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Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de son allocution du 7 octobre 2026.
Crédit : Dimitar DILKOFF / POOL / AFP
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Emmanuel Macron lui a "très vivement suggéré" de prendre la parole. Comprenez, il était urgent que Sébastien Lecornu s'exprime. C'est désormais chose faite : après une dernière prise de parole en août, le discret Premier ministre a tenu une allocution télévisée mercredi 7 octobre.
Le programme de cette prise de parole était dense : colère lycéenne, crises du prix des carburants et agricole et bataille budgétaire.
Au carrefour des crises qui fracturent le pays à sept mois de l'élection présidentielle, Sébastien Lecornu souhaite éviter la coagulation des colères. Mais cette stratégie pourrait produire l'effet inverse. Un ministre s'interroge ainsi sur le fait qu'il "fait lui-même la convergence des luttes avant même qu'elle n'ait commencé", au risque de dramatiser une situation encore dispersée.
L'exercice était donc peu habituel pour Sébastien Lecornu, mais jugé nécessaire au plus haut sommet de l'État. Et pour cause, depuis le début de la mobilisation lycéenne il y a trois semaines, il ne s'était encore jamais exprimé sur le mouvement, avant une prise de parole pendant l'acte 3, le 6 octobre, face aux députés.
Emmanuel Macron avait fixé la ligne à son Premier ministre. "Le président de la République nous a demandé d'être dans l'empathie et surtout d'expliquer notre doctrine", rapportait sur RTL Laurent Nuñez.
Une demande entendue par le chef du gouvernement qui a concédé lors de son allocution que "la colère des jeunes ne vient pas de nulle part". Rappelant "les angoisses" des lycéens, Sébastien Lecornu a ajouté que "nous leur demandons de regarder l’avenir avec confiance". "La responsabilité du gouvernement doit être de rétablir cette confiance", a-t-il encore ajouté.
Côté annonces, Sébastien Lecornu a laissé planer le mystère mais a fixé une date limite. "Les premières décisions du gouvernement seront présentées à la fin du mois d’octobre", a-t-il avancé.
Le Premier ministre a aussi préparé le terrain pour la bataille budgétaire. Cette dernière a déjà débuté à l'Assemblée par un revers pour l'exécutif. Les membres de la commission des Finances ont débattu d'un article phare poussé par le gouvernement : l'abaissement à 3.000 euros du plafond de l'abattement de 10% sur l'impôt sur le revenu dont bénéficient les retraités. Cela représenterait un gain de 1,4 milliard d'euros.
Des députés LFI, RN, mais aussi plusieurs élus du camp gouvernemental, ont voté pour supprimer la mesure, jugée trop dure pour les retraités. Ce premier revers, qui laisse présager des débats tendus dans l'hémicycle, a agacé le patron des députés MoDem, Marc Fesneau. Sur X, il a dénoncé un vote qui "n'a aucun sens politique", estimant que "le redressement des comptes ne peut pas reposer uniquement sur ceux qui travaillent".
À nouveau confronté à la menace d'une censure, agitée par le Parti socialiste, le chef du gouvernement a adressé un avertissement aux forces politiques. "Adopter un budget après la présidentielle prolongerait l’incertitude jusqu’à l’automne
prochain, bloquerait des investissements et fragiliserait considérablement le pays", a-t-il déclaré. "L’opposition a
le droit de contester. Le texte peut être discuté, amendé, modifié ligne par ligne. Mais c’est
la responsabilité du Parlement de donner un budget au pays", ouvrant ainsi la voie à une négociation.
Autre front pour le gouvernement : la crise des carburants. Sébastien Lecornu a annoncé qu'il mettrait 10 millions de barils de gazole à la disposition des distributeurs en France, assurant que cette mesure permettrait une baisse de 12 à 18 centimes du prix du litre à la pompe, en pleine crise des carburants. "Nous pouvons ainsi amortir une partie du choc", s'est-il engagé.
La question de l'énergie est aussi liée à celle du pouvoir d'achat. C'est pourquoi le chef du gouvernement a prévenu que "le prix de l'électricité ne doit pas augmenter cet hiver". Il a ainsi demandé à EDF "de mobiliser au maximum ses capacités de production".
Évoquant une "accumulation de crises" lors de son allocution, Sébastien Lecornu doit aussi résoudre celle qui touche le secteur agricole. Il a ainsi assuré que "les décrets
d’application de la loi d’urgence agricole seront pris rapidement" et n'attendront pas l'élection présidentielle.
Selon l'éditorialiste politique Christophe Barbier, "on a plus senti l'inquiétude du Premier ministre que des solutions". "N'oublions pas que le moment fort de la campagne présidentielle, ça sera en février avec le Salon de l'Agriculture. Si la France agricole est en colère, entre désespoir et rage, c'est tout le paysage démocratique qui se rate", analyse-t-il sur RTL.
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