5 min de lecture Remaniement ministériel

Remaniement : 4 questions que posent les départs de Bayrou, Sarnez et Goulard

ÉCLAIRAGE - Les élus du MoDem ont été contraints de quitter le gouvernement à la suite de l’enquête qui vise le parti centriste.

Edouard Philippe et Emmanuel Macron à l'Élysée le 23 mai 2017.
Edouard Philippe et Emmanuel Macron à l'Élysée le 23 mai 2017. Crédit : ETIENNE LAURENT-POOL/SIPA
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Geoffroy Lang

Christophe Castaner avait annoncé un simple "remaniement technique" à l’issue de la victoire de la majorité présidentielle aux législatives, mais la composition du prochain gouvernement sera finalement bouleversée après le départ de Richard Ferrand et les démissions successives des trois élus du MoDem. L’ex-ministre des Armées Sylvie Goulard avait donné le "la" mardi 20 juin, en annonçant sa volonté de ne pas faire partie de la prochaine équipe gouvernementale afin démontrer sa "bonne foi" dans l’enquête préliminaire sur le fonctionnement interne du parti centriste, mais cette décision mettait conséquemment la pression sur les deux autres centristes du gouvernement.
 
La justice soupçonne le parti de François Bayrou d’avoir employé à des fins internes les assistants d’eurodéputés MoDem. Après le communiqué de Sylvie Goulard, c’est Marielle de Sarnez qui avait ouvert la porte à sa possible sortie du gouvernement pour prendre la tête des 42 députés du groupe Modem à l’Assemblée nationale. Si François Bayrou avait initialement annoncé que la décision de Sylvie Goulard ne remettait pas en cause sa présence au sein du gouvernement, la position du président du MoDem est devenue difficilement tenable.

 Sous la pression des affaires et des démissions successives de ses camarades, François Bayrou a finalement annoncé son départ du gouvernement, en adressant un communiqué particulièrement concis à l’AFP. "J'ai pris la décision de ne pas faire partie du prochain gouvernement", a-t-il indiqué avant d’annoncer la tenue d’une conférence de presse vers 17h. Si Christophe Castaner a confié que ce retournement "simplifie la situation", le départ des ministres de la Justice, des Armées et des Affaires européennes complique sérieusement le remaniement que préparaient Édouard Philippe et Emmanuel Macron.

1. Le MoDem a-t-il encore sa place au gouvernement ?

En l’espace de 24 heures, les trois représentants du parti qui avait soutenu Emmanuel Macron durant la présidentielle ont été contraints de faire leurs cartons, en raison de soupçons “d’abus de confiance et recel de ce délit". L’alliance scellée entre la République en Marche et le Modem pourra-t-elle survivre à ces départs ? Rien n’indique le contraire a priori, les démissions des ministres centristes s’étant officiellement faites "à titre personnel".
 
Depuis le coup de sang de François Bayrou lors de la première répartition des investitures de la majorité présidentielle, les rapports entre La République en Marche et le MoDem semblent au beau fixe. Même les écarts de conduite et les rebuffades de François Bayrou avaient bénéficié de la clémence de l'Exécutif, du moins en apparence. "Le MoDem a toute sa place dans l'engagement présidentiel et dans la majorité présidentielle, que ce soit au gouvernement ou à l'Assemblée", assurait encore Christophe Castaner ce mercredi 21 juin sur Europe 1, avant d’ajouter : "Mais ce soir le remaniement portera aussi sur des noms nouveaux qui viendront d'horizons différents."

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2. Quels membres du MoDem peuvent entrer au gouvernement ?

François Bayrou a finalement officialisé son départ du gouvernement aux alentours de 8 heures du matin ce mercredi 21 juin, soit 10 heures avant l’annonce de la composition du gouvernement par le secrétaire général de l’Élysée. Il est vraisemblable qu’Emmanuel Macron et Édouard Philippe aient déjà anticipé le départ du trio centriste du gouvernement, car aucun délai supplémentaire n’a été annoncé pour l’annonce de la future équipe gouvernementale.
 
