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Loi Alimentation : pourquoi Travert accuse Leclerc de "mensonges"

ÉCLAIRAGE - Le rehaussement du seuil de revente à pertes et l'encadrement des promotions sont les sources de l'affrontement entre le ministre de l'Agriculture et le patron de l'enseigne de la grande distribution.

Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture
Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture Crédit : Facebook/ Stéphane Travert
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Ludovic Galtier
Journaliste RTL

La "partie de poker menteur", comme l'a surnommée Michel-Édouard Leclerc lui-même, bat son plein depuis des mois entre le gouvernement et le géant de la distribution. Dans une interview offensive, publiée dans L'Opinion lundi 26 mars, le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, est remonté. À propos de la loi Alimentation, dont l'ambition est de "permettre aux agriculteurs de mieux vivre de leur métier", "Michel-Édouard Leclerc raconte des mensonges qui trompent les consommateurs", fustige-t-il. 

Une riposte à la tribune du PDG de l'enseigne publiée sur son blog le 15 mars. Le distributeur en est convaincu : le rehaussement du seuil de revente à perte de 10%, que souhaite le gouvernement pour mieux rémunérer les producteurs, aura pour effet une augmentation des prix et pénaliseront les consommateurs. Selon Michel-Édouard Leclerc, l'effet sur le pouvoir d'achat sera de 5 milliards d'euros parce qu'"on nous demande de relever le prix de tous les produits alimentaires", s'offusquait-il le 12 février sur France Inter.

Une partie du débat repose donc sur les produits concernés par la hausse du seuil de revente à perte. Dans L'Opinion, l'analyse du ministre est sensiblement différente. "Son calcul est faux. La hausse du seuil de revente à perte de 10% ne s’appliquera de fait qu’aux produits en tête de gondole, soit 7% de l’offre en grande surface", conteste Stéphane Travert. "C'est de l'enfumage". La FNSEA rejoint le gouvernement sur ce point. Le syndicat agricole tablait sur une hausse des prix de 0,6% à 0,8% avec un seuil de revente à perte à 15%.

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Qui "enfume" qui ?

De l'enfumage. Le même mot a aussi été lâché par Michel-Édouard Leclerc sur France Inter. "C'est de l'enfumage (...) de faire croire aux consommateurs qu'ils vont contribuer à aider l'agriculture alors qu'il n'y a aucun engagement." "En quoi, ça garantit à l'agriculteur de recevoir par ruissellement le fruit de cette hausse de prix ?", interrogeait encore le patron le 12 février.

"Michel-Édouard Leclerc a bâti sa stratégie sur la guerre des prix, c’est son choix. Mais qu'il fasse son travail et qu'il ne pénalise pas le consommateur en rééquilibrant ses prix et ses marges", lui a demandé le ministre.

La mort annoncée du "1 produit acheté, 1 produit offert" et l'encadrement des promotions, prévus dans le projet de loi, sont aussi au cœur de la discorde. Stéphane Travert a annoncé qu'il passerait par ordonnances. En clair, les promotions dans les grandes surfaces vont être limitées à trois produits pour le prix de deux, pas plus. La baisse ne pourra pas dépasser un tiers de la valeur du poulet ou de la cote de porc. Aujourd'hui, certaines enseignes cassent les prix toute l'année. Cela donne l'impression au consommateur que le prix en promo est le prix normal. Ce sera désormais plus compliqué.

Leclerc épinglé par Bercy

Ce bras de fer intervient dans un contexte très particulier pour le distributeur. Michel-Édouard Leclerc a été épinglé à la fin du mois de janvier par la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes pour des pratiques agressives aux dépens des fournisseurs.

"Leclerc demanderait ainsi des baisses de plus de 5%. Soit beaucoup plus qu'il y a un an, lorsque Leclerc s'était contenté de baisses de prix de 1 à 2%", expliquait Le Figaro. "Je tiens ma parole, j'en suis sûr", avait alors réagi le patron sur BFMTV. "Nous travaillons au contraire à la hausse", avait-il lancé, dénonçant "un jeu de poker menteur".

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2018-03-26 15:50:09
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