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Ni policiers, ni juges, ils se revendiquent "chasseurs de pédophiles" : quand des streamers exposent des présumés prédateurs sexuels sur Internet

En se faisant passer pour des adolescentes grâce à l'IA, des vidéastes traquent des présumés prédateurs sexuels sur Internet. Le phénomène gagne du terrain en France et soulève de vives questions juridiques et éthiques.

Une personne face à son clavier d'ordinateur (illustration)

Crédit : zan X JsI / Unsplash

Ils ne sont ni policier, ni juge mais s'auto-revendiquent "chasseur de pédophile"

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Maxime Levy - édité par Jérémy Descours

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Ils ne sont ni policiers, ni magistrats, mais leurs vidéos font des centaines de milliers de vues. Sur TikTok, Twitch ou YouTube, une nouvelle génération de streamers s'est spécialisée dans la traque de présumés prédateurs sexuels sur Internet. Leur méthode : se faire passer pour des adolescentes mineures afin de piéger des adultes lors de conversations privées, diffusées en direct devant des milliers d'internautes.

Le phénomène, encore marginal il y a quelques années, prend aujourd'hui une ampleur considérable sur les réseaux sociaux français. Certains internautes voient en eux des lanceurs d'alerte, d'autres dénoncent une forme de justice parallèle aux frontières de la légalité.

Cette semaine, l'un de ces lives a conduit à l'ouverture d'une procédure judiciaire en Haute-Saône. Un homme de 66 ans, ancien professeur de sport, a été mis en examen et placé en détention provisoire après avoir été piégé par le streamer Finnyzyy.

Une adolescente virtuelle créée grâce à l'IA

Comme d'autres vidéastes spécialisés dans ce type de contenus, Finnyzyy utilise des outils d'intelligence artificielle pour modifier son apparence et transformer sa voix. L'objectif : apparaître comme une adolescente de 14 ans lors d'appels vidéo sur Snapchat.

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Pendant ce temps, les échanges sont retransmis en direct sur TikTok et Twitch. Les spectateurs assistent alors en temps réel aux conversations entre le streamer et les hommes qui le contactent.

Selon le parquet de Vesoul, le suspect aurait multiplié les avances sexuelles au cours d'une discussion d'une trentaine de minutes. Il a été mis en examen pour "propositions sexuelles faites à un mineur de moins de quinze ans par un majeur" ainsi que pour "fabrication et diffusion de message violent, pornographique ou contraire à la dignité accessible à un mineur". La vidéo, devenue virale en quelques heures, a largement circulé sur les réseaux sociaux.

"Il faut dix secondes pour être contacté"

Ces streamers assurent agir dans une logique de prévention et de protection des mineurs. Beaucoup expliquent vouloir démontrer à quel point les adolescents peuvent être approchés rapidement sur les plateformes numériques.

Dans une précédente interview accordée à RTL, Finnyzyy détaillait son fonctionnement. "Dès que je me connecte sur le chat avec un profil du type 'Inès, 14 ans', je suis mis en haut de la page. Une fois que j'ai créé le compte, il faut en moyenne 10 secondes pour qu'un prédateur vienne me contacter, me dire que l'âge ne le dérange pas, il me demande ce que je veux, si j'aime le sexe, tout ça… souvent ça se passe comme ça", expliquait-il.

Le streamer appelle également les parents à la vigilance et à éviter les réseaux sociaux avant 15 ans.

"Les preuves vont disparaître"

Si les vidéos rencontrent un fort succès en ligne, elles soulèvent aussi de nombreuses questions juridiques et éthiques. Pour Me Jean Sannier, avocat de l'association Innocence en danger, ces opérations peuvent parfois nuire aux enquêtes judiciaires.

"Lorsque le prédateur sent qu'il a été piégé, il raccroche. Qu'est-ce qu'il va faire ? Il va mettre à la poubelle immédiatement son téléphone portable, il va mettre à la benne son ordinateur et les preuves vont disparaître".

L'avocat rappelle également que la diffusion publique d'images ou d'informations permettant d'identifier une personne peut relever du "doxing", une pratique illégale lorsqu'elle vise à "nuire".

Nous n'avons aujourd'hui aucune volonté politique de transformer la France pour que la France ne soit plus pédoland.

Me Jean Sannier, avocat de l'association Innocence en danger

Autre inquiétude : certains groupes organisent désormais de véritables guet-apens physiques, parfois accompagnés de violences ou d'humiliations filmées.

Cependant, l'avocat comprend que l'on puisse individuellement traquer les pédocriminels sans violence et en lien avec les autorités. "La pédocriminalité, c'est une affaire grave. Elle détruit les familles entières. Elle détruit des enfants sur plusieurs générations. Et ce que l'on constate, c'est que nous n'avons aujourd'hui aucune volonté politique de transformer la France pour que la France ne soit plus pédoland."

Me Jean Sannier estime à près de 3 millions le nombre de pédocriminels présents sur Internet. Le suspect interpellé cette semaine n'était d'ailleurs pas inconnu de la justice. En janvier 2025, cet ancien responsable de l'Union nationale du sport scolaire en Haute-Saône avait déjà été condamné à 18 mois de prison avec sursis pour détention et diffusion d'images pédopornographiques.

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