1. Accueil
  2. Actu
  3. Justice et faits divers
  4. Règlement de comptes à Marseille : une famille face au "mur judiciaire"
3 min de lecture

Règlement de comptes à Marseille : une famille face au "mur judiciaire"

Le frère de Karima M. a été assassiné à Marseille en avril 2016. Cette avocate raconte sur RTL les cinq années de combat judiciaire de sa famille face au silence de l’institution.

La déesse de la Justice en train d’équilibrer la balance. (Illustration)
La déesse de la Justice en train d’équilibrer la balance. (Illustration)
Crédit : CRÉDITDAMIEN MEYER / AFP
Règlement de compte : une famille face au « mur judiciaire »
01:45
Hugo Amelin - édité par Théo Putavy

Karima M., avocate marseillaise, se bat depuis des années pour que justice soit rendue à sa famille, après l'assassinat de son frère à Marseille en avril 2016. À Marseille, seulement 50% des affaires de règlements de compte sont élucidées. 

Entre policiers de la « crim’ » en sous-effectif et juges d’instruction interchangeables, de nombreux dossiers de fusillades mortelles restent enfoui dans les tiroirs. Karima M. a choisi de partager son combat au micro de RTL. Voici son témoignage complet. 


"C’était le 4 avril 2016. On tambourine à la porte de la maison familiale, ma maman se précipite pour aller ouvrir. Une quinzaine de policiers entre et demande où est mon frère, Zahir. On nous demande une photo de lui, les policiers sortent avec, passent des coups de fil et reviennent : désolé Madame, votre fils a été pris dans une fusillade. Ils ne disent pas directement qu’il est mort. Elle a 75 ans, elle ne comprend pas, je suis obligé de lui dire : maman, il n’est plus là, il est mort, il est parti. 

Les policiers partent, nous sommes seuls, on ouvre le journal, 'peut-être que ce n’est pas lui' et puis on voit la photo du corps, avec ses baskets. Là, c’est fini. Physiquement, il n’y a plus rien qui se passe, j’ai envie de vomir, ça me prend aux tripes, j’ai mal, je ne mange plus pendant une semaine."

L'enquête de flagrance

À écouter aussi

"Je suis une professionnelle du Droit, j’ai conscience qu’il faut aller très vite pour rassembler des preuves. Il faut que je mobilise ses amis, que j’essaye de les convaincre d’aller témoigner. Comprendre ce qu’il s’est passé. Des infos fuitent dans la presse, le parquet donne son identité alors que l’on aurai préféré rester dans l’anonymat. Le Procureur exclut la thèse du règlement de compte entre trafiquants de drogue, rappelle que mon frère a été condamné par la cour d’assises des Alpes Maritimes il y a plus de dix ans pour avoir tué l’amant de sa femme et classe donc cet assassinat dans la catégorie 'vengeance'. 

Du coup, j’imagine que l’enquête va aller très vite. Mais en fait la justice balbutie. Les policiers font une enquête trop rapide : un relevé synthétique des caméras de vidéo-surveillance, pas d’enquête de voisinage… Zahir travaillait comme maçon, il avait 47 ans. Toutes les caméras n’ont pas été exploitées, je ne m’attendais pas à ce niveau d’amateurisme dans l’enquête. Plus le temps passe, plus les preuves s’étiolent."

La désignation d’un juge d’instruction

"Une juge d’instruction est désigné pour piloter l’enquête. Mais elle part 15 jours après. Elle délivre une commission rogatoire mais ne se met pas vraiment sur le dossier car elle est mutée. Un autre juge est nommé. On m’appelle en me disant que l’enquête va être confiée à la brigade de lutte contre le proxénétisme parce que la brigade criminelle est débordée de travail. Même si ça n’a aucun rapport avec le proxénétisme. J’y ai pourtant rencontré des officiers engagés, motivés, qui ont fait leur possible. 

Contrairement à la brigade criminelle, eux m’ont reçue, ils ont bossé et considéré qu’il y avait des pistes sérieuses. Ils ont listé les personnes qu’ils pensaient impliquées dans l’assassinat de mon frère. C’était fin 2016. Et depuis plus rien, aucune réponse de la justice. Les enquêteurs sont remplacés par d’autres, je les harcèle au téléphone. Au printemps 2019, ils me disent : écoutez on fait tout notre possible pour sortir ce dossier en 2020. J’attends fin 2020, toujours rien. Un nouveau juge d’instruction est désigné, c’est le troisième. Pas d’info, pas de rencontre avec la famille. En tout, je n’ai reçu qu’un seul courrier en début de procédure."

Une nouvelle loi pour les « cold case » Marseillais ?

"Il faut que je garde espoir malgré tout. Il y a un document quelque part au tribunal qui liste les personnes qui ont peut-être assassiné un de mes proches mais on les laisse en liberté ? C’est d’une frustration, c’est une injustice… J’ai le sentiment d’être abandonnée, notre famille ne peut pas faire son deuil. Comme il a déjà été condamné par le passé, j’ai l’impression qu’on le traite comme un citoyen de seconde zone. Mais la double peine n’existe pas en France et il mérite qu’on élucide son assassinat. Je ne veux pas que ce soit un dossier qui reste dans une pile. 

Les magistrats, je ne les tiens pas pour responsables, je les côtoie quotidiennement, je sais qu’ils travaillent dur. Mais j’ai l’impression qu’ils ont été lâché par notre ministère qui ne leur donne pas les moyens adéquats. Malgré le plan qui vient d’être dévoilé, je ne me voile pas la face : ça absorbera les nouvelles affaires, mais pas les anciennes. Il faudrait une loi spéciale, un dispositif particulier pour que ces enquêtes sur le côté depuis trop longtemps débouchent, il faut des policiers, des moyens techniques parce qu’on en manque. J’en suis désolé mais j’ai l’impression d’être dans une justice de tiers-monde."

La rédaction vous recommande
À lire aussi

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/