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Bruno Retailleau, le 5 mars 2026
Crédit : JULIEN DE ROSA / AFP
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Ils sont élus ou cadres des Républicains et trinquent "joyeusement" au départ des députés qui, cumul des mandats oblige, doivent quitter l’Assemblée nationale après avoir été élus maires. Une fête "spontanée et improvisée". La questure, c’est une des plus belles salles du Palais Bourbon, chic et discrète. Bruno Retailleau, le patron du parti, n'est pas là. Et pour cause : il n’a pas été invité. "Le cocktail a été organisé par la présidence du groupe", s’amuse un député. Clin d’œil.
Le président du groupe, Laurent Wauquiez, entretient les pires relations avec son président de parti. Les deux hommes ne se parlent plus. Et, depuis des semaines, ils ne se cachent même plus pour le faire savoir, en public ou par interviews interposées. "Laurent fera tout pour faire ch… Bruno", se désole un observateur. "Faut qu’il arrête d’aller contre son camp", ajoute-t-il.
Chez Laurent Wauquiez, on répond : "Bruno s’était engagé à soutenir Laurent, il l’a trahi, Laurent ne va quand même pas lui dérouler le tapis rouge". Ambiance. "Va falloir que Bruno revienne nous parler."
Beaucoup de députés ont la dent dure contre "BR", et estiment qu’entre le siège du parti et le groupe à l’Assemblée nationale, alors même qu’il n’y a qu’une rue à traverser, il y a un fossé qui se creuse un peu plus chaque jour. "Bruno vient trop peu à nos réunions de groupe", s’épanche l’un d’eux. "C’est à lui de venir vers nous".
Même des sénateurs se plaignent : celui qui est leur candidat, leur voisin de bureau et même parfois leur ami mène une campagne "seul", entouré de ses "seuls fidèles". On les appelle les "Vendéens", qui, autour du chef, se sont jetés à corps perdu dans la campagne Retailleau. Ils ne sont que quelques fidèles autour du chef le mardi matin toutes les deux semaines, et tous très alignés sur le fond (François-Xavier Bellamy, Julien Aubert, Guillaume Larrivé, Laurence Garnier). Très peu ne sont pas totalement sur la ligne Retailleau (Agnès Evren ou Antoine Vermorel-Marques).
Dans l’entourage du président du parti, on reconnait qu’il va "falloir s’ouvrir", "rassembler". Un ancien ministre : "Il faut qu’il s’entoure, Bruno". Mais comment convaincre les "chapeaux à plume" ? Entre Bruno Retailleau et Édouard Philippe, beaucoup de cadres et d'élus se demandent encore ce qu’ils vont choisir. Certains pourraient ne pas se décider avant janvier 2027. "Les chapeaux à plume veulent miser gagnant", constate un cadre de la campagne Retailleau, "pour l’instant on ne leur fournit pas cet espoir raisonnable".
Dans le cercle qui tente de mettre Bruno Retailleau sur orbite, beaucoup d’anciens fillonistes : "La campagne Fillon (ndlr 2016-2017) nous apporte des enseignements"… "Il avait labouré le terrain, parfois sous les radars médiatiques, mais à la fin tout le monde disait qu’il avait le meilleur projet". Bruno Retailleau multiplie les déplacements thématiques (sur la famille, l’électricité ou le travail) : "Il en sort quoi ? Ça n’imprime pas", s’énerve un élu LR. Mais l’équipe du candidat assume : "Même si ce n’est pas repris, ça raconte une histoire. Bruno anime 50 groupes de travail, il fait un boulot colossal, on fait le pari du sérieux et que le travail paie de fond sur le long terme…"
Les deux enjeux : être prêt au moment où la campagne battra son plein ("dans le quotidien d’une campagne tu ne fais plus ce travail de fond") et, "en miroir", faire la différence avec les concurrents. "En miroir", selon ce pari : Bardella ne sera pas prêt sur le fond et "Philippe hésite encore entre faire une campagne de droite ou de gauche". Quitte à paraître austère ? "Oui, on doit assumer ce truc austère, Bruno est comme ça, on ne va pas le changer. Les Français auront envie d’un homme sérieux". Un proche résume ainsi : "Bruno donne tout et on verra bien".
"On a un trou de souris", reconnait-on dans l’équipe Retailleau, qui entend mener "une campagne d’outsider". "Et il faut jouer le match tous les jours pendant qu’Édouard Philippe ne fait rien". Et se démarquer d’Emmanuel Macron. Dans son camp, on pousse pour organiser un débat avec Gabriel Attal, renvoyé comme héritier du macronisme, pour marquer cette coupure. Le projet chiffré de la campagne Retailleau est prévu pour septembre.
Le 20 juin, le candidat Retailleau tiendra un premier meeting de campagne à Paris. Un enjeu classique de mobilisation (des militants nombreux et enthousiastes), un enjeu politique (quels cadres seront assis au premier rang en soutien ?) et enfin un enjeu majeur "d’institutionnalisation".
"Il faut que les gens le voient dans le fauteuil", espère-t-on dans son entourage, le fauteuil c’est celui de président de la République. Le dernier sondage RTL par Harris Interactive Toluna (avril 2026) a rassuré les proches du candidat : 13% d’intention de vote au premier tour de l’élection présidentielle, si c’est une candidature Gabriel Attal pour le bloc central et si Marine Le Pen peut se présenter.
D’autant que si Édouard Philippe est candidat et Jordan Bardella aussi, ce qui, à ce stade, est probable, Bruno Retailleau tombe à 9% (+2 points néanmoins par rapport au mois précédent). Un élu soutien de Bruno Retailleau : "Si on stabilise Bruno à 10% on aura le cœur de notre électorat". "Pour être au second tour, il faut 20%", ajoute un autre. Le chemin de Bruno Retailleau est encore très long. Et avec "beaucoup de si", relève un député LR.
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