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Messages racistes, fuite de données... Démarrage compliqué pour le site de campagne de Sarah Knafo pour les municipales à Paris

À peine lancé, le site de campagne de Sarah Knafo pour les municipales parisiennes s’est retrouvé au cœur d'une polémique, avec la diffusion de messages ouvertement racistes, une faille de sécurité exposant les données personnelles des contributeurs et un signalement à la justice. L’équipe de la candidate Reconquête dénonce une opération de sabotage par "l'ultra gauche".

L'eurodéputée Sarah Knafo, en juin 2024.

Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Yasmine Boutaba

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Jeudi 8 janvier, Sarah Knafo, candidate Reconquête !, fondé par son compagnon Eric Zemmour, à la mairie de Paris depuis deux jours, a mis en ligne un site de campagne baptisé "Paris à cœur ouvert". L’objectif affiché était de recueillir les propositions des Parisiens afin d’alimenter son projet municipal. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, l’eurodéputée avait invité les internautes à lui dire "tout ce qu’ils ont sur le cœur", promettant un espace libre d’expression et d’échange.

Dès le lendemain, plusieurs élus et organisations de gauche ont signalé la présence de messages ouvertement racistes sur la plateforme. Parmi eux, une contribution qualifiant les personnes noires de "négroïdes" comparées à des "cafards dans les rues", affichée avec plusieurs centaines de likes avant sa suppression. D’autres messages ont appelé à "éradiquer les OQTF" ou à placer les sans-abri et les toxicomanes dans des centres éloignés de Paris. Des captures d’écran de ces publications, retrouvables via des outils d’archivage, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux.

Un signalement au parquet pour des faits susceptibles de délits

Le sénateur communiste Ian Brossat, également engagé dans la campagne municipale parisienne, a décidé de saisir le procureur de la République de Paris sur le fondement de l’article 40 du code de procédure pénale. Dans un courrier rendu public, il a estimé que la plateforme permettait la diffusion de propos susceptibles de constituer des infractions pénales, notamment en matière d’injure publique et de provocation à la haine ou à la discrimination. "Le racisme n'est pas une opinion. C'est un délit" a-t-il écrit dans un tweet. 

Dans sa prise de position, Ian Brossat a fustigé un espace présenté comme participatif mais dépourvu de modération. Selon lui, la responsabilité de la candidate pourrait être engagée. Plusieurs élus de gauche ont également parlé d’un dispositif dangereux et ont dénoncé une banalisation de discours de haine.

Sarah Knafo et son entourage crient à la manipulation politique

Face à la polémique, la candidate Reconquête ! a réfuté toute complaisance. Sur son compte X, Sarah Knafo a accusé "l’ultra gauche" d’avoir volontairement "inondé le site de messages haineux", affirmant que ces contenus ont été rapidement supprimés.

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Son entourage aussi a évoqué une action coordonnée, assurant que les messages incriminés proviendraient d’une même adresse IP. Hilaire Bouyé, président de Génération Zemmour, a renchéri : "Rassurez-vous, une équipe de modération a été mise en place pour laisser la parole aux parisiens face aux méthodes indignes de l’extrême gauche à Paris". Reste que, comme l’a remarqué un journaliste de BFMTV, toutes les contributions ont été effacées dans l’après-midi.

Dans un message publié sur son compte X Sarah Knafo y a même vu une manière de propulser sa communication, elle a publié ce vendredi : "Deuxième jour de ma candidature. La gauche au grand complet se déchaîne : elle a reconnu son adversaire".

Des données personnelles des contributeurs accessibles

Parallèlement à cette polémique, un autre problème a émergé. Selon Libération, le site a laissé apparaître les données personnelles des contributeurs , censés être anonymisées : noms, adresses mail, numéros de téléphone et adresses IP étaient accessibles en quelques clics. 
Parmi les 607 contributions enregistrées, des experts en cybersécurité ont ainsi pu distinguer 458 mails uniques, 437 adresses IP, et 187 numéros de téléphone renseignés. Certaines contributions sont présentées comme émanant de personnes différentes, mais ont en fait été enregistrées avec le même mail. Ainsi, le mail d’un internaute, semblant être un étudiant de 21 ans, a été utilisé jusqu’à 20 fois, avec des pseudonymes différents.

Sarah Knafo confirme qu'elle va saisir la Cnil

Les vérifications ont également mis en évidence l’utilisation répétée de certaines adresses mail sous différents pseudonymes, ainsi que la présence de l’adresse électronique de Sarah Knafo elle-même associée à deux contributions distinctes. Une au nom de "Damien" et une autre sous le pseudo "Aïssatou3". L’une pour supprimer la taxe foncière, l’autre pour réguler davantage les locations Airbnb. De son côté, la candidate a affirmé que cette adresse, disponible publiquement sur Internet, a été utilisée à son insu et a assuré que ces propositions n'étaient pas les siennes.

Contactée par BFM Tech&Co, la Cnil, le gendarme des données personnelles, n'était pas en mesure de répondre à ce sujet dans l'immédiat. Mais en cas de fuites de données, un éditeur de site est dans l'obligation d'en informer la Commission nationale informatique et liberté, conformément à la loi, sous 72 heures. Sarah Knafo a confirmé à BFMTV qu'elle allait saisir la Cnil prochainement.

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