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François Fillon et les médias : une stratégie de campagne à la Donald Trump

Le candidat LR a critiqué à plusieurs reprises la presse et les journalistes pour leur traitement de l'affaire Penelope Fillon. Une stratégie qui n'est pas sans rappeler l'éternelle querelle de Donald Trump avec les médias américains.

François Fillon lors de son point presse lundi 6 février 2017
François Fillon lors de son point presse lundi 6 février 2017
Crédit : Martin BUREAU / AFP
Ambre Deharo
Ambre Deharo

François Fillon aurait-il décidé de puiser son inspiration chez Donald Trump ? Si à la différence du dirigeant américain, le Français, candidat de la droite pour la présidentielle, a déjà l'expérience de l'État et du service public, il semble s'être inspiré d'un pan de sa stratégie de communication, celle impliquant sa relation avec les médias. Pendant toute la campagne américaine, le New-yorkais a pointé du doigt la "malhonnêteté" des journalistes qui se sont acharnés sur lui. De nombreux tweets du candidat Trump à l'époque dénonçaient également le parti pris des médias américains en faveur de sa concurrente, la démocrate Hillary Clinton. 

Depuis son entrée à la Maison Blanche, les relations avec la presse sont tout aussi tendues, le président américain n'hésitant pas à taxer la chaîne CNN, à titre d'exemple, de "FAKE NEWS" ("fausses informations", ndlr). Son porte-parole et directeur de la communication Sean Spicer se construit, de jour en jour, la réputation d'un menteur qui déteste les médias. Quant au conseiller spécial Stephen Bannon, il a déclaré dans une récente interview au New York Times que "les médias devraient fermer leur bouche et écouter un peu". De quoi rajouter un peu d'huile sur un feu déjà bien vif.

De "lynchage" en "tribunal"

Certes, en France, François Fillon n'en est pas encore là. Mais ses dernières sorties, et celles de certains de ces soutiens, montrent des signes d'une stratégie de communication de campagne bien plus "trumpiste" qu'auparavant. Lors de sa conférence de presse lundi 6 février, le candidat LR se disait ainsi victime d'un "lynchage médiatique", affirmant qu'il ne laisserait pas "le tribunal médiatique", le juger. Dénonçant une conduite "violente", selon lui, de la part de la presse à son égard dans l'affaire du Penelopegate. Durant sa prise de parole, il avait également pris pour cible l'émission d'Envoyé Spécial diffusée le 2 février, dans laquelle un reportage consacré à Penelope Fillon mettait en avant une interview de 2007 entre l'épouse du candidat et une journaliste britannique. Accusant un reportage à charge, François Fillon avait notamment affirmé que les propos de l'interview avaient été diffusés hors contexte et ne représentaient pas l'absolue vérité. Une tactique employée par Donald Trump à plusieurs reprises, notamment lorsque les médias l'ont exposé en pleine campagne pour avoir moqué une personne handicapée lors d'un discours en Caroline du Sud en novembre 2015. 

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Et François Fillon est revenu à la charge lors de son meeting du 9 février à Poitiers. "On scrute ma vie au laser, cherchant la moindre erreur, la moindre faille", a-t-il martelé, se disant "la cible d'une attaque impitoyable, partiale, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24", par les médias. Il n'était d'ailleurs pas le seul ce jour-là. Un peu comme une Kellyanne Conway qui se charge d'attaquer les médias pour défendre l'attitude de son président à leur égard, Jean-Pierre Raffarin a accusé la presse, présente dans la salle, d’œuvrer à une véritable "entreprise de démolition". "Un petit mot tout particulier pour dire merci aux nombreux journalistes", a ironisé l'ancien Premier ministre. Résultat : une salve de sifflets de la part de l'assistance en direction des médias.

La récompense électorale

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La question reste alors de savoir pourquoi prendre le chemin d'une guerre avec les médias, lorsque François Fillon lui-même saluait le travail des journalistes quand les révélations concernaient son rival, Nicolas Sarkozy ? La réponse est simple : parce que le populisme a fait ses preuves et qu'il galvanise les électeurs, comme les nombreuses images filmées par CNN, NBC, ou encore le Daily Show et le Late show l'ont montré pendant la campagne présidentielle américaine. 

À Poitiers, le discours de victime de François Fillon a visiblement marché. "C'est de votre faute tout ça !", a lancé une militante citée par un journaliste du Monde sur Twitter. Selon Le Lab, un journaliste de l'émission Quotidien a même rapporté des insultes de la part de l'assistance envers les médias, au moment de la prise de parole de Jean-Pierre Raffarin. "Menteurs", "salauds", ont ainsi été lancés. Et l'une des séquences filmées par son équipe montre un militant comparant les journalistes, dans leur ensemble, aux nazis qui conduisaient les juifs vers le camp de concentration d'Auschwitz. "Tu fais partie de l'entreprise de destruction. Tu veux massacrer", entend-on le militant lancer à Hugo Clément.   

Une stratégie ancrée chez Marine Le Pen

Les révélations du Canard Enchaîné et du Monde sur la famille Fillon ont poussé le candidat LR à adopter une stratégie offensive vis-à-vis des médias afin de relancer sa campagne. De la même façon que l'a fait Donald Trump, et le résultat pour lui a été le bureau ovale de la Maison Blanche. François Fillon peut espérer suivre le même chemin. Mais il n'est pas le seul en France à recourir à ce ressort du populisme. Nicolas Sarkozy l'a fait à plusieurs reprises, lorsqu'il se retrouvait mêlé à une affaire judiciaire. 

Et les extrêmes, Marine Le Pen et son Front national en tête, font exactement la même chose. Les frontistes refusant d'accréditer certains médias à leurs meetings, comme "Le Petit Journal" à l'époque de Yann Barthès. Donald Trump, souvent loué par Marine Le Pen dans ses différentes interventions médiatiques, avait fait de même en juin 2016 en décidant de ne plus accréditer les journalistes du Washington Post à ses déplacements de campagne.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon fait plus ou moins la même chose, peut-être de façon moins frontale, plus couverte. Néanmoins, le leader de la France Insoumise est connu pour ses multiples tacles aux médias, qu'il associe souvent à un monde de puissants trop dominant. En juin 2016, Sophie de Ravinel, journaliste au Figarosoulignait d'ailleurs le double-jeu de Jean-Luc Mélenchon avec les journalistes. "Il leur tape dessus, il les utilise : c'est l'ambivalence Mélenchon", disait-elle. Libération ? une "carpette boboïde" qui déballe "continuellement des saloperies venimeuses et perverses" à son propos. Le Monde ? "Une succursale de l'ambassades des États-Unis"... Les attaques sont fortes, mais le paysage politique et social s'en est si bien accommodé qu'elles ne choquent plus réellement. Du moins pas autant que les attaques lancées depuis une quinzaine de jours par une équipe Fillon grandement affaiblie dans les sondages. Et qui voit dans le rejet du travail médiatique son ultime tremplin pour se remettre dans la course au Salon doré...

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