'association Attac, classée à gauche et engagée sur les questions de justice fiscale, sociale et environnementale, a vivement réagi sur les réseaux sociaux. Elle accuse Amélie de Montchalin d'avoir défendu, lorsqu'elle était au gouvernement, une politique favorable aux plus aisés, avant de s'alarmer aujourd'hui de l'état des finances publiques.

Le secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, a lui aussi dénoncé une forme de contradiction. "Celles et ceux qui ont creusé la dette à coups de cadeaux aux plus riches et aux grandes entreprises viennent maintenant présenter la facture aux Français et aux Françaises", a-t-il écrit, avant d'ajouter : "Il fallait oser !"

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