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Comment Édouard Philippe cultive la stratégie du "et en même temps"

DÉCRYPTAGE - Loin de Matignon, mais en filigrane de l'actualité, Édouard Philippe continue sa communication millimétrée alternant entre l'actualité locale et la politique nationale.

Édouard Philippe, le 3 juin 2020
Édouard Philippe, le 3 juin 2020 Crédit : GONZALO FUENTES / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

C'est une fine ligne sur laquelle marche Édouard Philippe : loin de la politique nationale et en même temps, en filigrane dans l'actualité depuis la rentrée. L'ancien premier ministre était présent dans l'Eure, le 23 septembre, afin de soutenir le ministre Sébastien Lecornu, engagé dans les élections sénatoriales.

Devant les journalistes, Édouard Philippe l'affirme : pas question de "commenter la vie politique nationale". Pourtant la semaine dernière, l'ancien premier ministre avait mis en garde contre la "tempête économique", la "tempête sanitaire", "peut-être une tempête sociale" qui menaçait le pays. Une formule toute trouvée qui avait marqué les esprits.

Mais selon Le Figaro qui cite un de ses proches, "le coup de la tempête, la semaine dernière, il ne l'a pas fait sciemment, il ne s'attendait pas à ce que le passage tourne en boucle. Ce qu'il veut, c'est continuer à parler à une partie de la droite, montrer qu'on n'avait pas tort en 2017".

La droite et en même temps LaREM

Parler à la droite dont il est issu et en même temps faire fructifier son aura d'ancien premier ministre auprès de la macronie. Dans les sondages, les sympathisants Les Républicains l'envisagent de plus en plus comme un recours possible pour 2022. Son mentor, Alain Juppé, lui prédit même un destin national. "La France aura besoin demain ou après-demain de ce qu'Édouard Philippe pourra lui apporter (...) En tout cas je lui garde mon amitié et une forme d'admiration", avait-il déclaré sur France inter.

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Et chez les macronistes de la première heure, on ne tarit pas d'éloges sur l'ancien locataire de Matignon. "Il a été un très bon premier ministre, il a montré de nombreuses qualités", vante l'ancienne porte-parole Sibeth Ndiaye dans Le Figaro. Son ancien ministre de l'Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, analyse dans les colonnes du journal : "Son style est apprécié, son sérieux. Mais il est assez fin politique pour savoir que les bons sondages de popularité ne signifient pas des votes potentiels. Je suis sûr qu’il n’interprète pas ça comme ça et qu’il a le calme des vieilles troupes". 

Sébastien Lecornu, lui, n'hésite pas à comparer le maire du Havre à... Winston Churchill. Il "a fait le choix de changer de parti pour rester fidèle à ses idées, plutôt que changer d'idées pour rester fidèle à son parti". Une "formule merveilleuse" qui "dit beaucoup de ce qui s'est passé en 2017, de cet esprit de dépassement", a estimé Édouard Philippe.

Au Havre et en même temps...

En coulisses, un poids lourd du gouvernement reconnaît un engouement autour de l'ancien premier ministre dans Le Parisien. "Le nombre d'articles de presse qui lui sont consacrés depuis trois semaines, c'est du délire ! Jamais un ancien Premier ministre n'a connu ça, si peu de temps après son départ de Matignon". Officiellement, Édouard Philippe ne se consacre qu'à la mairie du Havre et en même temps "il a quitté Matignon avec plein d'envies", précise un proche à l'AFP. "Il a du jus, de l'énergie, il est jeune, il a, je crois, le sentiment du devoir accompli. Pour lui, l'éventail des possibles est vaste", appuie-t-il.  

Mais où se situe-t-il ? Du côté des Républicains ou de la majorité ? Le principal concerné a glissé ce qui pourrait être un premier élément de réponse le 16 septembre dernier. "J'ai longtemps fait partie d'une formation politique qui m'a exclu parce que j'avais fait le choix d'accepter la proposition du président de la République et de diriger un gouvernement qui voulait réduire le déficit, réformer l'assurance chômage, augmenter le budget de la défense, réformer la SNCF.... Et je suis assez reconnaissant aux responsables de ce parti politique : c'est vrai que je suis plutôt mieux à l'extérieur".

"Édouard a deux caractéristiques : il est très libre et sa loyauté est évidente. Et Emmanuel Macron le sait parfaitement", selon son ami Thierry Solère. "La grande force d'Édouard est que rien de ce qu'il montre n'est différent de ce qu'il est. Il est loyal, point barre. Tous les débats : 'Et si...', ce sont des débats qui n'ont pas lieu d'être", abonde Gilles Boyer. 

Symbole de la ligne du "en même temps" cultivée par l'ancien premier ministre : il devrait devenir prochainement administrateur indépendant du groupe informatique Atos tout en entamant l'écriture d'un livre. Un "mélange de récit et d'essai sur ce que peut représenter de diriger un pays comme la France en 2020",selon son co-auteur Gilles Boyer. 

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