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De la "bromance" à la défiance : comment la guerre en Iran a un peu plus tendu les relations entre Donald Trump et Emmanuel Macron

Comme l'atteste une vidéo postée sur le compte Youtube de la Maison Blanche puis supprimée, Donald Trump s'en est pris au couple Macron lors d'un dîner privé. Une attaque supplémentaire qui s'inscrit dans une série de remontrances adressées par le président américain à son homologue.

Donald Trump et Emmanuel Macron

Crédit : AFP

Corentin Sellin : "Donald Trump a toujours considéré que sa présidence n'est qu'un aspect supplémentaire de son entreprise de spectacle"

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Corentin Sellin : "Donald Trump a toujours considéré que sa présidence n'est qu'un aspect supplémentaire de son entreprise de spectacle"

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Marie-Pierre Haddad

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Le temps des poignées de main semble bien loin. Donald Trump s'en est une nouvelle fois pris à Emmanuel Macron, ce mercredi 1er avril. Lors d'un dîner privé, le président américain a évoqué le couple présidentiel français. "Macron, dont la femme le traite extrêmement mal... Il se remet encore du coup de poing qu'il a pris à la mâchoire", a déclaré le président américain dans une vidéo postée brièvement sur la chaîne YouTube de la Maison Blanche qui en a ensuite fermé l'accès. 

Donald Trump faisait vraisemblablement référence à une séquence virale de mai montrant Brigitte Macron porter les deux mains au visage du président français - "un moment de complicité", avait dit l'Élysée à l'époque.

Le président américain a aussi affirmé avoir demandé au chef de l'État français un soutien militaire dans le Golfe. "J'ai dit : 'Emmanuel, on aimerait bien avoir un peu d'aide dans le Golfe, même si on bat tous les records en matière d'élimination des méchants et de destruction de missiles balistiques'", a-t-il relaté. Fidèle à lui-même, Donald Trump s'est ensuite fendu d'une imitation d'Emmanuel Macron et de son accent français. "'Non, non, non... On ne peut pas faire ça, Donald. On pourra le faire une fois la guerre gagnée'". 

Au-delà de cette seule séquence, cette déclaration s'inscrit dans une succession de piques et de remontrances adressées par le président américain à son homologue français. Car Emmanuel Macron est dans le collimateur de Donald Trump, qui lui reproche notamment de ne pas avoir autorisé le survol du territoire français dans le cadre de la guerre contre l'Iran, déclenchée le 28 février. Une opération militaire telle que la souhaitent les États-Unis pour "libérer" par la force le détroit stratégique d'Ormuz, verrouillé par l'Iran depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, serait "irréaliste",  "prendrait un temps infini" et comporterait "des tas de risques", a encore répondu Emmanuel Macron ce jeudi.

Des moqueries qui surfent sur un "très fort" sentiment anti-français

Le temps où Donald Trump venait assister au défilé du 14-Juillet comme en 2017 semble révolu. "Donald Trump cultive l’image du 'winner' et il aime s’afficher avec des gens forts ou du moins qu'il perçoit comme tels", rappelait Jérôme Viala-Gaudefroy, spécialiste des États-Unis et auteur du livre Les mots de Trump (éd. Dalloz), interrogé par France 24 en janvier. "À l’époque, Emmanuel Macron venait d’être élu et une couverture de Time Magazine l’avait présenté comme le prochain leader de l’Europe", rappelle-t-il. "Il était donc de bon ton de s’afficher avec lui."

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Depuis, les choses ont bien changé. "Cela fait des années, y compris en campagne, que Donald Trump moque Emmanuel Macron", souligne Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste des États-Unis, au micro de RTL ce jeudi. "Il y a un sentiment anti-français aux États-Unis qui est très fort. En particulier dans le Midwest, où il existe un vieux cliché du Français, pas très masculin, pas très macho qui persiste. Exactement l'inverse de l'image que veut donner Donald Trump."

