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Emmanuel Macron connaît-il la fin de son état de grâce ?

DÉCRYPTAGE - Démission du général de Villiers, APL, cote de popularité en baisse... Macron enchaîne les crises depuis plusieurs semaines.

Emmanuel Macron, à Istres le 20 juillet 2017
Emmanuel Macron, à Istres le 20 juillet 2017 Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Plus de 75 jours après l'euphorie de sa victoire à l'élection présidentielle, Emmanuel Macron commence-t-il à déchanter ? La cote de popularité du président de la République a chuté de dix points, selon le dernier baromètre de l'Ifop pour le Journal du Dimanche. Après son élection, le chef de l'État culminait à 62% d'opinions favorables à propos de son action. En juin, il avait gagné deux points, atteignant 64%. Désormais, 54% des Français sont satisfaits de son action. "Une chute qui n'est pas inédite mais qui n'avait pas été observée depuis 1995", précise le journal.

En y regardant de plus près, Le Figaro souligne qu'Emmanuel Macron "dévisse chez les plus de 65 ans (-11 points), et chez les fonctionnaires (-18 points). Il décroche aussi bien dans l'électorat socialiste (12 points) que dans ceux de la droite et du MoDem (-11 et -25 points)". Un résultat sans appel, selon le quotidien, qui titre que "l'état de grâce est déjà fini". 

Un discours devant le Congrès perçu comme "flou"

Moment fort pour lancer son mandat et appuyer son image de président jupitérien : son discours devant le Congrès, la veille de celui de politique générale d'Édouard Philippe. En une, Libération livrait une vive critique de la prise de parole du Président : "Le flou et la forme". Dans Les Échos, il est écrit "à Édouard Philippe le discours de politique générale ; le plus risqué. Au chef de l’État, hier, celui très général sur sa vision de la politique. À lui les envolées lyriques, au chef du gouvernement les considérations plus techniques". 

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Selon Alba Ventura, éditorialiste politique de RTL, Emmanuel Macron "aurait plus été convainquant s'il avait été moins long. Ce n'est pas anecdotique de dire ça. D'abord parce que la force de la parole tient aussi à son impact. Dans un discours trop long, on dilue son intention et son ambition. Emmanuel Macron, en bon élève de l'ENA qu'il a été, a fait un plan en trois parties, et chacune de ses trois parties comportaient trois parties. Du coup, il y avait des longueurs et c'était parfois verbeux. Alors on peut penser que c'est le décorum qui l'a inspiré, le poids des institutions dans cette aile du château de Versailles qui l'a conduit à laisser libre court à sa parole. Il n'empêche, pour un président jeune et nouveau ce n'est pas très moderne".

Deux rassemblements contre la réforme du Code du travail en septembre

Le mandat d'Emmanuel Macron a débuté sur une première crispation : la réforme du Code du travail par ordonnances. À travers l'utilisation de cette méthode, annoncée dès la campagne présidentielle, le président de la République souhaitait "aller vite" afin de mettre en place "un choc de confiance", une "vraie accélération" et une "détermination à l'épreuve", expliquait-il aux portes de l'Élysée, le 11 avril dernier, à Sud Radio et Public Sénat. L'été ne fera pas passer la gronde des détracteurs du projet. Le 12 septembre à Paris, la CGT organisera une manifestation contre la réforme du Code du travail. 

Sur le plateau du Journal télévisé de TF1Jean-Luc Mélenchon annonce souhaiter organiser un "rassemblement populaire" le 23 septembre prochain, place de la Bastille à Paris, afin de réaliser un "coup d'état social" contre Emmanuel Macron. Ce rassemblement est une seconde tentative pour le leader de la France insoumise qui avait déjà appelé à battre la pavé le 12 juillet dernier. Selon les organisateurs, 4.000 personnes ont répondu à l'appel dans la capitale ; à Toulouse, ils étaient entre 300 et 1.000, selon les forces de l'ordre et les organisateurs ; 300 à Montpellier. La contestation devrait atteindre son point le plus fort fin août, période à laquelle le contenu des ordonnances sera présenté aux partenaires sociaux, "pour une ratification soumise à l'automne au Parlement", note Le Parisien.

La crise militaire et la démission du général de Villiers

Le mois de juillet a été celui d'une crise militaire et politique pour Emmanuel Macron. Le 12 juillet dernier, le chef d'état-major des armées, Philippe de Villiers, est auditionné par les députés de la Commission de la Défense. Cet événement qui se déroule à huis clos a lieu dès le lendemain de la publication d'une information du Parisien sur les 850 millions d'euros d'économies demandées au ministère des Armées. Il n'hésitera pas à s'opposer à cette annonce et déclare : "Je ne vais pas me faire baiser comme ça (par Bercy ndlr)". Ces propos, dévoilés dans les médias, vont provoquer un recadrage sévère de la part d'Emmanuel Macron. Le 14 juillet, le président de la République s'exprime face aux troupes du général : "Je considère qu'il n'est pas digne d'étaler certains débats sur la place publique. J'ai pris des engagements. Je suis votre chef"

Dans les colonnes du Journal du Dimanche, Emmanuel Macron poursuit son recadrage et enfonce le général de Villiers. "La République ne marche pas comme cela. Si quelque chose oppose le chef d’état-major des armées au président de la République, le chef d’état-major des armées change", affirme-t-il. Le message est limpide et reçu cinq sur cinq par Pierre de Villiers. Il démissionnera. Sur Facebook, il annonce la nouvelle. "L’heure du départ est arrivée, plus rapidement que prévu. Cela ne vous étonnera pas, vous dont l’imprévu est le pain quotidien (...) Nous appartenons à une patrie que nous aimons ; nous sommes les héritiers d’une histoire qui nous a façonnés ; nous sommes porteurs de convictions qui nous font avancer. Sortir de sa zone de confort, c’est s’exposer, mais c’est aussi se révéler ; à soi-même, pour commencer. 'Je vaux ce que je veux !'", a-t-il écrit.

La baisse des aides personnelles au logement

À peine sorti d'une crise, Emmanuel Macron semble replonger dans une autre. Les aides personnelles au logement, dont les APL, subiront "une baisse de 5 euros par mois et par ménage à partir d'octobre suite à l'application d'une réforme d'économie budgétaire décidée sous le quinquennat précédent et pas encore appliquée", a déclaré une responsable du ministère de la Cohésion des territoires, chargé entre autres du Logement. 

Cette annonce, réalisée au cœur de l'été, a provoqué une colère des associations étudiantes. Le premier syndicat, la Fage, s'est immédiatement insurgé contre cette réduction de 60 euros par an des APL. "Alors que plus de 60.000 bacheliers sont en détresse, faute d'affectation, la poursuite d'études se voit aujourd'hui doublement remise en cause", a dénoncé ce syndicat dans un communiqué. La Fage a demandé au gouvernement d'Édouard Philippe et au président Emmanuel Macron "de ne pas matraquer le portefeuille des étudiants en revenant sur cette mesure injuste, d'ouvrir une vraie réforme des aides sociales étudiantes et de lancer sans délai le plan de 80.000 logements annoncé dans le programme du président de la République". 

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