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Éducation sexuelle à l'école : le gouvernement martèle son engagement

Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer vont envoyer aux recteurs une circulaire leur demandant de mettre en œuvre la loi qui prévoit trois séances annuelles d'éducation à la sexualité, de l'école au lycée.

Le gouvernement martèle son engagement pour les cours d'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées français
Le gouvernement martèle son engagement pour les cours d'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et lycées français Crédit : iStock / Getty Images Plus
ArièleBonte
Arièle Bonte
avec Cécile De Sèze et AFP

La loi prévoit trois séances annuelles d'éducation à la sexualité, de l'école au lycée. Le simple rappel de ce principe a suscité polémiques et rumeurs sur les réseaux sociaux, au grand dam des enseignants et des intervenants auprès des jeunes.

Pour s'assurer que cette dernière soit respectée, la secrétaire d'État à l'Égalité, Marlène Schiappa, et le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, doivent envoyer aux recteurs, ces prochains jours, une circulaire leur demandant de mettre en oeuvre cette loi de 2001 qui reste peu appliquée, malgré une première circulaire en 2003.

Une enquête menée en 2015 auprès de 3.000 établissements scolaires (publics et privés) par le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a en effet montré qu'un quart des écoles, 4% des collèges et 11,3% des lycées déclaraient n'avoir mis en place aucune action ou séance.

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Je sais bien que ce type de sujets est souvent un ventilateur à fantasmes

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation
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"Je sais bien que ce type de sujets est souvent un ventilateur à fantasmes", a souligné Jean-Michel Blanquer lors de sa conférence de rentrée. "Il n'y aura pas d'éducation à la sexualité explicite à l'école primaire, rien qui heurte le bon sens de tout père ou mère de famille", a-t-il ajouté, faisant écho à ce qu'il avait déjà dit au micro de RTL.

Mais le gouvernement entend bien instaurer ces trois séances par année scolaire "d'éducation à la vie sexuelle et affective", menées par des associations agréées, pour parler "de consentement, de respect d'autrui, des rapports entre les femmes et les hommes", avait expliqué Marlène Schiappa en juillet dernier.

L'Éducation nationale explique, sur son site, que ce projet éducatif doit s'inscrire dans "un projet global" qui doit prendre la "forme d'une invitation au dialogue et non d'un discours sur la sexualité". Explications. 

En primaire

Pour ce qui est des classes de primaire (maternelle et primaire), c'est au professeur des écoles de décider du temps qu'il faut consacrer à cette question. 

Ces leçons ne prennent pas forcément la forme d'un cours, mais peuvent être enseignées dans la vie scolaire quotidienne en classe, à la récréation, par exemple au sujet du respect des différences de genre. Faire comprendre aux élèves, par la pratique de la tolérance.

Laurent Regnard, professeur de SVT en secondaire dans un collège privé sous contrat en Île-de-France, explique à RTL.fr qu'à ce stade, les instituteurs répondent davantage aux questions des élèves, "souvent sur le sperme", développe-t-il.

"Si en CP une fillette demande si on a le droit de lui soulever la jupe, c'est l'occasion de parler égalité entre les filles et les garçons ou du respect du corps", explique Caroline Rebhi, co-présidente du Planning familial.

Au collège et lycée

Pour cette association, qui dispense déjà ces séances dans des établissements scolaires, il s'agit bien d'une "urgence". "Souvent, lorsque nous intervenons dans des classes de 4ème, on se rend compte que les élèves n'ont pas eu d'autres sessions plus tôt dans leur scolarité", indique à l'AFP Caroline Rebhi, coprésidente de l'association.

Les trois séances annuelles obligatoires sont dispensées par une équipe pédagogique formée par des professeurs volontaires, des conseillers d'éducation et parfois des intervenants extérieurs. Au collège et au lycée, les thèmes abordés sont la procréation, la puberté, comment fonctionnent les appareils reproducteurs, comment avoir un enfant et la contraception...

La masturbation et toute forme d'apprentissage d'une jouissance personnelle n'ont pas leur place dans le programme. Jusqu'à la dernière réforme du collège, aucune trace de l'existence du clitoris dans les manuels scolaires quand la question de l'anatomie intime est abordée.

Laurent Regnard estime que c'est important d'apporter ces connaissances aux élèves de 4e, qui sont "souvent en début, voire au milieu de la puberté". "Il faut qu'ils comprennent comment fonctionne leur corps, c'est primordial", d'autant que certains "ont déjà eu des rapports". 

On sent que certains sont bien au courant, d'autres pensent être au courant

Laurent Regnard, professeur de SVT
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"On sent que certains sont bien au courant, d'autres pensent être au courant", ajoute-t-il avant de donner un exemple d'une mise en pratique. Pour une contraception efficace, le professeur de SVT propose, en laissant le choix à ses élèves, d'essayer de poser un préservatif sur un faux pénis.

Ces séances sont souvent dispensées lors des cours de SVT (Sciences et Vie de la Terre) qui abordent déjà le corps humain et ses fonctionnements, mais aussi lors de séances annuelles d'éducation sexuelle ou lors d'actions éducatives sur la prévention contre le VIH.

Laurent Regnard raconte que, lui, consacre "bien plus de trois séances" aux questions d'éducation sexuelle. Plusieurs semaines même, en plus d'interventions organisées par l'infirmière du collège, davantage centrées sur "le côté psy, affectif" de la question.

Lui se concentre sur la biologie. Puis, en 1ère, il aborde les notions d'identité et orientation sexuelles avec lesquelles "il est assez à l'aise". Il va aussi "plus loin" à propos "de l'origine des organes sexuels". En revanche, il se souvient d'un directeur d'établissement moins ouvert sur l'éducation sexuelle des élèves, qui refusait d'aborder les questions de contraception.

Mieux vaut trop en dire que pas assez

Parler éducation affective et sexuelle "n'est pas seulement du ressort des familles, mais aussi de l'école", estime de son côté Karine Lamoureux, du syndicat enseignant SE-Unsa. Qui rappelle que nombre d'élèves, en particulier à l'adolescence, n'ont aucune envie d'aborder ces sujets avec leurs parents et préfèrent en discuter en classe.

La nécessité d'aborder ces thèmes avec des interlocuteurs formés est d'autant plus grande actuellement que de nombreuses enquêtes font état d'une fréquentation accrue des sites pornographiques par les enfants et adolescents, soulignent les enseignants. Sites qui peuvent brouiller les représentations de la sexualité et des relations entre hommes et femmes.

De tous ces sujets, "il vaut mieux parler trop que pas assez", estime aussi Sylvain Caberty, professeur de sciences et vie de la terre (SVT) dans un collège de Tours. Car "ils déclenchent toujours un nombre incalculable de questions".

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Marlène Schiappa et Jean-Michel Blanquer vont envoyer aux recteurs une circulaire leur demandant de mettre en œuvre la loi qui prévoit trois séances annuelles d'éducation à la sexualité, de l'école au lycée.
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