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Trafic de stupéfiants : les dockers du port du Havre en première ligne

REPORTAGE - Au Havre, première porte d'entrée de la cocaïne en France, les dockers sont la cible des trafiquants qui tentent de les recruter pour les aider à faire transiter la drogue.

Des conteneurs dans le port du Havre, le 21 janvier 2021.
Des conteneurs dans le port du Havre, le 21 janvier 2021.
Crédit : Sameer Al-DOUMY / AFP
Trafic de stupéfiants : les dockers du port du Havre en première ligne
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Alice Moreno - édité par Florine Boukhelifa

Vaste comme la ville de Paris avec ses 10.000 hectares, le port du Havre, en Normandie, est la première porte d'entrée de la cocaïne en France. Depuis le début de l'année, plus de trois tonnes ont déjà été saisies, soit une quantité plus importante que pour la totalité de l'année 2019. Le trafic s'intensifie, un phénomène rendu possible grâce à la complicité des ceux qui y accèdent, notamment les dockers qui sont en première ligne.

Régulièrement mis en cause dans des enquêtes pour trafic, entre pression des réseaux et violences, leur vie est souvent en danger. Et sur place, c'est la loi du silence qui règne. "Cela pourrit carrément le milieu, et à cause de quelques personnes, on pense tous que les dockers sont des gens qui n'ont pas de cerveau et ne pensent qu'au fric", se désole Philippe. Ce mécanicien retraité du port prévient : aucun docker ne parlera du trafic de drogue. "Personne n'en parle, ce ne sont pas des choses qui s'ébruitent", assure-t-il.

Dans le quartier des Neiges, quartier ouvrier enclavé dans la zone portuaire, les piles de conteneurs, hautes comme des immeubles, toisent les petites maisons des dockers. Un groupe de travailleurs, réunis dans un café, égrainent les cas de torture ou encore les menaces que subissent ceux qui trempent dans le trafic, entre séquestration dans les caves, coups de tournevis dans les genoux ou encore familles suivies et menacées. "Ils rentraient chez eux et ils se sont faits attraper, attacher, séquestrer", raconte l'un d'eux, avant qu'un autre client ne leur suggère de se taire.

De dockers de plus en plus discrets

Ceux qui parlent s'exposent au pire. Il y a deux ans, par exemple, un docker mis en examen dans une affaire de stupéfiants a été retrouvé mort sur un parking, son corps roué de coups. "Cet homme était dans une situation dangereuse en raison de sa participation à des importations de cocaïne. Puis, c'est très difficile de s'en sortir", explique Patrick Léonard, le directeur territorial de la police judiciaire.

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"On a tout un contentieux parallèle à ces importations de cocaïne via le port du Havre qui sont traités par la police judiciaire, mais avec enlèvements fréquents de trafiquants, de complices, de chauffeurs et de dockers", ajoute-t-il. Au total, six enquêteurs de la PJ du Havre s'occupent exclusivement des règlements de compte et représailles liés au trafic.

Les dockers, eux, se font eux plus discrets pour éviter d'être signalés comme un point d'entrée possible sur les sorties portuaires. "On ne s'affiche plus comme on s'affichait avant avec fierté de sa profession de docker", d'après le commissaire, car les cinq ou six familles qui tiennent le trafic au Havre vont jusqu'à enquêter pour trouver les dockers corruptibles qui leur rendront service.

Les chauffeurs routiers, nouvelles recrues du trafic

Malgré tout, certains se risquent encore à participer au trafic. "Le profil pour les dockers est plutôt des gens jeunes, qui ont peut-être un côté un peu flambeur et sont attirés par les sommes assez conséquentes proposées en échange de ce qui apparaît pour eux comme un menu service, alors qu'ils sont en réalité des maillons essentiels de ce trafic", détaille le procureur de la République du Havre, Bruno Dieudonné.

Les trafiquants offrent 10.000 euros à un docker contre son badge d'accès au port, 50.000 euros s'ils déplacent un container au bon endroit. Mais désormais, les chauffeurs routiers apparaissent aussi dans les dossiers du procureur. "Leur rôle est devenu de plus en plus important. La cocaïne qui jusqu'à présent était récupérée directement dans l'enceinte portuaire a laissé la place à des sorties de conteneurs", indique ce dernier.

En effet, muni d'une simple référence de conteneur, le chauffeur peut extraire la marchandise sans difficulté. Des nouvelles recrues de choix, plus mobiles encore que les dockers et moins identifiables par les autorités.

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