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"L'affaire Saal laisse un goût amer à la soi-disant République exemplaire", déplore Alba Ventura

REPLAY / ÉDITO - La journaliste a été choquée par la réintégration express au ministère de la Culture de la patronne démissionnée de l'Ina. "Un mépris insupportable", selon elle.

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"L'affaire Saal laisse un goût amer à la soi-disant République exemplaire", déplore Alba Ventura Crédit Image : Alba Ventura | Crédit Média : RTL | Date :
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Alba Ventura Journaliste RTL

Le "recasage" d'Agnès Saal a stupéfait beaucoup de monde. L'ancienne présidente de l'Institut national de l'audiovisuel (Ina), qui avait dû démissionner pour ses notes mirobolantes de taxi, a atterri au ministère de la Culture. Sur RTL, la ministre Fleur Pellerin explique cette réintégration au motif de l'application du droit de la Fonction publique. Un argument recevable ?

On peut ne pas avoir le temps de lire des livres. Mais quand on est ministre, on doit quand même relire parfois le Code général de la Fonction publique. Ce n'est peut-être pas très sexy comme bouquin, mais c'est très instructif. On peut y lire noir sur blanc qu'"en cas de faute grave un fonctionnaire peut être suspendu provisoirement".

40.000 euros de taxi (dont 6.000 pour son fils) aux frais du contribuable, il faut que l'on nous dise si c'est considéré comme une petite faute ou une faute grave. 

Fleur Pellerin a expliqué que dans cette affaire elle avait été "ferme", qu'elle avait demandé à Agnès Saal de rembourser (encore heureux !) et de démissionner (c'est la moindre des choses !).

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Bien sûr Agnès Saal est protégée par son statut de la Fonction publique. Bien sûr, le droit lui offre la possibilité de réintégrer son corps d'origine. Mais attendez, elle a démissionné le 28 avril dernier, il n'y a même pas un mois. Y avait-il urgence à la recaser ? Est-ce qu'il n'aurait pas été plus sage de la suspendre le temps de mener à bien l'enquête ?

Tout cela laisse un goût fort amer de la soi-disant "République exemplaire". Surtout cela appelle à s'interroger sur les privilèges des hauts fonctionnaires.

Et puis pardon, mais on aurait pu nous épargner de nous communiquer le nouveau job de madame Saal : "Chargée de mission sur les questions prévisionnelles des emplois et des compétences". Coluche se serait régalé !

Une tradition bien française

Il y a Agnès Saal. Mais il y a aussi le nouveau directeur de cabinet de la patronne de France Télévisions, l'ancien bras droit de Cécile Duflot. Mais aussi la nouvelle patronne de la RATP, qui a dirigé le cabinet de Ségolène Royal. On ne peut pas mettre tout cela sur le même plan. Car il y a ceux qui ont soit commis une faute, soit qui ont abusé de leur position, soit qui ont échoué et qui sont recasés alors qu'ils ne le méritent pas.

Et puis il y a ceux qui sont "recasés" pour des raisons politiques. Ça, c'est une autre tradition française. Mais attention, ce n'est pas parce que l'on a fait de la politique, que l'on a été conseiller ministériel ou directeur de cabinet d'un ministre, que l'on est mauvais ailleurs. Il ne faut pas non plus faire du délit de sale gueule.

Le problème c'est le "recasage" au sens de placards dorés ou d'affectation amicale

Alba Ventura
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Il y a des personnes qui s'engagent dans un ministère et qui ont d'autres talents. Lorsque vous avez servi l'État, la route s'ouvre devant vous, c'est vrai. Mais ça ne fait pas de vous un usurpateur.

Le problème c'est que dans "recasage" on entend souvent "petits arrangements entre amis". Le problème, ce n'est pas de faire carrière. Le problème c'est le "recasage" au sens de placards dorés ou d'affectation amicale. On est en face de gens qui sont, pour la plupart, compétents. Si la personne est compétente, on ne voit pas au nom de quoi il faudrait lui interdire de poursuivre sa carrière professionnelle hors de la politique.

"Recasage" pour service rendu

Ce qui est embêtant c'est le "recasage" pour service rendu, ou bien pour faire de la place à quelqu'un. Prenons deux exemples, un à gauche et un à droite.

Au mois de mars dernier, lorsque le secrétaire général du gouvernement a été bombardé à la tête du Centre Pompidou - alors qu'il n'y connaissait pas grand-chose à la culture -, c'était pour "faire de la place" à l'ancien directeur de cabinet de Jean-Marc Ayrault qui se trouvait à l'étroit au Conseil d'État et voulait aller au Conseil constitutionnel. On a déplacé deux personnes pour le recaser et lui faire plaisir.

Souvenez-vous aussi, sous Nicolas Sarkozy, du cas de François Pérol, secrétaire général chargé de l'Économie. Il s'est retrouvé patron du groupe bancaire Banque Populaire - Caisse d'Épargne, alors même qu'il avait supervisé la fusion des deux banques lorsqu'il était à l'Élysée. Il est d'ailleurs bientôt renvoyé en correctionnelle pour s'expliquer. Ce n'est pas sa gestion de la banque qui est en cause, mais les conditions de sa nomination.

Ces exemples illustrent le fait qu'il ne s'agit pas de compétence, mais toujours de la même chose : de morale, d'éthique, et parfois même de conflit d'intérêts.

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