On sait toutefois que la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) et la Direction générale des Finances publiques ont besoin d’un délai de 48 heures pour passer au crible le profil des futurs membres du gouvernement. Après cette première fausse note du quinquennat, il est peu probable qu’Emmanuel Macron se montre imprudent sur ce point.
 
Si le MoDem est représenté dans le futur gouvernement, il ne devrait pas bénéficier de portefeuilles aussi prestigieux que ceux de la Défense ou de la Justice. Les rangs du MoDem ne foisonnent pas de profils aussi prestigieux que celui du maire de Pau. Au sein du siège du parti, on chuchote déjà plusieurs noms dans les couloirs. Alors que Marielle de Sarnez pourrait prendre la tête des députés MoDem, son secrétaire général Marc Fesneau serait susceptible d’intégrer le gouvernement. Le député Jean-Louis Bourlanges et la députée-maire de Mont-de-Marsan (Landes), Geneviève Darrieussecq, pourraient également faire partie du casting selon le Huffington Post.

3. Quel sera le nouvel équilibre du gouvernement ?

Faute de centristes en mesure d’occuper des ministères régaliens, l’équilibre du futur gouvernement devrait être sensiblement modifié. Avant même les résultats du second tour des législatives, de nombreux observateurs présentaient que le remaniement qui suit traditionnellement la renouvellement de l’Assemblée nationale pourrait donner à Emmanuel Macron l’occasion de poursuivre son travail sape chez Les Républicains.
 
En fin de matinée, le député LR Thierry Solère a d’ailleurs annoncé la création d’un groupe parlementaire "Les Républicains constructifs, UDI, Indépendants" disposé à collaborer avec l’Exécutif. Afin de poursuivre la recomposition du paysage politique souhaitée par le président de la République, Édouard Philippe pourrait choisir de débaucher le député des Hauts-de-Seine, mais aussi le député de Seine-et-Marne Franck Riester, le maire de Reims Arnaud Robinet, ou encore le président du conseil départemental de l’Eure Sébastien Lecornu, rapporte Le Monde.
 
D’autres observateurs pensent au contraire qu’Emmanuel Macron pourrait redonner un coup de barre à gauche. Le nouveau maître de l'Élysée s’est révélé comme un fin connaisseur des arcanes du jeu électoral au cours des élections législatives. Il n’a certainement pas échappé au chef d'État que les reports de voix de gauche sur les candidats de la République en Marche ont été très faibles entre les deux tours des législatives.

4. Quel avenir pour la loi de moralisation de la vie publique ?

Avec la démission de François Bayrou se pose également la question de l’avenir de la future "loi de moralisation de la vie publique". Beaucoup de figures politiques soulignaient le paradoxe entre le projet de loi porté par le ministre de la Justice et les soupçons qui pesaient sur son parti. "Il était inimaginable que le garde des Sceaux qui professe l'exemplarité et porte un projet de loi de moralisation de la vie publique puisse poursuivre son action comme si de rien n'était alors qu'il est l'objet d'une enquête de ses propres services", a réagi Olivier Faure, ex-président du groupe PS à l'Assemblée et candidat à sa succession, dans un communiqué.
 
Il paraît cependant peu probable que le gouvernement abandonne un projet de loi auquel Emmanuel Macron avait marqué son attachement durant la campagne présidentielle. Il appartiendra certainement au prochain garde des Sceaux de porter le texte devant l’Assemblée, mais aussi de préparer la réforme constitutionnelle que nécessitera sa mise en oeuvre. Le maire de Pau devra quant à lui accepter de ne pas apposer son nom à la réforme à laquelle il avait conditionné son ralliement à Emmanuel Macron en février 2017 .

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2017-06-21 15:03:00
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