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Jérôme Cahuzac et le retour de la thèse du financement politique

RÉCIT - En première instance, l'ancien ministre délégué au Budget avait déjà affirmé que son compte en Suisse devait permettre de financer le courant politique de Michel Rocard. Une ligne de défense ressortie au détail près lors du deuxième jour de son procès en appel, ce mardi 13 février.

Jérôme Cahuzac, à la sortie du premier jour de son procès en appel, le lundi 12 février 2018 Crédit : Eric FEFERBERG / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Jour 2 du procès en appel de Jérôme Cahuzac. Et comme lors du procès en première instance, la théorie du financement politique a refait surface dans les mots prononcés par l'ancien ministre délégué au Budget. 

Appelé à la barre pour répondre aux questions du président de Dominique Pauthe, Jérôme Cahuzac s'exprime à voix basse. Il va alors retracer étape par étape, année après année, toute la chronologie des faits qu'il l’amène dans cette salle d'audience ce mardi 13 févier. De l'ouverture du compte en Suisse en 1992, en passant par les transferts de ses avoirs en 1998, puis le versement de ses honoraires en tant que chirurgien capillaire en 2000 et 2001, le transfert sur un compte à Singapour en 2009 et pour finir la bombe Mediapart en 2012.

L'ancien ministre délégué au Budget tente de livrer une explication à ses années de mensonge. "Je me suis enfoncé dans un déni qui a culminé à des sommets inimaginables fin 2012. Je n'étais pas honnête un jour, malhonnête un autre jour, c'est plus insidieux. Tout le monde me demande comment cela a été possible, je ne suis pas sûr d'avoir la réponse. Je ne voulais pas y penser, cela ne me plaisait pas. Mais j'ai fraudé", déclare-t-il.

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Son réseau dans l'industrie pharmaceutique

Au milieu de cet introspection, Jérôme Cahzuac reprend son axe de défense et très rapidement le nom de Michel Rocard est évoqué. Il raconte que "très vite, il m'est demandé comment je peux aider. Et si on me fait cette demande, c'est parce que pendant trois ans, j'ai eu des contacts avec des sociétés pharmaceutiques". De novembre 1992 à mai 1993, "j'apporte régulièrement des chèques au nom d'une association, 'Les amis de Michel Rocard'". Plus tard, il affirme une nouvelle fois à la barre que "des fonds émanant de l'industrie pharmaceutique seront versés pour financer les activités politiques de Michel Rocard". 

C'est alors que l'ancien député retrace une série d'événements politiques socialistes : campagne des législatives en 1993, élections européennes de 1994, présidentielle de 1995... Jérôme Cahuzac justifie ce rappel historique en indiquant que sa situation est "intimement liée aux événements politiques des années 90".

Mystère sur l'identité des "donneurs d'ordre"

Il poursuit avec un retour sur la chute politique de l'ancien premier ministre socialiste : il "quitte le poste de premier secrétaire du Parti socialiste. Nous comprenons tous que son destin est compromis". Et c'est ainsi qu'il explique ne plus savoir quoi faire de l'argent qui se trouve sur ce fameux compte en banque à l'étranger.

 À plusieurs reprises, en boucle, il va alors marteler : "Je ne sais pas quoi en faire". Il ajoute : "En 1997, je demande de l'aide à l'entourage de Michel Rocard et on me répond : 'Tu bouges pas, on te dira'. On ne m'a jamais dit". 

Ce sera parole contre parole et la mienne ne vaut plus rien

Jérôme Cahuzac
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C'est alors que l'avocat général, puis le président d'audience lui demandent qui sont les donneurs d'ordre du Parti socialiste. Après quelques secondes de silence, Jérôme Cahuzac explique avoir "beaucoup hésité", avant de donner leurs noms et que "finalement", il avait décidé de ne pas le faire. "Que va-t-il se passer après ? Ils vont être sollicités, ils vont nier. Ce sera parole contre parole et la mienne ne vaut plus rien. Je suis allé en voir certains, ils m'ont dit : 'Jérôme, on ne te connaît plus'. La partie n'est pas égale, je suis certain de la perdre". 

Le nom de François Hollande lâché en fin de séance

L'ancien député socialiste ira même jusqu'à expliquer : "L'un est mort et c'est pour ça que j'ai donné son nom, personne ne viendra l'embêter. Les deux autres noms, je ne peux pas leur faire ça". Son avocat, Eric Dupond-Moretti y revient quelques instants plus tard : "Vous ne voulez pas donner de noms, vous parlez d'amis, mais vos amis se sont défilés ?". Réponse de Jérôme Cahuzac : "Ils ne veulent pas d'histoire. La plupart sont des retraités de la vie politique. Je ne peux pas leur en vouloir".

L'ancien président de la Commission des finances à l'Assemblée nationale insiste sur le fait qu'il aura attendu onze ans avant de dépenser une partie de l'argent présent sur le compte. "Pourquoi collecter, si ce n'est pas pour s'en servir ?", demande l'avocat général. "J'ai l'intime conviction que je n'étais pas le seul. Bien sûr que je n'étais pas le seul", répond Jérôme Cahuzac.

En fin de journée, le témoin Jean-Luc Barré est convoqué par la défense. Il est l'auteur du livre Dissimulations : la véritable affaire Cahuzac où il met en avant la thèse du financement politique. "Dès 2001, un tas de personnes étaient au courant de l'existence de ce compte", déclare-t-il avant de citer le nom de Martine Aubry. Eric Dupond-Moretti demande au témoin : "Vous pensez que le président de la République peut en être informé ?" Réponse de Jean-Luc Barré : "Il me paraît difficile d'imaginer que François Hollande ne soit pas au courant".

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