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Procès Merah : les larmes des familles en mémoire des victimes du terroriste

RÉCIT - Mercredi 25 octobre, après trois semaines de procès, ce sont les familles et proches des victimes qui sont venus partager leur douleur à la barre. Les larmes ont coulé sur beaucoup de visages.

Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler, mère et père de victimes de Mohamed Merah, le 17 mars 2013 (archives)
Latifa Ibn Ziaten et Samuel Sandler, mère et père de victimes de Mohamed Merah, le 17 mars 2013 (archives) Crédit : ERIC CABANIS / AFP
Ceciledeseze75
Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Au son des voix tremblantes, l'émotion se répand sur de nombreux visages de la salle Voltaire. Mercredi 25 octobre 2017, après 16 journées de procès d'Abdelkader Merah et Fetah Malki, de nombreuses auditions et beaucoup d'interrogatoires, les familles et proches des victimes de Mohamed Merah sont entendues à la barre. L'une de ses victimes aussi : Loïc Liber, survivant mais tétraplégique à vie. 

Les larmes n'ont pas seulement coulé sur les visages de ces âmes meurtries. Quelques avocats et journalistes présents dans la salle ont laissé apparaître leur tristesse à l'écoute des témoignages. Des récits de vies brisées par le chagrin, le manque de l'être cher, abattu pour son appartenance à la communauté juive ou au corps militaire : Imad Ibn Ziaten, 30 ans ; Abel Chennouf, 26 ans ; Mohamed Legouad, 24 ans ; Jonathan Sandler, 30 ans ; Arieh Sandler, 5 ans ; Gabriel Sandler, 3 ans, et Myriam Monsonégo, 8 ans. 

Ces trois hommes nous ont été arrachés en moins de 40 secondes

Sœur d'Eva Sandler, épouse et mère des victimes
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Il commence par remercier la Justice. Samuel Sandler transporte sa peine depuis le premier jours du procès, le 2 octobre dernier, devant la cour d'Assises. Son fils et ses deux petits-enfants ont péri sous les balles froides de Mohamed Merah, le 19 mars 2012, devant l'école juive de Ozar Hatorah. Il cite Malraux, "L'homme a donné des leçons à l'enfer", mais rectifie : "Malraux s'est trompé, c'était pire que l'enfer". 

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Ces témoignages sont surtout l'occasion pour les proches de parler des victimes, se souvenir d'elles et des vies qu'ils avaient avant les drames. Samuel Sandler va donc raconter le parcours de son fils Jonathan, de son bonheur d'être venu enseigner à Toulouse. Il se souvient de la dernière fois qu'il les a vus tous les trois : "Ils se sont jetés sur moi". La belle-sœur de Jonathan lit une lettre de sa veuve - remariée, depuis - qui fait l'éloge d'un "mari exemplaire, à l'écoute".

La sœur d'Eva Sandler ne "voulait pas venir au procès pour ne pas raviver la douleur que l'on essaie de panser tous les jours". Mais elle a quelques mots pour chacun de ses neveux. La gorge nouée, elle se souvient d'Arieh Sandler : "Il était doux, gentil, très sage". Quant à Gabriel, "il était spécial". Son grand-père paternel rappelle que, quand l'assassin lui a tiré dessus, l'enfant "avait une tétine à la bouche." "Ces trois hommes nous ont été arrachés en moins de 40 secondes", poursuit la tante des enfants assassinés, qui conclut : "On a beaucoup entendu le mot 'haine' dans ce procès. Je suis venue vous parler d'amour, de tendresse, voilà les mots attachés à la famille Sandler".

Myriam, c'était notre petite sœur à tous

Jonathan C., rescapé de la tuerie de l'école juive
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"Quand elle est arrivée à l'école avec son père, elle sautillait". Âgée de huit ans, la fillette a été tuée à bout touchant par Mohamed Merah. Jonathan C. connaissait bien la petite Myriam Monsonégo - dont la famille n'a pas pu venir au procès. Selon lui, étudiant dans la même école, tout le monde l'appelait "Myriami" ("ma petite Myriam") et "Myriami, c'était notre petite sœur à tous". "Belle à l'extérieur comme à l'intérieur", décrit celui qui l'a "vue grandir pendant huit ans". 

