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Terrorisme : Jonathan Geffroy, la pipelette toulousaine de l'État islamique

PORTRAIT - Capturé au début de l'année 2017 en Syrie, ce revenant jihadiste a été entendu le 15 janvier dernier par le juge d'instruction et en a profité pour dire ce qu'il savait sur l'organisation terroriste. Livrant, au passage, des éléments sur son propre parcours.

Un combattant de l'État islamique (Illustration)
Un combattant de l'État islamique (Illustration) Crédit : UYGAR ONDER SIMSEK / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Il se faisait appeler Abu Ibrahim ou Abu Sayfidine en Syrie. Depuis septembre 2017 et sa capture par l'Armée syrienne libre (ASL), il a retrouvé son patronyme d'origine : Jonathan Geffroy. Comme de nombreux Français, il est parti faire le jihad dans les rangs de l'État islamique (EI) en février 2015. 

Il s'est fait remarquer dans les médias par ses déclarations au juge d'instruction, datant de janvier dernier, et récemment dévoilées par Le Monde, puis L'Express. C'est lui qui a rapporté le projet de Daesh d'envoyer des enfants-soldats en Europe, notamment en France, pour commettre des attentats kamikazes.

RTL.fr a aussi pu avoir accès à des éléments de l'interrogatoire avec le magistrat. Un document dans lequel on en apprend beaucoup sur le profil de celui qui se dit aujourd'hui "repenti" et qui s'est "engagé à dire tout ce [qu'il savait] sur l'EI". Des déclarations toujours à prendre avec précautions car elles peuvent être orientées en vue de limiter les charges contre lui.

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Proche du clan d'"Artigat" de Toulouse

Jonathan Geffroy, 35 bientôt 36 ans, est originaire de Toulouse, comme de nombreux autres jihadistes français partis en zone irako-syrienne via la filière dite d'"Artigat". Dès son premier voyage en Égypte en 2010, il est accueilli par Abdelkader Merah, le frère de Mohamed Merah assassin de 7 personnes en 2012 à Toulouse. Abdelkader Merah qui a été condamné en octobre dernier à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste

Puis en Syrie, il raconte avoir été très proche des frères Clain, Jean-Michel et Fabien, jihadistes de la filière toulousaine. Le second tristement connu pour avoir prêté sa voix aux revendications des attentats du 13 novembre et également cité dans l'attaque avortée à Villejuif et l'attentat à Magnanville. C'est en mai 2015 que Jonathan Geffroy intègre la katiba (ou bataillon) de Fabien Clain, lui-même "en lien avec les plus hautes instances de l'État islamique". 

Il revient à Raqqa en novembre 2016 après un séjour en Irak et passe trois mois à travailler avec le fils de Jean-Michel Clain, Othman Clain, et Fabien Clain. Il sembe être devenu le confident du fils Clain qui lui raconte ses projets d'avenir (venir en France pour commettre des attentats) même si son père préfère qu'il reste "l'émir des opérations extérieurs pour la France pour les enfants". Il lui confie aussi les projets validés par les cadres, comme celui d'envoyer des enfants soldats en Europe. 

Entraîneur, combattant, vidéaste ? Son rôle flou sur place

Jonathan Geoffroy raconte être parti pour "faire le jihad". Au juge, il explique qu'il voulait "au départ travailler dans le civil" mais il n'excluait pas "le fait de combattre Bachar al-Assad". Il raconte qu'il voulait "continuer à aider les Syriens en Syrie". 

"Mes amis qui étaient sur place il y a un ou deux ans m'ont dit qu'ils n'avaient besoin de médicaments mais surtout de personnes. En tant que policiers, ambulanciers, médecins et combattants", poursuit-il devant le juge. Il précise que lui, il voulait y aller "en tant qu'ambulancier" mais aussi "aider le groupe État islamique à combattre Bachar al-Assad". Dans les faits, il rapporte que s'il a effectivement combattu, il n'y est allé que "deux fois et sans tirer jamais un seul coup de feu". Il raconte avoir fait les démarches pour devenir ambulancier, tentant même d'être pistonner par Fabien Clain, en vain. 

