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"Pour que ça ne se reproduise plus" : sur M6, une mère engagée contre les violences sexuelles demande la mise en place de "protocoles à l'école"

Caroline Alirol raconte sur M6 l'histoire de sa fille, victime d’un animateur scolaire. Son témoignage met en lumière les failles du système de protection des enfants et l’importance d’écouter les victimes.

Caroline Alirol a témoigné sur les agressions sexuelles subies par sa fille, le 29 mars 2026.

Crédit : M6

Caroline Alirol, mère engagée contre les violences sexuelles en périscolaire : "Il faut croire les victimes"

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INÉDIT - Caroline Alirol, mère engagée contre les violences sexuelles en périscolaire : "Il faut des protocoles dans les écoles"

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Anne-Sophie Lapix - édité par Athénaïs Cornette de Saint Cyr

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Le scandale s'est invité dans la campagne municipale de Paris : celui de dizaines d'animateurs du périscolaire suspendus pour des soupçons de violence, y compris sexuelle, sur des enfants. Il y a deux ans, près de Lille (Nord), Caroline Alirol a découvert que sa fille de 9 ans avait subi des gestes déplacés de la part d'un animateur, condamné depuis. 

À cette époque, ses enfants se plaignaient d'un animateur "exclusivement gentil avec les petites filles" mais "pas très sympathique" avec les garçons. Elle leur propose d'écrire un mail, mais ils refusent et le sujet finit par s'estomper.  Caroline Alirol remarque malgré tout que le comportement de sa fille change. Elle refuse de dormir la nuit sans la lumière, laisse systématiquement la porte de sa chambre ouverte et est de plus en plus angoissée. 

"Quand je creuse, elle me dit qu'elle a regardé un film qui lui a fait peur. Mais là, c'est mon cœur de maman qui parle. Je sens que quelque chose ne va pas", raconte-t-elle au micro d'Anne-Sophie Lapix sur M6.

Plusieurs petites filles victimes

Le déclic survient lorsqu'une autre petite fille se plaint de cet animateur, l'accusant de lui lécher l'oreille. Une animatrice la prévient : plusieurs fillettes seraient concernées, dont la sienne. "Et là, c'est le choc". Elle est pourtant persuadée d'avoir fait le nécessaire. "Je fais énormément de prévention à la maison. Mes trois enfants sont briefés depuis qu'ils ont trois ans sur le respect du corps, sur l'intimité. Ça n'a pas suffi."

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Face à une telle situation, comment trouver les mots ? "Je lui tends des perches, elle ne me répond pas. Puis je finis par lui poser une question un peu plus fermée : Mais au fait, il t'a déjà mordu l'oreille à toi ? Et là, ma fille a marqué un blanc, puis m'a dit : 'Non, maman, il m'a léché l'oreille'. Je sors de cet échange anéantie", témoigne-t-elle. 

Une multitude de questions lui viennent alors à l'esprit : "Est-ce qu'on doit accepter qu'un homme de 60 ans lèche l'oreille d'une enfant de 10 ans en lui disant, 'est-ce que je peux te dire un secret' ? L'enfant s'approche et sort avec un sentiment de dégoût parce qu'elle a de la salive sur son oreille. Non. Et c'est à partir de ce moment-là qu'on a engagé une plainte."

Les gendarmes ont finalement entendu sa fille, plus volubile avec eux. Elle leur raconte alors être régulièrement "coincée entre ses jambes", subir "un câlin tous les matins" et des "chatouilles" sous son t-shirt. De surcroît, Caroline Alirol découvre que de nombreuses personnes étaient témoins de ces gestes déplacés, et cela, depuis des années. Certains de ces gestes ont même été filmés dix ans plus tôt.

Je comprends que je suis dans une situation scandaleuse qui perdure depuis 20 ans

Caroline Alirol, mère d'une petite fille victime d'un animateur

"Je comprends alors que je suis dans une situation scandaleuse, qui perdure depuis 20 ans. Je sors de cette gendarmerie en me demandant où étaient les failles du système de communication", s'indigne, à raison, cette dernière. "La présomption d'innocence est inévitable et importante. Mais le principe de précaution l'est tout autant et doit être au même niveau que le principe de présomption. On a d'un côté un auteur qui n'est pas encore jugé, mais on a aussi des victimes qui ont osé parler. Il faut les croire. Moi, je croyais ma fille. Elle ne voulait pas de ses câlins, elle ne voulait pas de ses bisous, elle ne voulait pas se faire lécher l'oreille."

À la rentrée, elle réalise que l'animateur est toujours en fonction à l'école, affecté dorénavant à la cantine. Après des années de silence et d'impunité, il a enfin été jugé et condamné à deux ans de prison, dont 18 mois avec sursis. Aujourd'hui, sa fille a tourné la page. "J'espère qu'elle tirera de cette expérience une protection pour l'avenir, qu'elle sera encore plus vigilante, notamment dans ses relations avec les adultes", ajoute-t-elle. 

Il faut parler, il faut communiquer, il faut dire les choses, et il faut que les professionnels, la mairie, le périscolaire, l'école, parlent de ces choses-là quand il y a des faits.

Caroline Alirol, mère d'une petite fille victime d'un animateur

La famille vit toujours dans la commune. "Je garde en tête que les professionnels et les membres de la mairie, avec qui j'ai beaucoup échangé sur ces sujets, ont envie de faire évoluer les choses, assure-t-elle. Et moi, ce que j'ai envie de retenir, c'est qu'il y a eu des failles de leur côté et qu'est-ce qu'on fait maintenant pour que ça ne se reproduise plus ? Les protocoles dans les écoles, il en faut. Des protocoles pour communiquer, pour déterminer comment on communique, à quel moment on communique aux parents, aux enfants, et à quel moment on communique entre l'éducation nationale et le périscolaire ?"

Dans son livre, L'Effet témoin, Caroline Alirol raconte que "la petite Margot reste une semaine avec son secret". "Une semaine, sans que les parents en soient informés, insiste-t-elle. Elle informe l'animatrice, la hiérarchie, et rien. Et ça, c'est des choses dont il faut qu'on discute parce que ce n'est pas propre à notre école". 

"Dans toutes les écoles, constate-t-elle, dans une grande partie d'écoles, il y a ce manque de communication, le fait qu'on ait peur de venir dire aux parents 'Ouh là là, sujet sexuel quand même !'... Je peux comprendre qu'il y a une sorte de tabou autour de ce sujet-là, mais je suis convaincue que plus on cache les vérités sous le tapis, pire c'est. Il faut parler, il faut communiquer, il faut dire les choses, et il faut que les professionnels, la mairie, le périscolaire, l'école, parlent de ces choses-là quand il y a des faits".

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