3 min de lecture Remaniement ministériel

François Bayrou, une carrière politique en dents de scie

Figure historique du centre et ancien candidat à l'Élysée, François Bayrou aura connu deux mandats de ministre dont le dernier, d'une durée de 34 jours, s'est brutalement arrêté ce 21 juin.

François Bayrou, président du MoDem
François Bayrou, président du MoDem
Clémence Bauduin
Clémence Bauduin
et AFP

Figure du centre pour toujours, carrière politique insatisfaite à jamais ? En rejoignant le gouvernement d'Édouard Philippe le 17 mai dernier, après un rapprochement politique de premier plan avec le nouveau président Macron, François Bayrou laissait penser qu'il avait trouvé sa place. L'ancien candidat à l'Élysée, défait lors des présidentielles de 2002, 2007 et 2012, a vécu par procuration la victoire en soutenant Emmanuel Macron. Mais sa carrière politique, faite de hauts et de bas, se résume à nouveau à son mandat de maire de Pau. 

Au sein de la nouvelle ère politique amorcée le 7 mai, François Bayrou a fait mine de s'affranchir de la hiérarchie gouvernementale et s'est fait le chantre de la moralisation de la vie publique. Mais l'image d'intégrité qu'il défendait a été rapidement ternie par l'affaire des assistants parlementaires européens du MoDem. Ce mercredi 21 juin, il a annoncé qu'il ne participerait pas au travail du nouveau gouvernement, annoncé le même jour après le remaniement.

Favorable à Hollande, puis critique du dernier mandat

François Bayrou a succédé à Pierre Méhaignerie à la tête du Centre des démocrates et sociaux (CDS) en 1994. Après être entré à l'Assemblée en 1986, il est devenu ministre de l'Éducation de 1993 à 1997, réussissant à se maintenir dans le gouvernement Chirac-Juppé après avoir pourtant soutenu Édouard Balladur. En 2002, une gifle administrée à un enfant de Strasbourg qui tentait de lui faire les poches lui avait valu un solide regain de popularité lors de sa première tentative élyséenne (6,8%). Mais son meilleur score (18,6%), le leader centriste l'a réalisé cinq ans plus tard, en 2007, sans toutefois se qualifier pour le second tour. Son refus de soutenir Nicolas Sarkozy a entraîné alors le départ de la plupart de ses soutiens. 

François Bayrou n'a ensuite eu de cesse de pourfendre cet "enfant barbare", au point d'annoncer son soutien à François Hollande dans l'entre-deux-tour de 2012, après un score décevant au premier (9,1%). François Bayrou dit toutefois avoir éprouvé une déception à l'égard de François Hollande "dès la première seconde de son investiture", comme il l'écrit dans son dernier opus, Résolution française (éd. L'Observatoire), dans lequel il renvoie dos à dos les deux derniers présidents. 

Orgueil et obstination pour une carrière individuelle

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Électron libre, François Bayrou a hérité le 17 mai du portefeuille de la Justice, un domaine qu'il a découvert sur le tas. Début juin, alors qu'il était encore garde des Sceaux, il a dévoilé le premier grand chantier législatif du quinquennat - des mesures censées rétablir la "confiance" des citoyens. Mais quelques jours plus tard, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire visant à savoir si le MoDem, qu'il dirige depuis sa création en 2007, a salarié des employés en les faisant passer pour des assistants parlementaires européens. "Je choisis la liberté de jugement et la liberté de parole", a affirmé ce 21 juin le ministre de la Justice sortant pour justifier son départ.

"Les gens m'identifient à l'idée du centre", a coutume de dire François Bayrou. L'irruption d'Emmanuel Macron, lui aussi pourfendeur d'un clivage droite-gauche "dépassé", de plus de vingt-cinq ans son cadet, a semé le trouble. Après l'avoir qualifié en septembre d'"hologramme" et de candidat des "forces de l'argent", François Bayrou avait ensuite assuré qu'il connaissait mal l'ancien ministre de l'Économie.

Une fois son poulain élu, François Bayrou a jugé bon de souligner son importance dans la campagne. "Si Macron en est là, c'est un peu grâce à moi", a-t-il confié à l'AFP fin mai. Ministre d'État pendant 34 jours, le maire de Pau juge avoir apporté un soutien décisif à la victoire du plus jeune président de la République. Il avait pourtant cultivé durant l'hiver le suspense sur une quatrième candidature à la présidentielle. Électron libre, traçant sa route individuellement, certains de ses compagnons lui reprochent son manque d'esprit d'équipe, son ambition et son orgueil. Mais beaucoup lui reconnaissent son obstination, et rien n'empêche d'imaginer un prochain retour de François Bayrou au premier plan de la vie politique.

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François Bayrou se voit comme "la véritable cible" des dénonciations Crédit Image : THOMAS SAMSON / AFP | Date :
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