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Le Rassemblement national peut-il disparaître ?

DÉCRYPTAGE - Marine Le Pen fait planer la menace de la mort du Rassemblement national, embourbé dans les difficultés financières.

Marine Le Pen à l'Assemblée nationale, le 31 juillet 2018
Marine Le Pen à l'Assemblée nationale, le 31 juillet 2018 Crédit : GERARD JULIEN / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
et AFP

"Nous risquons la mort du Rassemblement national" : la mise en garde est claire et est signée Marine Le Pen. La présidente du parti fait référence aux problèmes financiers qui viennent entacher sa rentrée politique. Fermeture de permanences, impression d'affiches en suspens, université d'été... Les dépenses ont été drastiquement réduites. 

Comment le Rassemblement national s'est-il retrouvé dans cette situation ? La justice a saisi 2 millions d'euros d'aides publiques destinés au parti, dans le cadre de l'affaire des emplois présumés fictifs au Parlement européen

"Au mois de juillet, ils (les juges financiers parisiens ndlr) ont fait un hold-up sur notre dotation publique, mettant le mouvement que je préside dans une situation extrêmement difficile. Nous sommes évidemment sous le coup d'une épée de Damoclès, a déclaré Marine Le Pen, lors d'un déplacement à Hénin-Beaumont. "Le 26 septembre, une décision va intervenir. Si elle est négative, nous risquons la mort du Rassemblement national".  

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Une rentrée discrète

Le Rassemblement national fonctionne au ralenti depuis la saisie par les juges en juillet de cette aide publique, ce qui n'a fait qu'aggraver la situation financière d'un parti déjà très endetté. "Je prends maintenant l'intégralité du loyer de la permanence sur le budget de ma fédération. A un moment je serai à zéro", témoigne pour l'AFP Jean-Jacques Noël, responsable du RN dans la Manche. Préférant prendre les devants, il a fermé en septembre le local du RN à Cherbourg, plusieurs fois dégradé. 



Le parti se serrera aussi la ceinture pour sa rentrée politique : pas d'université d'été réunissant cadres, élus et militants, mais un simple discours de la présidente Marine Le Pen à Fréjus dimanche 16 septembre. Et les adhérents désireux de l'entendre doivent payer leur déplacement. Le Rassemblement national va quand même imprimer des tracts, comme celui qui va lancer la campagne des européennes avec Marine Le Pen à côté de son allié italien Matteo Salvini. Mais ils comprendront à chaque fois un appel aux dons

Une mauvaise gestion ?

Un quart des permanences auraient fermé depuis la saisie, selon le responsable des fédérations Jean-Lin Lacapelle. Le trésorier Wallerand de Saint Just ne confirme, lui, aucun chiffre, expliquant que "saisie ou pas saisie, les difficultés financières restent les mêmes". 

André Murawski, conseiller des Hauts-de-France qui vient de démissionner du Rassemblement national, a examiné les comptes du parti depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête en 2011, et accuse les dirigeants du parti d'avoir "mal géré" leur parti. En dépensant plus qu'il ne gagne entre 2011 et 2016, le RN a eu recours "toujours plus à l'emprunt" (en 2016 il s'établissait à 12 millions d'euros, en hausse de 341% sur 2011), dont le remboursement "limitera inévitablement (ses) marges de manœuvre", d'après l'ancien élu RN. 

Les juges financiers parisiens ont d'ailleurs décidé cette saisie parce qu'ils craignent que le parti n'utilise cet argent pour rembourser ses dettes au lieu de payer d'éventuels dommages et intérêts dans l'affaire des emplois fictifs au Parlement européen - dont le préjudice est estimé à près de 7 millions d'euros. 

En conflit avec la Société générale

"C'est vrai que le RN est endetté et que depuis de nombreux exercices, il est en pertes cumulées importantes", admet Wallerand de Saint Just. Mais à ses yeux, "tout est exclusivement dû aux dépenses électorales que le Rassemblement national a dû supporter compte tenu de son exclusion totale du réseau bancaire", c'est-à-dire du refus des banques de prêter de l'argent au parti nationaliste

Yvan Chichery, responsable du Rassemblement national dans le Morbihan, a fermé la permanence de Vannes dès janvier pour trouver un autre local "moins cher" en raison d'"une petite baisse des adhésions". Le parti dit compter 45.000 adhérents, chiffre identique à celui que Marine Le Pen donnait en avril. 

Une perte de confiance

André Murawski, ancien adhérent du Rassemblement national
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Elle avait alors indiqué avoir perdu 6.000 adhérents depuis l'automne 2017, du fait que les adhésions ne pouvaient pas se faire en ligne, après la clôture toujours inexpliquée de plusieurs comptes du parti par la Société Générale. Il est à nouveau possible d'adhérer par internet depuis le 6 mars. 

André Murawski évoque lui une chute des adhésions "un peu partout", de l'ordre de 50% à 70%, signe d'une possible "perte de confiance". Dans ce contexte, le Rassemblement national "doit faire des économies", assure le trésorier. Il n'exclut pas un plan social, envisagé dès après les élections de 2017. Mais la saisie de 2 millions d'euros empêche pour le moment de... le financer

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