Il part donc à l'entraînement à Jabar pour apprendre à se servir d'une Kalachnikov, d'armes de guerres puis on lui confie une mission : "On m'a dit qu'on m'avait déjà repéré et on m'a proposé de devenir entraîneur sportif. J'ai accepté. On ne m'a pas précisé dans quel lieu. Comme je suis sportif ça me plaisait."

Jabar en Syrie
Jabar en Syrie Crédit : Capture d'écran

Finalement il est parti à l'aéroport de la région d'Alep où il a été atteint de "problèmes respiratoires dû au nuage de fumée chimique". Il a été hospitalisé, puis, refusant d'aller au combat, il a été envoyé à Raqqa pour rendre son arme.

Puis avec les Clain, il a appris à monter des vidéos. "Moi ce que j'ai fait avec eux c'est des films sur Al-Khansa, l'époque des batailles qui se sont déroulées à l'époque du prophète. C'est ce que eux faisaient et moi j'observais. Ensuite faire des logos avec Photoshop et les animer avec des programmes".

Condamne les attentats et l'application de la Charia par l'EI

Dans son interrogatoire devant le juge, Jonathan Geffroy qualifie d’intolérable l’application faite de la charia par Daesh. Une condamnation à toujours remettre dans le contexte de sa mise en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle

"Avant de partir là-bas, j'avais vu plein de vidéos qui idéalisaient le retour du Califat avec des lois coraniques mais à mon arrivée là-bas je me suis rendu compte qu'il n'y avait rien à voir". Il y reste quand même pendant deux ans avant d'être détenu par les forces de l'Armée syrienne libre en septembre 2017. 

Il continue d'argumenter afin de convaincre le juge qu'il est bien repenti : "Je pense que quand j'ai tenu les propos anti-occidentaux, j'étais déjà dans un processus d'embrigadement de l'EI et qu'aujourd'hui j'y suis opposé. La preuve est que j'ai dit tout ce que je savais sur l'EI et en impliquant mes anciens amis et que je suis prêt à aider la France par la suite si on a besoin de moi". 

Je ne suis pas un terroriste

Jonathan Geffroy
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Il poursuit en affirmant vouloir "reprendre une vie normale". "Je regrette d'avoir fait le choix de partir en Syrie et d'avoir intégré ce groupe que je déteste maintenant. Je ne suis pas un terroriste", insiste-t-il.

En ce qui concerne les attentats commis en France, son avis diffère entre ses propos d'aujourd'hui et ceux de sa sœur recueillis par les autorités. Notamment par rapport à Mohamed Merah. Alors que lui soutient en audition que "pour les militaires [il pouvait] comprendre sa pensée, mais pour les civils c'est incompréhensible", sa sœur avait déclaré qu'il était "totalement d'accord avec les actes commis par Mohamed Merah". Il semble vouloir faire comprendre qu'il condamne les actes envers les civils mais pas contre les militaires quand il dit encore : "Je peux comprendre (des représailles aux bombardements de la coalition) mais pas sur des civils".

Futur médecin au Maroc ?

Converti à l'islam en 2007, le futur jihadiste a obtenu un bac professionnel en carrosserie avant de travailler deux ans dans la sécurité en boîte de nuit, supermarchés, puis d'autres emplois assez différents, comme vendeur de produits naturels au Maroc ou monteur de précision de vélo. 

Marié trois fois et divorcé deux fois, il est père de deux enfants nés en 2014 et 2017, aujourd'hui pris en charge par la DASES. D'après L'Express, il aurait aussi deux autres enfants nés d'un précédent mariage. 

Il répète au juge qu'il veut "retourner à la vie civile en travaillant". Mais en attendant, sa femme et lui sont toujours aux mains des autorités françaises. Il dit avoir "besoin de préparer [son] avenir" et "gagner de l'argent pour [sa] femme et [ses] enfants", dans l'espoir de recommencer une vie au Maroc

Il s'y voit, pourquoi pas, comme médecin ou kiné, il a en tout cas indiqué au juge qu'il avait fait la demande pour reprendre ses études dans ces domaines. En attendant, il devra certainement purgé une peine pour association de malfaiteurs terroriste, qui peut aller jusqu'à 20 ans de prison ferme.

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2018-07-05 15:34:00
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