Ce que confirme une autre élève rescapée de la tuerie, Sharon, "très proche de la famille Monsonégo", et qui considérait la petite fille "comme une sœur". Elle raconte le choc : "J'ai vu son corps, ses collants pleins de sang. J'étais tétanisée, bloquée". 

Nicolas R. était dans la synagogue avec son fils quand les coups de feu ont retenti. Il raconte avoir fait du bouche-à-bouche à la petite. Son fils s'occupait du massage cardiaque pendant que Gabriel était en train de mourir derrière eux. En larmes, il décrit : "J'avais un goût de sang et de vomi dans la bouche, ce goût je l'ai toujours". Meurtri, il a quitté la France après les attentats. Son fils a été hospitalisé en psychiatrie. Lui, n'arrive plus à travailler et se concentrer. Le choc fait encore des ravages. "On est là pour condamner mais aussi pour se souvenir et ne pas oublier", conclut Sharon.

Mon frère nous a enseigné à rester debout, je vais rester debout

Hikram Ibn Ziaten, sœur de la première victime
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Lui aussi vient tous les jours au palais de Justice. Il a fait pleurer plusieurs avocats de l'accusation. L'une des dessinatrices a quitté la salle en larmes. Naoufal Ibn Ziaten a perdu son frère, Imad, première victime du terroriste toulousain à Montauban, le 11 mars 2012. Il raconte cette journée qui "résonne dans [sa] tête chaque jour". Ce jour-là, "la haine m'a fait du pied en me proposant une danse", se souvient-il. 

"À 22h25, quelqu'un sonne à la porte. Je vois une tenue militaire mais ce n'est pas Imad. Je m'écroule avant qu'il me l'annonce". "Toutes mes condoléances, votre frère a été assassiné à Toulouse", lui a déclaré le militaire. Ensuite, il doit prévenir son autre frère et sa sœur. Le plus difficile, c'est quand il raconte, en larmes, comment il a dû annoncer, par téléphone, la nouvelle à ses parents. Ces derniers se tiennent alors la main, l'émotion dans les yeux. "J'entendais ses cris de tristesse qui résonnaient", lâche-t-il à propos de sa mère, Latifa Ibn Ziaten. Depuis ce jour, "mon âme est partie au ciel avec mon frère. J'ai l'impression de ne plus avoir de vie. Je n'arrive pas à sortir de ce deuil". 

"Il était tellement bon, tellement gentil", ajoute sa sœur, Hikram, à son tour devant la cour. Pour elle, l'épreuve la plus douloureuse a été la morgue. "J'ai toujours cette image, c'est le choc de ma vie (...) J'ai pensé à rejoindre mon frère", poursuit-elle, également en pleurs. Sa mère aussi témoigne pour ce fils qui était sa "moitié". "Il y avait un lien très très fort entre nous", assure Latifa Ibn Ziaten, les sanglots dans la voix, alors qu'elle s'était promis de ne pas pleurer. Son fils a refusé de se mettre à genoux devant son exécuteur, ont rappelé les membres de sa famille. Sa sœur conclut : "Mon frère nous a enseigné à rester debout. Je vais rester debout".

Les Merah ont tué mon fils mais ils ne tueront pas l'amour

Albert Chennouf, père d'Abel Chennouf, assassiné le 15 mars 2012
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Le 15 mars 2012, Mohamed Merah poursuit son entreprise meurtrière à Montauban. Il tire sur trois militaires. L'un d'eux est Abel Chennouf. Son père, Albert, vient apporter son témoignage, "en colère". Sa belle-fille, Caroline, la compagne du parachutiste assassiné devait témoigner mais il est trop difficile pour elle de venir à la barre.

