4 min de lecture Gérald Darmanin

Avec le "Beauvau de la sécurité", Macron veut déminer une situation explosive

DÉCRYPTAGE - Les deux principaux syndicats de gardiens de la paix ont appelé à cesser les contrôles d'identité. Une colère exprimée en réponse aux déclarations du chef de l'État sur les contrôles au faciès.

Emmanuel Macron, le 4 décembre 2020
Emmanuel Macron, le 4 décembre 2020 Crédit : Thomas SAMSON / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Déminer une situation explosive. En pleine polémique sur les "violences policières", Emmanuel Macron a décidé d'intervenir "personnellement" auprès des syndicats de police, reprenant ainsi la main. Le président de la République va ainsi mettre en place à partir de janvier un "Beauvau de la Sécurité". L'objectif affiché du président de la République est d'"améliorer les conditions d'exercice" des forces de l'ordre et de "consolider" leurs liens avec les Français. 

Gérald Darmanin a précisé que ce "Beauvau de la Sécurité" sera "la première pierre de la grande loi de programmation de la sécurité intérieure que les forces de l'ordre méritent depuis longtemps". Le ministre de l'Intérieur doit d'ailleurs recevoir les syndicats de police le 18 décembre

Pour mettre fin à une situation devenue explosive tant par rapport à l'opinion publique, qu'aux forces de l'ordre, le chef de l'État convoquera lors de ce "Grenelle de la police" les représentants des forces de l'ordre, les élus et aussi les citoyens. Emmanuel Macron a détaillé son projet dans une lettre, datée de lundi 7 décembre et consultée par l'AFP, qui répond au secrétaire général du syndicat Unité-SGP-FO Yves Lefebvre. 

La fin de la "politique du chiffre" ?

Quelques jours plus tôt, Emmanuel Macron s'est attiré les foudres des syndicats de police. Le secrétaire général du syndicat Unité-SGP-FO avait écrit au président de la République pour lui faire part de la "colère" des policiers après ses propos reconnaissant des contrôles au faciès lors de son interview au média en ligne Brut.

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Selon Yves Lefebvre (Unité-SGP-FO), cette interview "a laissé des traces et une colère certaine au sein de la police nationale". "Même si votre discours venait dans sa globalité souligner l'action des forces de l'ordre et des policiers (...) mes collègues (retiennent) une seule chose, à savoir que les contrôles au faciès existent, qu'ils sont une réalité, qu'un jeune homme de couleur a plus de chance d'être contrôlé que les autres personnes". Il réclame "au plus vite un calendrier de réformes de fond" et "la fin de la politique du chiffre qui est une des raisons principales à l'altération du lien police/population".  
 
Si Unité-SGP-FO a salué "la réponse rapide du président", Alliance (majoritaire chez les gardiens de la paix) et Synergie Officiers se sont montrés "circonspects". Ils estiment que ce type de réunion ne permettrait pas "de régler les problèmes". Alliance a d'ailleurs prévenu qu'il ne "répondrait pas à l'invitation" présidentielle. Tous ont annoncé la poursuite des actions menées, avec notamment l'arrêt des contrôles d'identité

7 chantiers pour réformer la police

Face à la colère des policiers mais aussi la défiance croissante des Français après le tabassage du producteur de musique Michel Zecler, Emmanuel Macron a tracé les contours des réunions à venir. 

Ce "Beauvau de la sécurité", du nom de la place où est situé le ministère de l'Intérieur devra s'appuyer sur les sept chantiers de réforme présentés par Gérald Darmanin fin novembre : formation, encadrement, moyens, captation vidéo des interventions, inspection, effectifs et lien entre police et population, dont la lutte contre les discriminations et le rapport aux médias. "Il y a urgence à agir", a insisté Emmanuel Macron. "La France tient par ses policiers et ses gendarmes (...) Nous leur devons soutien et protection. J'y veillerai", a-t-il ajouté.

Il a justifié en outre son annonce sur Brut de créer dès janvier une plateforme pour signaler les discriminations, en soulignant qu'il ne s'agit pas seulement des contrôles d'identité mais aussi de l'emploi, du logement, du sport et de la culture. Le chef de l'État avait jugé "insoutenable" que les contrôles policiers ciblent davantage les jeunes dont la peau "n'est pas blanche". 

Un accueil frileux de la part de l'opposition

Les réactions politiques à ce "Beauvau de la sécurité" sont circonspectes, y compris à droite. Le député Les Républicains Éric Ciotti a dit attendre "des actes", pas seulement "des palabres". L'eurodéputée LR Nadine Morano y a vu une tentative du chef de l'État d'"expier sa faute" après ses déclarations sur Brut. 

Pour le président de l'UDI et député Jean-Christophe Lagarde, "le président de la République s'est mis en très mauvaise posture. Son expression dans Brut a révolté nombre de policiers" et il tente maintenant de "sortir de ce mauvais pas dans lequel il s'est mis lui-même", a-t-il estimé auprès de l'AFP tout en s'interrogeant sur "ce qu'il y aura dans" ce "Beauvau"

À gauche, Ségolène Royal a quant à elle fustigé "une élite qui est complètement déconnectée du peuple". "Je ne sais pas si les Français comprennent ce qu'est le Beauvau (...) Vous croyez qu'il y a beaucoup de gens qui connaissent l'adresse du ministère de l'Intérieur ? (...) Dans le fin fond de nos campagnes, les gens savent ce que c'est qu'un veau qui est beau !".

Le député PCF Sébastien Jumel a dit avoir "l'impression qu'Emmanuel Macron a perçu qu'il était quand même dans une vraie galère avec l'article 24 (de la loi Sécurité globale, ndlr) et la perte de confiance des Français à l'égard des forces de l'ordre". Et le numéro deux de la France insoumise Adrien Quatennens a remarqué sur Public Sénat que le lieu pour discuter des conditions de travail des forces de l'ordre et de la sécurité intérieure, "ça s'appelle l'Assemblée nationale"

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