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"J'ai eu l'impression d'être détachée de mon corps" : elle accuse deux militaires de viol par soumission chimique

PODCAST - Léa Bauchet accuse deux militaires de l'avoir droguée et violée lors d'une soirée en avril 2022. Eux affirment qu'elle était consentante et restent présumés innocents. Quatre ans après, la jeune femme, elle, attend toujours leur mise en examen.

Un commissariat de police (Illustration).

Crédit : JACQUES DEMARTHON / AFP

Elle accuse deux militaires de viol par soumission chimique : Léa Bauchet raconte cette soirée où elle s'est sentie "détachée de son corps"

00:35:05

Marie Zafimehy

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"J'ai su tout de suite que c'était quelque chose de différent". Un soir du printemps 2022, Léa Bauchet, passe la soirée dans une boîte de nuit bretonne avec des amies pour fêter la fin d'année universitaire. Elle vient de rencontrer un petit groupe de militaires qui leur a offert des verres : aujourd'hui elle en accuse deux d'avoir versé de la drogue dans les boissons puis de l'avoir violée au domicile de l'un d'eux.

"Pendant cette soirée (...) j'ai des trous de mémoire", témoigne-t-elle dans Les Voix du crime. L'étudiante a l'impression "d'être détachée de son corps, d'être comme du coton, tout est au ralenti". Au moment de quitter la boîte, elle est raccompagnée en voiture par deux des militaires qu'elle vient de rencontrer : "le plus vieux" et "le plus jeune", comme elle les appelle. "C'est quand on est arrivé que je me suis rendue compte que je n'étais pas chez moi", explique-t-elle.

C'est dans cet appartement que son calvaire s'intensifie : selon elle, "le plus vieux" et "le plus jeune" la violent à tour de rôle. Et puis, le premier, au petit matin, lui dit qu'elle "peut partir". Léa Bauchet quitte l'appartement, hagarde.  "J'ai vraiment vu la mort de près ce soir-là", souffle-t-elle aujourd'hui.

Des aveux enregistrés

La journée qui suit se passe "mécaniquement". Jusqu'à ce qu'une de ses amies lui écrivent pour savoir comment elle va. Léa Bauchet lui raconte tout et, retrouve le numéro du "plus jeune" dans son téléphone. "Je donne ce numéro de téléphone à ma copine, raconte-t-elle. Je ne savais absolument pas ce qu'elle allait en faire. J'ai appris par la suite qu'elle avait appelé l'agresseur et qu'elle avait enregistré."

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Sur cet enregistrement vidéo de l'appel, le jeune homme admet avoir violé Léa. Le second dit "il s'est passé ce qui s'est passé". En confrontation et face à la justice, ils maintiennent que Léa était consentante à tout ce qui s'est produit cette nuit-là. Elle, a le sentiment d'avoir vécu ce qu'on appelle de la victimisation secondaire : l'idée que la procédure ravive les traumatismes des victimes, notamment dans les affaires de violences sexuelles

Ça a explosé. Mon avocate et la juge se sont disputées

Léa Bauchet

"Heureusement que j'avais une avocate qui connaissait mon dossier de A à Z, raconte-t-elle. Et en fait, ça a explosé. Ça a explosé. Mon avocate et la juge se sont disputées. Et moi, ça m'a permis d'exploser aussi et de dire enfin tout ce que j'accumulais déjà depuis quelques années sur le cœur et de dire à quel point c'était violent."

Les deux hommes ont été brièvement mis en examen à la fin d'année 2025, avant que le parquet ne change d'avis. Quelques mois après, la juge d'instruction prononce un non-lieu. Léa et son avocate ont fait appel de la décision. Pour l'heure, les deux hommes qu'accusent Léa n'ont pas été mis en examen de manière définitive. Avec son avocate, sans issue positive de leur dossier, elles envisagent une procédure à la Cour européenne des Droits de l'Homme.

Léa, elle, a réussi à rebondir en créant son entreprise : elle commercialise un porte-clé appelé "My Self Key". QR Code de contacts d'urgence, protection de verre contre la soumission chimique, alarme, bouton SOS... "C'est un porte-clé avec plusieurs composants dessus qui répondent aux situations dans lesquelles je me suis retrouvée ce soir-là", explique Léa. Ce projet participe à sa reconstruction, "le plus important", même si elle garde espoir d'un jour faire face aux hommes qu'elle accuse lors d'un procès.

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