Elle était enceinte de 6 mois quand le futur père de son fils a été tué. Quelques mois avant, il l'avait demandée en mariage. D'ailleurs, les policiers lui ont rendu la bague "pleine de sang", raconte sa mère qui témoigne à sa place. Caroline a tenté de se suicider. "Je lui ai sorti les cachets de la bouche, je lui ai dit : 'Maintenant ça suffit, tu as un fils !'"

Albert Chennouf, père de la victime, venait de fêter ses 60 ans le 13 mars quand "la vie s'est écroulée". Sa femme a fait deux tentatives de suicide. "On a perdu 7 enfants qui n'ont rien demandé, contrairement au tueur, qui a programmé sa mort, déclare-t-il en s'adressant à Éric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah. Je respecterai le verdict. J'espère seulement qu'il n'y aura plus d'enfants qui mourront. Les Merah ont tué mon fils mais ils ne tueront pas l'amour", conclut-il en brandissant une photo de son petits-fils, né quelques semaines après la mort de son père, qu'il ne connaîtra jamais.

Notre vie est rythmée par le cimetière

Radia Legouad, soeur de Mohamed Legouad, tué le 15 mars 2012
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Deux sœurs viennent s'effondrer sur la barre des témoins, face à la cour. Elles ont perdu leur dernier frère, Mohamed Legouad, lui aussi parachutiste exécuté le 15 mars 2012. L'une d'elle, Ahlem, est venue tous les jours "contre l'avis de son médecin". Elle raconte qu'après les attentats, elle a fait un infarctus. "On se bat depuis 5 ans et demi pour essayer de survivre", souffle-t-elle d'une voix presque inaudible. 

Elles décrivent toutes les deux une personne "pleine d'humour", que toute la famille surnommait "Chems", "qui veut dire soleil". Une personnalité rayonnante. "Notre vie était simple et heureuse, on ne connaissait pas le néant de la mort, du chagrin", ajoute la deuxième sœur, Radia. 

Elle se souvient du pire moment du procès, selon elle, quand elle a appris que son "petit frère d'amour" avait tenté de fuir, avait rampé, avant d'être rattrapé par l'assassin jihadiste. Et en s'adressant à Mohamed : "J'en ai oublié la vie d'avant, nos meilleurs souvenirs. Tu me hantes mon frère (...) Aujourd'hui, notre vie est rythmée par le cimetière", conclut-elle.

Un homme m'a tiré dessus dans le dos comme un lâche

Loïc Liber, survivant des attentats de Toulouse et Montauban
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Depuis sa chambre d'hôpital aux Invalides, Loïc Liber témoigne à son tour. Il a survécu au funeste projet engagé par Mohamed Merah. Il était avec Mohamed Legouad et Abel Chennouf, le 15 mars à Montauban. Il a pris une balle au niveau des cervicales. Laissé pour mort, il est aujourd'hui tétraplégique avec une assistance respiratoire. Ses paroles sont saccadées. Il doit reprendre son souffle régulièrement et témoigne sa souffrance en visioconférence seulement par la voix puisqu'il ne souhaitait pas être filmé. 

"J'avais de la joie de vivre quand j'étais debout et l'espace d'un éclat, de quelques secondes, où un homme m'a tiré dessus dans le dos comme un lâche, j'ai été dans un fauteuil électrique et sous assistance respiratoire. C'est terrible, je souffre beaucoup", raconte-t-il en précisant que la douleur psychologique est "insupportable".

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"C'est terrible, je souffre beaucoup", témoigne Loïc Liber au procès d'Abdelkader Merah Crédit Média : Cindy Hubert | Durée : | Date :

"Ça fait 5 ans que j'ai perdu mon indépendance, que je vis caché, loin de ma famille, mes amis, mon île (la Guadeloupe, ndlr)." Sa mère est sur les bancs des parties civiles, un mouchoir à la main pour essuyer ses larmes discrètes. Elle accepte le soutien de Latifa Ibn Ziaten, qui lui tend la main. Si ce procès ne lui "rendra pas [son] corps, [sa] vie", Loïc Liber souhaite que "justice soit faite". C'est ce qu'ont demandé à la cour la plupart des parties civiles, ce mercredi 25 octobre.

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