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"Suis-je dans un film ?" : l'avocat d'une victime du "prédateur des bois" raconte comment la généalogie génétique a permis d'arrêter le violeur en série

PODCAST - Le 4 décembre 1998, une lycéenne de 16 ans est enlevée près de la Rochelle, puis violée dans un bois. C'est le début de l’affaire du "prédateur des bois", un violeur en série français qui sera interpellé 23 ans plus tard, grâce à la généalogie génétique. Dans cet épisode des "Voix du crime", l’avocat de cette première victime raconte comment cette technique a permis d’interpeller son agresseur.

Prédateur des bois

Crédit : Police Nationale

"Le prédateur des bois" interpellé 24 ans après : l'avocat d'une victime raconte comment la généalogie génétique a permis d'arrêter ce violeur en série

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Marin Guillon Verne & Marie Zafimehy

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Vendredi 4 décembre 1998. Laura (nom d’emprunt) sort de son lycée près de la Rochelle lorsqu’un automobiliste s’arrête à sa hauteur. L’homme l’embarque de force, et roule pendant 30 kilomètres avant de s’arrêter dans un bois. Là, il la menace avec un couteau, lui ordonne de se déshabiller, puis la viole. Il disperse ensuite ses vêtements et lui intime de ne pas le regarder.


Ce mode opératoire, le "prédateur des bois", le répétera l’année d’après, puis en 2000 et en 2008, avec trois autres jeunes femmes. À chaque fois, l’homme n’utilise pas de préservatif. Mais malgré les relevés d’ADN contenu dans son sperme prélevé sur les scènes de crime, impossible de mettre la main sur lui. Il n’est enregistré nulle part.

Ce n'est qu'en décembre 2022, soit 24 ans après les faits, que l'affaire connaît un tournant. Depuis 2020, Maître Fares Aidel est l'avocat de Laura. C'est elle qui lui apprend par téléphone que le "prédateur des bois" a été interpellé.

"Je tombe un peu de ma chaise en lui disant : 'Mais est-ce que vous êtes sûre ?'", réagit l’avocat au micro des Voix du crime. Immédiatement, rendez-vous est pris avec la juge d’instruction pour lever le voile sur cette affaire. Elle lui raconte alors que l’individu a été retrouvé grâce à une technique bien particulière, déjà utilisée aux États-Unis par le FBI : la généalogie génétique.

C'est la première fois dans l'histoire judiciaire française que cette technique était utilisée

Maître Fares Aidel à propos de la généalogie génétique

Concrètement, cette technique consiste à recueillir des traces d’ADN sur une scène de crime, et à les comparer avec des bases de données de sociétés privées qui proposent d’effectuer des recherches généalogiques à partir de tests ADN. Ces tests, dits "récréatifs", permettent de remonter à la famille biologique de l’agresseur, et de le retrouver en recoupant les informations : dates et lieux de naissance, filiations... Par rapport à une comparaison génétique classique, les pistes de recherche sont donc beaucoup plus étendues, puisqu'on peut "identifier quelqu'un grâce à l'ADN de son cousin ou de sa cousine au deuxième, troisième, quatrième, voire cinquième degré", explique l'avocat.

Ici, un échantillon d'ADN a été envoyé au FBI, qui a pu retrouver la trace de l'agresseur en reconstituant son arbre généalogique. "C'est la première fois dans l'histoire judiciaire française que cette technique était utilisée (...) Je me suis dit : mais suis-je dans un film ?", s’étonne encore Fares Aidel.

"Sur le plan purement juridique, cela ouvre un champ des possibles de questionnements et de techniques à mobiliser dans les dossiers dans lesquels j'assiste des victimes de violences sexuelles", ajoute-t-il. Et de conclure : "cela me permet de croire que ces enquêtes vont pouvoir aboutir à un moment ou l'autre".

Je ne peux pas m'empêcher de penser que malheureusement, d'autres victimes ont existé

Maître Fares Aidel au sujet de Bruno Llambrich, le "prédateur des bois"

Cette année, le recours à cette technique inédite devait être formellement autorisé en France, grâce à un projet de loi porté par le garde des Sceaux Gérald Darmanin. Le conseil constitutionnel l'a finalement censuré en juillet dernier, faute de garanties suffisantes pour concilier recherche des auteurs d’infractions et respect de la vie privée.

Fort heureusement, dans le cas du "prédateur des bois", la généalogie génétique est régulière car "elle passe par le biais de la coopération internationale (...), ce ne sont pas les enquêteurs français qui l'ont fait mais les enquêteurs américains", précise Maître Aidel. "Aux États-Unis, c'est autorisé".

Reste que si cette technique a permis d’intercepter Bruno Llambrich, le coupable de cette série de viols, de nombreuses parts d’ombres subsistent dans cette affaire. En 2024, ce dernier s’est donné la mort dans sa cellule, enterrant avec lui toute possibilité de procès. D’autant que les victimes identifiées ne sont peut-être pas les seules. "Je ne peux pas m'empêcher de penser que malheureusement, d'autres victimes ont existé et que peut-être on ne le saura jamais", soupire Maître Aidel.

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