Souhaitant incarner la puissance et la force, Donald Trump a pris l'habitude d'imiter Emmanuel Macron en campagne. "Une de ses imitations favorites est celle du président au téléphone où il s'écrase devant lui", rappelle le spécialiste des États-Unis. "Il aime jouer sur cette image parce que ça fait ressortir, selon lui, son image de force", analyse-t-il.

Si Donald Trump ne manque jamais une occasion de railler son homologue français, c'est aussi parce que le président américain est "dans une entreprise de spectacle", note Corentin Sellin. Une stratégie qui dure depuis une vingtaine d'années, soit bien avant sa présidence. "C'est très déstabilisant parce qu'on attendrait quelque chose de beaucoup plus cadré. Mais par rapport à son électorat cela a marché suffisamment pour qu'il soit élu avec une majorité de voix en 2024."

Cependant, cette stratégie pourrait connaître certaines limites. "Le problème, c'est que l'on voit bien que ça marche moins bien en temps de guerre", poursuit Corentin Sellin. "Cette guerre en Iran, c'est une trahison de son engagement fondateur qui était de dire : 'Pas de guerre au Moyen-Orient, pas de guerre longue'", rappelle l'expert. Autre point : la guerre au Moyen-Orient est "aussi une trahison", parce que "Donald Trump avait promis de s'occuper des problèmes quotidiens des Américains" et beaucoup, y compris dans son camp commencent à se questionner sur le bilan du président.

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Des attaques "ni élégantes, ni à la hauteur" pour Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a réagi aux dernières attaques de Donald Trump qu'il juge "ni élégantes ni à la hauteur". Au premier jour d'une visite d'État en Corée du Sud, le chef de l'État a ajouté : "Ca ne mérite pas de réponse". Sans que ce soit directement par rapport à Donald Trump, le couple Macron est en conflit avec les États-Unis où pullulent des rumeurs transphobes sur la Première dame.

L'avocat américain du couple présidentiel, Tom Clare, a fait savoir dans un entretien à la BBC en septembre dernier que Brigitte Macron allait prouver qu'elle est une femme devant la justice américaine, dans le cadre des poursuites en diffamation engagées il y a deux mois contre l'influenceuse américaine d'extrême droite, Candace Owens, qui affirme depuis des mois que la Première dame est un homme.

"C'est terriblement perturbant pour cette famille de devoir se présenter devant la justice. Mais s'ils le font, c'est parce qu'ils sont sûrs de pouvoir prouver que ces allégations sont fausses", justifie l'avocat. Dans ce type d'affaires, ces preuves peuvent être des photos ou des tests génétiques. Emmanuel Macron, à la fin de l'été, avait confié à Paris Match que "cela a pris une telle ampleur aux États-Unis que nous nous devions de réagir". Il avait conclu : "Nous irons jusqu'au bout".

Une critique des "ambitions impériales" de Donald Trump

Sur le plan politique aussi, Emmanuel Macron a répondu aux attaques de Donald Trump. En janvier dernier, le président français avait aussi marqué les esprits lors de son discours au Forum économique mondial de Davos. À la tribune, le chef de l'État a assuré que les États-Unis ont "ouvertement" cherché "à affaiblir et subordonner l'Europe". Le chef d'État prenait en particulier l'exemple des "accumulations de droits de douane inacceptables d'autant plus quand ils sont utilisés comme moyen de pression". Un moyen de fissurer la "souveraineté" des États, selon lui.

Emmanuel Macron était allé jusqu'à dénoncer la "concurrence" américaine qui visait à "affaiblir et subordonner l'Europe". "Nous passons à un monde sans loi", a déploré le chef de l'Etat qui affirme que "les ambitions impériales refont surface". C'est pourquoi, le président de la République dit préférer "l'état de droit plutôt que la brutalité" et appelle à ne pas "accepter passivement la loi du plus fort".

Signe des tensions entre Donald Trump et Emmanuel Macron, la classe politique française a réagi, y compris les adversaires du président français. Sur BFMTV, le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard a déclaré : "Vous connaissez l'ampleur de mes désaccords avec le président de la République, mais que Donald Trump se permette de lui parler comme ça et de parler comme ça de son épouse, je trouve ça absolument inacceptable", a-t-il réagi. 

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