4 min de lecture Législatives 2017

Législatives 2017 : majorité monolithique ou grande coalition ?

LETTRE DE CAMPAGNE - Le président de la République, Emmanuel Macron, a déjà gagné sur un point. Il a imposé le renouvellement et le concept du rassemblement.

L'Assemblée nationale, le 18 octobre 2016.
L'Assemblée nationale, le 18 octobre 2016. Crédit : CHAMUSSY/SIPA
Olivier Mazerolle
Olivier Mazerolle Journaliste RTL

Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, Emmanuel Macron fait de la politique. Avec cette différence majeure que, lui, le sait. Il n'hésite pas à s'y conformer, pour le meilleur et le plus banal. Pour le meilleur, il fait de la politique à la manière du général de Gaulle. Dès les premières heures de son intronisation, les Français ont eu le bonheur de découvrir qu'ils avaient de nouveau un président de la République. Un président décidé à incarner l'autorité de l'Etat, à rendre sa dignité à la fonction. Et à insuffler de l'optimisme à un pays plongé dans une neurasthénie chronique, désabusé par les querelles interminables et de bas étages qui font vibrer le monde politique et les médias, et enkystent les citoyens dans une perpétuelle dérision délétère. 

Le lendemain, à Berlin, notre nouveau président, faisait jeu égal avec la chancelière. Angela Merkel lui avait réservé le meilleur des accueils. Avec Emmanuel Macron, ils se sont tout dits, ils ont joué carte sur table, sans acrimonie, mais sans masquer les difficultés, comme deux dirigeants responsables qui savent qu'un bon accord ne peut pas reposer sur des faux-semblants. C'est de bon augure. 

Enfin, à peine l'avait-il désigné, le nouveau président a donné une feuille de route précise à son gouvernement. Le président fixe les grandes orientations, le premier ministre arbitre entre les membres du gouvernement, fait en sorte d'organiser des discussions nécessaires et s'assure de l'exécution des décisions une fois que celles-ci sont adoptées. Le président n'a pas manqué d'y ajouter une ultime injonction en intimant l'ordre à ses ministres de s'abstenir de confidences médiatiques qui disloquent la cohésion du pack gouvernemental et le décrédibilise. 

Le président "jupitérien" est en place

Le président "jupitérien" est donc en place. Avec une ombre au tableau. Sa tentative de réguler le fonctionnement des rédactions pourrait traduire un penchant regrettable pour l'autoritarisme. Prendre le général de Gaulle comme référence n'interdit pas de conserver une once de lucidité et de se souvenir que le fondateur de la Vème République avait de la liberté de la presse une vision pour le moins réductrice, pour le coup totalement contraire à la modernité.

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Aimanté par la grandeur, Emmanuel Macron fait également de la politique de la manière la plus banale. Le général de Gaulle laissait cela à d'autres. Lui, met les mains dans le cambouis. Il plonge dans la mécanique. Il visse, rive, éjecte, circonscription par circonscription, ses candidats à la députation. 

Comme prévu, la configuration de la présidence Macron se joue aux législatives. Le président le sait et prend les décisions en conséquence. Tant pis si elles surprennent ou déçoivent des "marcheurs" impétrants qui ignoraient les oripeaux contraignants de la politique. Ce monde-là n'est pas fait pour les naïfs. Et le président n'en est pas un. 

On ne tient pas le pouvoir uniquement avec des braves gens pétris de bonnes intentions, mais inexpérimentés.

Olivier Mazerolle
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Dans le combat pour obtenir la majorité à l'Assemblée, Il n'a qu'un seul adversaire à redouter : le parti républicain. Le PS est déchiré. La France Insoumise et le FN font bande à part. En revanche, malgré les coups de boutoir qu'ils ont subi, les Républicains n'ont pas encore explosé. Ils ont même trouvé en François Baroin un leader de campagne qui sait rassembler et qui, malgré ses douze ans de plus qu'Emmanuel Macron, ne ressemble pas à un patriarche. 

Pour gagner les Législatives, Emmanuel Macron dispose de plusieurs atouts, à commencer par l'effet amplificateur de la présidentielle. Mais malgré ses affirmations, il n'est pas sur de son coup, pas certain de remporter une majorité absolue. Il a donc joué la sécurité en renonçant à présenter des candidats dans 51 circonscriptions pour y laisser la place à des représentants de droite et de gauche identifiés comme des renforts possibles  sur les bancs de l'Assemblée en cas de nécessité. Dans d'autres cas, des "marcheurs" dont les noms avaient été pourtant publiés ont été finalement répudiés au profit de politiques chevronnés qui ont eu l'élégance de trouver d'énormes qualités au nouveau président. 

Emmanuel Macron le sait, on ne tient pas le pouvoir uniquement avec des braves gens pétris de bonnes intentions, mais inexpérimentés. S'ils avaient pu le croire, c'est regrettable, voilà tout. Pour le cas où il serait crédité d'une majorité relative, Emmanuel Macron a donc ouvert le jeu qui lui permettrait d'obtenir les soutiens complémentaires de ceux dont il aurait favorisé l'élection. C'est son second avantage sur les Républicains qui, eux, en l'absence d'une majorité absolue tout de même difficile à envisager, pourraient se disloquer sous une deuxième salve présidentielle séductrice, alors que plusieurs parlementaires de droite ont eu grand peine à ne pas céder dès la première fois. 

Pour récupérer la confiance d'un électorat qui s'est évaporé, Les Républicains insistent sur l'enjeu fiscal

Olivier Mazerolle
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Pour franchir l'obstacle, les Républicains affirment être prêts à travailler avec le président sur la base d'un programme revu et corrigé à la lumière du résultat des élections. Pour récupérer la confiance d'un électorat qui s'est évaporé, ils insistent sur l'enjeu fiscal et sur le caractère anachronique qu'il y aurait, dans la France du XXIème siècle, à donner le pouvoir à un parti unique tout entier à la dévotion  d'un seul homme, l'opposition étant abandonnée aux extrêmes. 

Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron a déjà gagné sur un point. Il a imposé le renouvellement et le concept du rassemblement. Si François Fillon avait gagné la présidentielle, on ne parlerait pas d'ouverture. L'enjeu des législatives n'est pas de savoir si le président disposera d'une majorité, mais si celle-ci sera monolithique, nichée au sein d'un seul parti, ou bien composite, sorte de grande coalition à l'allemande. 

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2017-05-22 06:30:00
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