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"Une bête furieuse" : Rachel dénonce les agressions sexuelles de l'abbé Pierre lorsqu'elle avait 8 ans et témoigne d'un "crime continu"

Sur RTL, Rachel Le Nan livre un témoignage bouleversant sur les agressions sexuelles qu'elle affirme avoir subies de la part de l'abbé Pierre alors qu'elle n'avait que 8 ans. Dans son livre "Et pourtant, tout le monde savait", publié le 2 janvier 2026, elle raconte un système de prédation, des décennies de silence et la libération ressentie depuis l'éclatement du scandale en juillet 2024.

Rachel Le Nan, qui dénonce les agressions sexuelles de l'abbé Pierre, le 9 janvier 2026 sur RTL

Crédit : RTL

Rachel dénonce les agressions sexuelles de l'abbé Pierre lorsqu'elle avait 8 ans et témoigne d'un "crime continu"

00:10:23

Marc-Olivier Fogiel - édité par Yasmine Boutaba

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Rachel Le Nan s'est tue pendant près de cinquante ans. Le 17 juillet 2024 a marqué une rupture: en entendant à la radio les mots “agression sexuelle” associés à l'abbé Pierre, les souvenirs ont refait surface.

Rachel a 8 ans lorsqu'elle a rencontré l'abbé Pierre pour la première fois. C'est son beau-père, René, ancien prêtre, qui lui a présenté au printemps 1974. Seule avec lui dans son bureau, l'enfant a été agressée. “C'est l'horreur. J'ai une bête furieuse en face de moi. Son regard, son odeur, tout remonte”, a-t-elle raconté. "Même aujourd'hui, quand j'en parle, c'est encore très difficile."

Elle s’est souvenue, au micro de RTL, de chaque détail. "Il m'assoit sur son genou, me plaque contre lui, met sa main entre les cuisses, puis m'attrape par la mâchoire. Il me force à ouvrir la bouche". Avant de préciser : "Et moi, je n’ai que huit ans face à un vieux monsieur".

Le beau-père et la répétition des violences

Les faits ne se sont pas arrêtés à l'abbé Pierre. René, son beau-père, ami de l'abbé Pierre, a lui aussi commis des violences et l'a violée jusqu'à ses 13 ans, témoigne-t-elle. Dans son livre, elle les a qualifié : les “deux pédophiles d'Emmaüs”. Rachel a décrit un système de prédation couvert par l'institution. René, pourtant condamné pour des faits graves sur des enfants, a été accueilli par l’abbé Pierre, au sein de la structure.

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Selon elle, René bénéficiait d'un statut particulier au sein du mouvement. "J'en suis persuadée aujourd'hui : il y avait des collaborateurs haut placés, des rabatteurs."

Avant de préciser : “Il sort de cinq ans de prison et l'abbé Pierre l'emmène directement à Emmaüs, à Charenton. C'est là que les agressions se font", a-t-elle expliqué. Elle a aussi parlé d'un pacte scellé entre les deux hommes : "C'est comme un passage de témoin. Le soir même, mon beau-père me viole pour la première fois."

Parler, puis être réduite au silence

À l'âge de 11 ans, Rachel a pourtant tenté de parler. Elle s'est notamment confié à la directrice de son pensionnat et à une psychologue. "Je me prends une raclée phénoménale. Et là, on me fait taire", a-t-elle raconté. Mais elle n'est pas crue, et ce parce que son beau-père travaillait avec l'abbé Pierre. "Quand on disait ‘je connais l'abbé Pierre’, c'était comme un mot de passe." Elle a alors fini par se replier sur elle-même. "Je suis devenue une vraie solitaire. Je n'avais plus aucune confiance en l'adulte."

Un soir d'août, Rachel a décidé de parler à sa mère. Le lendemain, celle-ci s'est suicidée. "Je ne sais pas si elle savait. J'ai des doutes", a-t-elle confié, évoquant aussi une certaine méfiance de sa mère envers l'abbé Pierre et son compagnon.

Interrogée sur la connaissance des faits par l'entourage de l'abbé Pierre, particulièrement sa secrétaire, Rachel a été catégorique. "Pour moi, elle ne pouvait pas ne pas savoir. Ils étaient beaucoup trop proches. Elle l'a protégé jusqu'à la fin." Du côté d'Emmaüs, une dirigeante a reconnu une forme de culpabilité. "C'est devenu une évidence. Plus personne ne peut nier", a estimé Rachel, qui réclame désormais que les responsabilités soient clairement établies.

“On parle de maladie, jamais de pédophile”

Rachel a par ailleurs dénoncé la manière dont l'Église aurait traité ces affaires. "On parle de maladie mentale, de dépression, mais jamais de pédophile", s’est-elle indignée. "On masque les mots pour adoucir la réalité".

À ce jour, 68 victimes ont été recensées, ce qui constitue pour elle un “crime continu". Et cela fait sens avec le but de la publication de son livre : “Le but, c'est que d'autres victimes témoignent, que la vérité éclate et que justice soit rendue. Il y a des victimes qui se sont suicidées. On ne peut pas laisser passer ça.”

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